Jusqu'où ira Donald Trump face aux clandestins?

Donald Trump... (PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

Donald Trump

PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Laura BONILLA
Agence France-Presse
New York

S'il existe des domaines où le président désigné Donald Trump semble prêt à mettre de l'eau dans son vin, l'immigration n'en fait pas partie: il a déjà annoncé vouloir expulser jusqu'à trois millions de clandestins et a nommé des pourfendeurs de l'immigration dans son équipe.

Ceci depuis son élection le 8 novembre. Ce qui présage une politique anti-clandestine radicale au pays du «melting pot».

«Ce que nous allons faire, c'est prendre les gens qui sont des criminels et qui ont des casiers judiciaires, qui appartiennent à des gangs, qui sont des trafiquants de drogue (...), sans doute 2 millions, ça peut aussi être 3 millions (de personnes), nous allons les renvoyer du pays ou nous allons les mettre en prison. Mais nous allons les renvoyer de notre pays, ils sont ici illégalement», a déclaré M. Trump sur la chaîne CBS dimanche soir.

Pendant sa campagne, le milliardaire avait parlé d'expulser les onze millions de clandestins, originaires pour la plupart du Mexique et d'Amérique centrale, qui se trouveraient aux États-Unis.

Son annonce de dimanche ainsi que ses premières nominations augurent déjà d'«une approche très agressive» sur ce thème central à sa campagne, selon Michael Kagan, professeur de droit et directeur d'une «Clinique de l'immigration» à l'Université du Nevada.

«Expulser deux à trois millions de personnes serait une mesure radicale», a-t-il relevé. «Mais comment arrive-t-il à 3 millions? C'est ça qui est inquiétant. On n'a aucune preuve qu'il y a deux ou trois millions d'immigrants criminels aux États-Unis».

Pour arriver à ces chiffres, «je crains qu'on ne prenne en compte des dossiers judiciaires très mineurs, très anciens, voire de simples contraventions».

Depuis son accession au pouvoir en 2009, l'administration du président Barack Obama a expulsé 2,4 millions de personnes séjournant illégalement dans le pays, soit plus que toutes les administrations précédentes. Mais il s'agissait en majorité de migrants détenus à la frontière, pas de personnes installées aux États-Unis.

Des anti-immigrations endurcis

Donald Trump a aussi répété dimanche qu'il entendait sécuriser les 3200 kilomètres de frontière avec le Mexique, en construisant un mur -- élément important de sa campagne --, mais a admis que par endroits ce pourrait être une simple clôture.

Autre promesse de campagne: supprimer le programme DACA destiné à protéger quelque 740 000 jeunes entrés illégalement enfants aux États-Unis avec leurs parents et aujourd'hui parfaitement intégrés. Mais il n'a pas précisé si cela signifierait le renvoi des bénéficiaires, ou simplement le refus de nouveaux dossiers.

M. Obama l'a exhorté lundi à «réfléchir longuement» avant de toucher à un programme dont bénéficient «des jeunes qui, au regard de toutes les questions pratiques, sont de jeunes Américains».

Autre motif d'inquiétude pour les défenseurs des immigrants: M. Trump a intégré dans son équipe de transition Kris Kobach, un responsable du Kansas ayant fortement contribué à une loi adoptée en 2010 dans l'Arizona. Ce texte permet aux autorités de demander les papiers de toute personne en cas de «soupçons raisonnables» qu'elle n'en possède pas, et a fait des émules dans d'autres États.

C'est aussi un apôtre du concept d'«auto-expulsion», à savoir durcir les lois migratoires au point qu'il devient quasiment impossible aux clandestins de vivre normalement dans leur pays d'accueil, pour les pousser à partir d'eux-mêmes.

Le sénateur Jeff Sessions, lui aussi féroce opposant de l'immigration illégale, fait également partie de l'équipe de transition.

M. Trump «entend transformer sa rhétorique de campagne en actions et avancer des mesures punitives et agressives pour expulser les immigrants sans s'embarrasser du droit», s'indigne Beth Werlin, directrice de l'ONG American Immigration Council. «On va se battre».

Le président élu a notamment menacé de couper les fonds fédéraux aux «villes sanctuaires» -- plus d'une vingtaine de grandes villes ont indiqué qu'elles n'agiraient pas contre les immigrants au seul motif qu'ils n'ont pas de papiers.

Ainsi, le maire de Chicago et proche d'Obama, Rahm Emanuel, a assuré lundi que «Chicago resterait une ville sanctuaire».

À New York, symbole du brassage américain des cultures, le maire démocrate Bill de Blasio a prévenu qu'une base de données contenant les noms de milliers de clandestins possédant une carte d'identité propre à la ville pourrait être détruite. Pour éviter qu'elle ne tombe entre de mauvaises mains...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer