Milwaukee: les Afro-Américains ont tourné le dos à Hillary Clinton

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Milwaukee est la plus grande agglomération du Wisconsin, État situé à l'ouest de l'immense lac Michigan. C'est aussi la ville la plus divisée sur le plan racial des États-Unis, selon une étude du recensement de 2010.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
MILWAUKEE

Avec ses jeunes désoeuvrés, ses commerces pauvrement achalandés et ses façades murées, la North Avenue de Milwaukee suinte la désolation. Désabusés, les Afro-Américains vivant ici n'ont pas apporté un soutien électoral attendu à Hillary Clinton. Certains ont même voté Donald Trump.

Milwaukee est la plus grande agglomération du Wisconsin, État situé à l'ouest de l'immense lac Michigan. C'est aussi la ville la plus divisée sur le plan racial des États-Unis, selon une étude du recensement de 2010.

Territoire agricole et ancien bastion industriel, le Wisconsin est la plus grosse surprise de la présidentielle 2016 : personne n'imaginait que l'État voterait Trump, à tel point qu'Hillary Clinton n'y a pas mis les pieds depuis les primaires démocrates, se contentant d'envoyer sa fille ou son mari y mener campagne.

« Elle pensait probablement avoir le Wisconsin dans la poche », commente Ronald Roberts, un Noir aux épaisses lunettes qui sort de chez « Bill The Butcher », une boucherie à l'enseigne usée par le temps.

« Il ne faut pas considérer les électeurs comme une chose acquise, car alors ils restent chez eux », poursuit ce retraité de l'industrie automobile.

C'est effectivement ce qui s'est passé ici, selon des sondages de sortie des urnes. Et les habitants rencontrés au hasard des rues, où pas un seul Blanc n'est visible, le confirment.

« Pour moi, Hillary ne valait pas mieux que Trump. C'est pourquoi je n'ai pas voté », glisse Brittany Mays, une jeune employée d'un salon de beauté.

Banlieues blanches

Misère, abandon et ségrégation sont les sentiments que l'on ressent en parcourant la North Avenue, dont les lotissements vides témoignent de la litanie des faillites. Les maisons aux fenêtres condamnées évoquent elles le marasme financier des familles dans l'impasse.

En 2008 et 2012, Barack Obama avait rallié cet électorat traditionnellement démocrate. Mais, si le Wisconsin a bénéficié d'une relance économique, la communauté afro-américaine de Milwaukee attend toujours le Grand Soir.

« Il y a plein de gens ici sans boulot, il n'y a plus d'argent qui circule, c'est tari », reprend Ronald Roberts.

À Milwaukee, pratiquement tous les Blancs ont emménagé dans les banlieues riches, où Donald Trump a logiquement mené campagne.

Les Noirs sont eux arrivés tardivement, dans les années 1960, à l'époque où l'âge d'or industriel commençait à décliner. Ils se sont concentrés au nord de l'« Inner city », les Hispaniques au sud.

Puis les séparations se sont accentuées. Aujourd'hui le taux de chômage des Noirs est le triple de celui des Blancs et les élèves noirs ont le triste record national en terme d'échec scolaire.

Dans le comté de Milwaukee, plus de 50 % des Afro-Américains âgés de 30/40 ans ont déjà été incarcérés, se voyant en conséquence radiés durablement des listes électorales.

Une loi récente a par ailleurs imposé de présenter un papier d'identité avec une photographie pour voter. Selon des ONG, ces nouvelles règles visaient précisément à limiter l'accès des minorités à la présidentielle.

« Dans certains cas, des électeurs ont été refoulés sans raison valable », explique à l'AFP Andrea Kaminski, responsable dans le Wisconsin de la League of Women Voters, une association qui avait déployé 250 observateurs le jour du scrutin.

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Hillary « pensait probablement avoir le Wisconsin dans la poche », commente Ronald Roberts, un Noir aux épaisses lunettes qui sort de chez « Bill The Butcher », une boucherie à l'enseigne usée par le temps.

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« Rien à perdre »

« On ignore combien de personnes n'ont même pas essayé de voter à cause de cette loi sur les papiers d'identité. Mais c'est vraisemblablement un nombre nettement supérieur à ceux qui ont été exclus » des bureaux de vote, ajoute-t-elle.

« Je connais des gens qui n'avaient pas de papiers d'identité ou qui n'ont pas pu voter et je trouve cela injuste », confie Derricka Wesley, une salariée de la chaîne de grande distribution Walmart.

Plombés par la drogue, la violence, la chute des prix immobiliers et le chômage, les habitants des quartiers nord de Milwaukee ont souvent perdu leurs illusions, souligne LaTonya Johnson, une élue noire locale.

« La sombre réalité, c'est qu'ils ne font pas le lien entre leur bulletin de vote et une amélioration de leurs conditions de vie », dit-elle, accusant Donald Trump d'avoir sapé davantage le moral des citoyens.

« Trump n'arrêtait pas de parler de politique corrompue et d'élection truquée, donc beaucoup de personnes ont estimé que leur vote ne changerait rien ».

D'autres ont fait le pari de choisir le milliardaire républicain.

« J'ai voté pour Trump parce que je pense qu'il peut relancer l'emploi. Point à la ligne », clame Dennis Johnson, un chauffeur routier de 39 ans, qui en avait 16 quand il a commencé à travailler. « Il nous a dit : qu'est-ce que vous avez à perdre ? Et pour moi cela a fait sens ».

Et il ajoute : « Écoutez, ce pays survivra à quatre ans de Trump, on a survécu à huit ans d'Obama et à huit ans de Bush ».

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