Matthew en Floride: le retour à la normale

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John et Karen Fasciana sont restés dans leur condo face à l'océan et ils ont vu Matthew gonfler les vagues et arracher les arbres.

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(JACKSONVILLE et ST. AUGUSTINE) Samedi matin, à Jacksonville, la vie ressemblait à tout sauf à un ouragan. Des joggeurs trottinaient, des cyclistes se baladaient le nez au vent, des téméraires avaient sorti leur planche de surf et quelques journalistes s'agitaient à la recherche de rues inondées, de maisons effondrées et d'arbres arrachés.

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La vie reprenait tranquillement son cours à Jacksonville, samedi. La veille, l'ouragan Matthew avait terrorisé la ville et forcé l'évacuation de la moitié des 850 000 habitants.

Photo Ninon Pednault, La Presse

Matthew était passé la veille. Des pluies torrentielles s'étaient abattues sur la ville, provoquant des inondations dans les îles qui sont séparées de la terre ferme par un bras de mer. Il faut franchir un pont pour les atteindre.

Quand Matthew a foncé sur la Floride, les gens ont été évacués et les ponts reliant les îles ont été fermés. Presque tous les habitants des îles sont partis se réfugier à Jacksonville. John et Karen Fasciana, eux, sont restés dans leur condo face à l'océan et ils ont vu Matthew gonfler les vagues et arracher les arbres. Ils étaient seuls au monde.

« On n'a pas d'enfants, seulement deux chats, et notre condo est solide. On pouvait se permettre de rester », explique Karen.

Elle a eu peur, un peu, avoue-t-elle, mais elle n'aurait manqué le spectacle pour rien au monde. « De notre fenêtre, on a vu l'eau envahir les rues, c'était impressionnant. On ne voit ça qu'une fois dans une vie. »

Samedi, l'eau était calme, la marée basse. Une poignée de rues près de la mer étaient encore inondées et des arbres gisaient par terre, rien de plus. Le soleil déchirait les nuages qui avaient perdu leur teinte grise. Il faisait beau et chaud.

Pourtant, la veille, Matthew avait terrorisé la ville et forcé l'évacuation de la moitié des 850 000 habitants. Beaucoup se sont retrouvés dans des refuges.

Samedi matin, les refuges se vidaient, car Matthew était parti faire ses ravages plus au nord. Les gens, heureux, jetaient leurs bagages dans leur auto, prêts à retourner chez eux, dans leur vraie vie, celle suspendue par Matthew. Ils étaient rassérénés. Il y a eu peu de dégâts à Jacksonville.

Robert Stone est sorti du refuge avec une de ses filles dans les bras, les trois autres suivaient en sautillant. Elles ont de 2 à 11 ans. La petite famille a vécu deux jours dans le refuge de Legends Center. « C'était très désorganisé, se plaint Robert. Les gens se bousculaient pour manger. »

« Le premier soir, on nous a servi des sandwichs à 21 h, ajoute sa femme, Jennifer Allen. Ce n'est pas grave, nous sommes extrêmement heureux d'avoir été accueillis. »

Jennifer ne veut pas se faire prendre en photo. « J'ai l'air d'un désastre », soupire-t-elle en replaçant une mèche de cheveux.

Difficile d'avoir l'air fraîche après avoir passé deux nuits dans un refuge. J'en ai passé une seule. J'ai dormi sur un matelas, sans draps ni couverture, les lumières du plafond allumées, à geler dans l'air froid soufflé par la climatisation. Tous les hôtels étaient pleins à ras bord. Le refuge a gentiment accepté de nous accueillir, ma collègue vidéaste et moi.

Robert Stone et Jennifer Allen sont séparés depuis un an. Quand ils ont réalisé que Matthew les forçait à vivre dans un refuge avec leurs quatre filles, ils ont décidé d'y aller ensemble, solidaires face au danger. Matthew les a rapprochés.

***

Je cherchais des victimes de Matthew, il y en avait peu à Jacksonville. J'ai donc filé vers le sud avec ma collègue. La veille, on avait fait le même chemin, mais en sens inverse. La météo avait perdu le nord, la pluie tambourinait sur les vitres, la voiture tanguait, poussée par des bourrasques, des arbres jonchaient la route. Une vision de fin du monde. Samedi matin, c'était le contraire : le soleil éclaboussait la chaussée, le ciel était pur et bleu, le vent était tombé et les derniers nuages avaient disparu. En moins de 24 heures.

St. Augustine n'avait pas la mine fripée d'un lendemain de veille, en dépit des nombreux arbres arrachés dans les rues de cette charmante ville côtière. En revanche, les commerces installés au bord de la mer ont souffert.

Devant un hôtel, des employés assis dans les marches tuent le temps. Ils attendent la gérante, car les propriétaires vivent dans le Maine. L'hôtel a été inondé, les dégâts sont énormes.

« On a eu trois pieds et demi d'eau. Tout doit être refait, les chambres, les lits, tout », constate Brad Decker, employé d'un hôtel de St. Augustine.

Il était au second étage de l'hôtel avec une quinzaine d'employés quand Matthew a frappé. « On s'était bien préparés, on avait placardé les fenêtres, on avait de l'eau, de la nourriture et une génératrice. »

Ils étaient aux premières loges quand l'eau a envahi l'hôtel.

Un peu plus loin, le propriétaire d'un restaurant et d'un café attenant, Andrew Lorigo, passe le balai pour enlever l'eau qui a envahi ses établissements. Lui aussi a été inondé. Tout est sens dessus dessous. Il n'est pas assuré pour les inondations, car la rue est sous le niveau de la mer. Il devra puiser dans ses poches pour absorber la facture qui risque de grimper à 20 000 $.

Pendant que les commerçants se battent pour retaper leur commerce, les résidants, eux, ramassent les branches des arbres qui ont envahi leur terrain. Dans une rue étroite d'un quartier résidentiel, quatre voisins discutent de Matthew et des arbres qui bloquent leur rue.

« Vous cherchez quelqu'un qui a été inondé ? me demande Beth McCoy. Je connais quelqu'un qui l'a été, elle vit tout près. Venez, je vais vous la présenter. Elle s'appelle Robidoux, elle parle peut-être français. »

Les voisins viennent avec nous. Ils croisent un couple qui vit tout près et qui arrive du restaurant. « On voulait manger des crêpes, mais c'était plein, dit la femme du couple, Marianne Larsen. Et moi qui voulais prendre un bon café ! »

Ils rient, puis cognent à la porte de Mme Robidoux, qui n'est pas là. Ils discutent, heureux d'être là, sous le soleil, sans l'ombre d'un ouragan pour les menacer. Ils se quittent au milieu de leur rue minuscule encombrée d'arbres. Matthew est loin déjà.

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