Élection de Trump: la colère d'un grand électeur

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Plus de 4 millions d'Américains ont signé jusqu'à maintenant une pétition en ligne lancée pour permettre l'élection du président au suffrage universel direct.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Terry Frye fait partie d'un club très sélect dont il appelle l'abolition de tous ses voeux. Le 19 décembre prochain, cet avocat de Bristol, en Virginie, se rendra dans la capitale de son État pour accomplir son rôle de grand électeur au sein du collège électoral, l'institution chargée d'élire le président des États-Unis.

Au moment où Frye et les 12 autres grands électeurs de la Virginie se réuniront dans l'enceinte du Capitole de l'État, Hillary Clinton devrait avoir accumulé quelque 2 millions de voix de plus que Donald Trump (le dépouillement du vote par correspondance se poursuit dans au moins trois États fortement démocrates - Californie, New York et Washington).

À tour de rôle, Frye et les autres membres de son groupe élus par le Parti démocrate de la Virginie voteront à voix haute pour Clinton, qui a gagné le vote populaire dans leur État. Mais les grands électeurs des États remportés par Trump, majoritaires au sein du collège électoral, parviendront, le jour même, à élire le magnat de l'immobilier à la Maison-Blanche, selon toutes probabilités.

Et ce résultat met Terry Frye en colère.

«C'est la deuxième fois en 16 ans que les républicains remportent l'élection présidentielle avec moins de voix que le candidat démocrate. C'est ridicule», dit-il à La Presse en rappelant l'élection de George W. Bush, battu par plus de 500 000 voix au suffrage par Al Gore en 2000.

«J'ai toujours pensé que le collège électoral était antidémocratique et que la Constitution devrait être modifiée pour permettre l'élection du président au suffrage universel direct. Je pense que le collège électoral a été conçu à une époque différente et pour des raisons qui ne s'appliquent plus», dit M. Frye.

Cette époque était celle des Pères fondateurs, dont la plupart se méfiaient de la démocratie. Non seulement ont-ils restreint le droit de vote aux propriétaires terriens, mais aussi ils ont créé ce collège électoral formé de grands électeurs mieux instruits et informés que la moyenne afin d'éviter tout dérapage démocratique.

De cette façon, «la fonction de président ne tombera jamais entre les mains d'un homme qui n'ait pas les qualifications requises à un degré éminent», écrivait Alexander Hamilton, l'un des Pères fondateurs.

Aujourd'hui, des Américains utilisent le même argument pour inciter les grands électeurs à ignorer le résultat du scrutin présidentiel dans leur État respectif et à voter pour Clinton le 19 décembre. Au moment d'écrire ces lignes, plus de 4 millions d'Américains avaient signé une pétition en ligne lancée à cette fin sur Change.org.

La pétition rappelle que Clinton a battu Trump au suffrage et déclare ce dernier « inapte » à la présidence en raison de «son impulsivité, ses outrages, ses mensonges, sa violence sexuelle et son absence totale d'expérience».

Une amende

Dans 24 États, les grands électeurs sont passibles d'une amende pouvant atteindre 1000 $ si leur vote contredit le résultat de l'élection présidentielle dans leur État.

«Si j'étais un grand électeur de Donald Trump, je paierais l'amende de 1000 $ et je voterais pour Hillary Clinton au collège électoral. Mais je ne suis pas naïf. Je sais que cela ne se produira pas», dit M. Frye.

Ironiquement, Donald Trump ne devrait pas avoir trop de mal à comprendre la colère de Terry Frye et des signataires de la pétition de Change.org. «Le collège électoral est un désastre», écrivait-il sur Twitter le 7 novembre 2012 au moment où Mitt Romney devançait encore Barack Obama dans le vote populaire.

Obama a fini par battre Romney par 5 millions de voix au suffrage.

Or, n'en déplaise à ses critiques, le collège électoral n'est pas prêt à être aboli. D'abord parce qu'il a servi la cause des républicains en donnant aux États ruraux un poids disproportionné (chaque État a autant de grands électeurs que d'élus au Congrès). Et ensuite parce que ses défenseurs, dont Robert Hardaway, ne sont pas tous des partisans forcenés.

Professeur de droit à l'Université de Denver, Hardaway note que le collège électoral contribue à l'élection d'un président jouissant d'un appui «aussi large que profond» dans l'ensemble du pays. L'institution a également le mérite, selon lui, d'éviter de nouveaux dépouillements interminables quand moins de 2% de voix séparent les deux principaux candidats.

«Si le président avait été élu au suffrage direct au cours des 200 dernières années, plus du tiers des élections auraient nécessité un nouveau dépouillement, dit-il à La Presse. Bien sûr, le problème avec ces dépouillements est que ceux-ci n'auraient pas nécessairement été plus précis que le dépouillement original.»

N'empêche, Terry Frye continue à pester.

«Le collège électoral ne reflète pas les valeurs démocratiques que notre pays embrasse, dit-il. Dans une démocratie, la personne qui remporte le plus de voix gagne. Et, pour la deuxième fois de mon vivant, cela ne se produit pas. Il y a quelque chose qui cloche.»

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