Un procès entaché de racisme sous l'oeil de la Cour suprême

Duane Buck a été condamné à mort en 1997... (PHOTO FOURNIE PAR LES AUTORITÉS TEXANES)

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Duane Buck a été condamné à mort en 1997 au Texas à l'issue d'un procès durant lequel un expert a lié sa dangerosité au fait qu'il était... noir.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

La Cour suprême des États-Unis s'est montrée mercredi globalement réceptive aux arguments des défenseurs d'un condamné à mort, qui avait été présenté lors de son procès en 1997 comme potentiellement plus dangereux car étant un Noir.

Détenu au Texas, Duane Buck risque d'être exécuté selon un jugement qui s'est en partie fondé sur une expertise psychologique entachée de racisme. Sa culpabilité n'est en revanche pas discutée: en 1995, il a sauvagement tué par balle son ex-compagne et l'homme qui se trouvait avec elle.

«Il s'agit d'un cas très inhabituel, et ce qui s'est produit avant le rendu du verdict est indéfendable», a estimé Samuel Alito, l'un des huit magistrats de la haute cour.

Siégeant à ses côtés, plusieurs des membres de la Cour suprême se sont étonnés que l'État du Texas continue de refuser à M. Buck un nouveau procès.

«Existe-t-il une bonne raison justifiant que cette personne n'ait pas eu droit à la réouverture de son dossier?», a questionné le juge Stephen Breyer, poussant dans ses retranchements Scott Keller, le juriste représentant le grand État du sud des États-Unis.

L'audience solennelle mercredi à Washington revêtait une portée spéciale après de récents faits divers dramatiques, soldés par le décès d'Afro-Américains, qui ont illustré des préjugés tenaces dans la police.

Condamné dans le comté texan de Harris, qui détient le record absolu des exécutions aux États-Unis, Duane Buck est devenu un autre symbole d'un système judiciaire accusé d'être vicié par le racisme. 

«Signal d'alarme»

«Il est impossible de ne pas tirer le signal d'alarme», a lancé Christina Swarns, l'avocate de Duane Buck et de la NAACP, la première organisation de défense des Noirs aux États-Unis.

Sa plaidoirie mercredi, devant la plus haute juridiction américaine, était en soi un événement: il est en effet rarissime qu'une Noire s'exprime dans le Temple du droit américain, qui parmi ses huit juges ne compte qu'un Noir.

Selon la loi en vigueur au Texas, a rappelé Mme Swarns, une personne ne peut être condamnée à mourir que si le procureur parvient à prouver qu'elle fait courir un danger futur à la société.

Dans ce contexte, l'expertise du pseudo-psychologue Walter Quijano, qui avait assuré que Duane Buck présentait un plus fort risque de récidive car il était noir, «a lourdement pesé dans la balance de mort», a-t-elle souligné.

Son adversaire représentant l'État du Texas, Scott Keller, a concentré ses attaques sur le fait que c'était paradoxalement l'avocat de Duane Buck qui avait présenté l'expertise très critiquée.

«Si un procureur présentait cette expertise et s'en servait comme facteur aggravant, cela représenterait une violation du droit à un procès équitable», a assuré M. Keller, en répétant qu'il n'était pas redevable des erreurs commises par le conseil de Duane Buck.

Mais il s'est fait renvoyer dans les cordes par la doyenne de la Cour, Ruth Bader Ginsburg. «Je ne vois pas quelle différence cela fait que l'avocat de l'accusé ait présenté cette expertise. Celle-ci, tout le monde est d'accord là-dessus, n'aurait jamais dû exister.» 

Avocat catastrophique

M. Buck avait été défendu à son procès par deux avocats commis d'office, dont l'un, Jerry Guerinot, s'est révélé être une véritable calamité: au cours de sa carrière, il n'a jamais réussi à obtenir un verdict d'acquittement et pas moins de vingt de ses clients ont écopé de la peine de mort.

Aujourd'hui âgé de 53 ans, Duane Buck bénéficie d'une impressionnante équipe de défenseurs qui le présentent comme un prisonnier modèle.

En deux décennies, «on ne lui a pas reproché une seule infraction disciplinaire. Son dossier est immaculé. Et c'est vraiment remarquable. En effet, dans le couloir de la mort, les détenus sont sanctionnés de façon routinière, pour un refus de se raser, pour posséder trop de timbres postaux, mettre des images artistiques ou des photos sur le mur ou la fenêtre, refuser de se doucher», a expliqué Kate Black, une de ses avocates.

La Cour suprême rendra son arrêt concernant Duane Buck lors de sa session annuelle qu'elle a entamée lundi et qui s'achèvera fin juin 2017.

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