Des États accusés de «diluer» le vote des Afro-Américains

Les huit juges de la Cour suprême des... (photo Whitney Curtis, archives REUTERS)

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Les huit juges de la Cour suprême des États-Unis sont apparus divisés sur les cartes des circonscriptions parlementaires de la Caroline du Nord et de la Virginie, deux États républicains qui comptent une importante communauté noire.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
WASHINGTON

À peine sortis d'une élection présidentielle qui a fait couler beaucoup d'encre sur le vote des minorités, les Américains ont remis lundi le sujet sur le tapis avec des découpages électoraux controversés examinés par la Cour suprême.

Les huit juges de la plus haute juridiction des États-Unis sont apparus divisés sur les cartes des circonscriptions parlementaires de la Caroline du Nord et de la Virginie, deux États républicains qui comptent une importante communauté noire.

Les législateurs locaux sont accusés d'avoir concentré les Afro-Américains en redessinant certaines circonscriptions, afin de diluer leur influence dans d'autres circonscriptions.

Derrière cette distribution ethnique, qui atteint des sommets de précision, se cache un calcul politique : les Noirs sont supposés voter très majoritairement pour les démocrates. À l'opposé, les Blancs penchent davantage pour les républicains.

Durant les débats, le juge libéral Stephen Breyer a pris en exemple la circonscription numéro 71 de la Virginie, ainsi qu'elle a été redessinée.

Plus de 50 % de Noirs

« Ils en ont sorti 11 293 personnes et y ont fait entrer 17 000. Celles qu'ils ont sorties étaient aux trois quarts blanches et celles qu'ils ont fait entrer étaient aux trois quarts noires. Il me semble qu'ils ont beaucoup pris en compte la race », a souligné M. Breyer.

L'organisation The Campaign Legal Center, qui a transmis à la Cour suprême un mémoire en ce sens, dénonce des manoeuvres « ciblant à dessein les électeurs des minorités afin de rogner leur pouvoir politique ».

Elle a aussi cité le cas de deux circonscriptions de Caroline du Nord, dont la carte électorale fut refaite en 2011, quelques mois après que le président démocrate Barack Obama, cible des conservateurs du Tea Party, eut perdu sa majorité à la Chambre des représentants.

« En augmentant exprès (au-dessus de 50 %) la concentration des électeurs noirs (dans les circonscriptions) CD1 et CD12, où les électeurs noirs étaient déjà en mesure d'élire les candidats de leur choix, l'Assemblée générale (de la Caroline du Nord) a cherché à atténuer l'influence des votants noirs dans d'autres régions de l'État », affirme The Campaign Legal Center.

Les deux États mis en cause se défendent de toute stratégie partisane et assurent avoir revu leur carte électorale conformément au Voting Rights Act de 1965, qui a rendu illégales les discriminations raciales dans les scrutins américains.

Ce texte fondamental demande toutefois aux États de prendre en compte des données raciales afin de permettre aux minorités locales d'obtenir des élus, mais sans que ceci devienne le facteur principal.

C'est dire si la question présentée lundi aux huit sages de la Cour suprême est délicate : où s'arrête le charcutage électoral fondé sur des critères politiques - une pratique admise - et celui fondé principalement sur des critères raciaux, qui est lui prohibé ?

« Le Voting Rights Act nous impose de prendre en considération la race », a eu beau jeu de répéter Paul Clement, l'avocat des deux États.

Interdit aux salamandres

Il faut dire que la science du découpage électoral est une antique recette des partis politiques américains pour s'assurer des avantages.

La technique est appelée « gerrymandering », un mot-valise composé du nom d'un gouverneur républicain du XIXe siècle, Elbridge Gerry, et de la deuxième partie de « salamander ».

Gerry avait en effet remanié une circonscription de son État au point de lui donner la forme d'une salamandre (en anglais : « salamander »).

Ce découpage est devenu le synonyme d'un remaniement arbitraire de la carte électorale pour avantager un parti.

Ce débat s'inscrit dans un contexte de critiques renforcées du système électoral américain, après la défaite dans la course à la Maison-Blanche de la démocrate Hillary Clinton, qui a largement perdu au nombre de grands électeurs tout en obtenant nettement plus de voix que le républicain Donald Trump.

Dans divers États, des associations ont par ailleurs dénoncé l'influence de législations récentes, censées lutter contre la fraude, mais à l'objectif non avoué d'écarter les minorités.

Par exemple, la majorité républicaine de l'État de Caroline du Nord avait adopté en 2013 une loi prohibant aux électeurs de s'inscrire le jour même du vote, ou les obligeant à présenter un certain type de photo d'identité.

Une cour d'appel fédérale a toutefois annulé fin juillet des pans entiers du texte, jugeant que ces mesures « cibl(aient) les Noirs avec une précision quasi chirurgicale ».




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