Donald Trump face aux conflits d'intérêts

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Pour le moment, Donald Trump refuse de placer ses intérêts économiques et financiers dans une fiducie sans droit de regard, préférant plutôt confier à ses trois enfants aînés - Eric, Donald Jr. et Ivanka (sur la photo) - la gestion de son organisation.

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(New York) Décembre 2015. Le président turc Recep Tayyip Erdogan réagit avec colère à la proposition de Donald Trump d'interdire l'entrée des musulmans aux États-Unis. En faisant référence à deux tours portant le patronyme du candidat présidentiel à Istanbul, il déclare : «Ceux qui ont mis cette marque sur leur immeuble devraient l'enlever immédiatement.»

Juillet 2016. Trump apporte son soutien au régime d'Erdogan, cible d'un coup d'État raté, tout en se gardant de critiquer la vaste répression qui s'ensuit. «Je ne pense pas que nous ayons le droit de faire la leçon», dit-il lors d'une entrevue au New York Times. «Regardez ce qui se passe dans notre pays. Comment pouvons-nous faire la leçon quand des gens abattent des policiers de sang-froid?»

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Trump aurait-il tenu les mêmes propos s'il n'avait pas eu d'intérêts commerciaux à défendre en Turquie? Peut-être. Mais il ne semble jamais oublier ses intérêts. Ainsi, lors d'un appel téléphonique récent avec Erdogan - appel auquel sa fille Ivanka a participé -, il n'a pas manqué de vanter Mehmet Ali Yalcindag, son «ami proche» et partenaire d'affaires turc à l'origine du Trump Towers Mall, dont le nom est demeuré inchangé à Istanbul.

Le président désigné n'a-t-il pas franchi, lors de cet appel téléphonique, la ligne qui devrait séparer les affaires de sa famille et ses nouvelles responsabilités? Ne risque-t-il pas de vouloir utiliser la Maison-Blanche pour promouvoir ses intérêts privés et s'enrichir?

«La loi est de mon côté : le président ne peut pas avoir de conflit d'intérêts», a déclaré Donald Trump la semaine dernière dans une interview accordée au New York Times.

Le Times a donné un autre son de cloche ce week-end en publiant une longue enquête sur les multiples conflits d'intérêts potentiels qui attendent le 45e président, dont l'empire commercial se déploie dans au moins 20 pays. Outre la Turquie, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil et les Philippines font partie des pays où Trump brasse des affaires. L'étendue exacte de son empire demeure cependant inconnue, tout comme la liste complète de ses prêteurs, en raison de son refus de publier ses déclarations de revenus.

Mais le président désigné a raison sur un point. L'occupant de la Maison-Blanche est exempté des lois fédérales sur les conflits d'intérêts, histoire de lui permettre d'exécuter ses devoirs constitutionnels le plus librement possible. N'empêche, plusieurs présidents ont voulu éloigner tout soupçon en plaçant leurs intérêts dans une fiducie sans droit de regard.

Pour le moment, Trump refuse d'emprunter cette voie. Il entend plutôt confier à ses trois enfants aînés - Eric, Donald et Ivanka - la gestion de son organisation.

Or, la page éditoriale du Wall Street Journal, reconnue pour son conservatisme, juge inacceptable une telle solution, qui exposerait, selon elle, le 45e président à des conflits d'intérêts multiples, des poursuites incessantes et des accusations d'enfreindre une clause constitutionnelle. Cette clause interdit à quiconque exerce «une fonction publique» d'accepter des cadeaux ou émoluments d'un «prince, roi ou État étranger», sans l'accord du Congrès.

La page éditoriale du Journal recommande à Trump de vendre ses avoirs. Elle rappelle qu'«Hillary Clinton a perdu en partie parce que le public ne voulait pas d'un président qui mêle politique et gain personnel», une allusion aux conflits d'intérêts présumés entre la Fondation Clinton et le département d'État.

Au moins un parlementaire républicain a émis la même inquiétude concernant Donald Trump. «Vous avez critiqué avec raison Hillary pour la Fondation Clinton. Si vous avez des contrats avec des gouvernements étrangers, c'est également une grosse affaire», a écrit sur Twitter Justin Amash, représentant républicain du Michigan.

Selon des experts consultés par le New York Times, Trump enfreindrait vraisemblablement la « clause des émoluments » en louant des espaces de bureaux dans la Tour Trump à la Banque de Chine ou en accueillant des diplomates étrangers dans un de ses hôtels.

En attendant, les médias américains continuent à multiplier les exemples de conflits d'intérêts apparents ou avérés auxquels s'est exposé Donald Trump.

La semaine dernière, celui-ci a admis avoir demandé au politicien britannique Nigel Farage de faire pression pour faire avorter le projet d'un champ d'éoliennes marines qui défigurerait, selon lui, le paysage au large d'un terrain de golf lui appartenant dans la région écossaise d'Aberdeen.

Quelques jours auparavant, le président désigné avait reçu dans sa tour de la 5e Avenue trois de ses partenaires indiens qui construisent à Mumbai une tour portant son nom. Une photo du groupe a été publiée sur Twitter avant de disparaître à la suite de la parution d'articles sur ce conflit d'intérêts apparent.

Cette disparition est la reconnaissance implicite d'un problème qui pourrait hanter la future administration Trump.

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