Violences à Charlotte: des manifestants dans les rues après le couvre-feu

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Des manifestants crient depuis les marches de la station de police, jeudi soir, pour la troisième nuit de protestation à Charlotte, en Caroline du Nord, après la mort d'un homme noir abattu par la police.

Photo Mike Blake, REUTERS

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Michael Mathes, Sébastien BLANC
Agence France-Presse
CHARLOTTE et Washington

Des manifestants se trouvaient encore dans les rues de Charlotte, à près de 00h30, après l'heure fixée pour le couvre-feu par les autorités locales, à minuit. Dans la soirée, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui défilaient pour la troisième nuit consécutive, sous le regard de la Garde nationale, et bloquaient une autoroute importante.

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Des véhicules militaires arrivent à Charlotte, jeudi matin, après que le gouverneur de Caroline du Nord Pat McCrory a décrété l'état d'urgence, mercredi soir.

Photo Jason Miczek, REUTERS

Les manifestants ont fui après que la police a tiré des gaz lacrymogènes et ce qui semblait être des balles en caoutchouc, a constaté un journaliste de l'AFP.

Plus tôt dans la soirée, on apprenait que l'homme blessé par balle dans la manifestation de la nuit de mercredi à jeudi est mort, indique NBC jeudi soir. Le manifestant, qui avait été grièvement blessé lorsqu'il a été atteint par un coup de feu, a succombé à ses blessures jeudi soir. Selon les autorités municipales, ce n'est pas la police qui a tiré sur cet individu.

État d'urgence

La ville a pris des airs de camp retranché, les militaires de la Garde nationale étant déployés en renfort pour contenir les manifestants qui dénoncent l'homicide d'un Noir par un policier. Un couvre-feu a été ordonné et entrera en vigueur à minuit.

Une atmosphère calme régnait parmi les quelques centaines de manifestants qui arpentaient en début de soirée les rues de cette ville du sud-est des Etats-Unis derrière des pancartes proclamant «Arrêtez de nous tuer» ou «La résistance est belle».

Des militaires et un véhicule blindé de type Humvee étaient toutefois déployés devant l'hôtel Omni, scène des pires violences la veille, a constaté un journaliste de l'AFP.

«Nous avons maintenant les ressources permettant de protéger les infrastructures et d'être nettement plus efficaces», avait en effet prévenu le chef de la police de Charlotte-Mecklenburg, Kerr Putney.

Il avait affirmé plus tôt dans la journée que «plusieurs centaines» de membres supplémentaires des forces de l'ordre tenteraient d'empêcher les saccages des deux soirées précédentes, qui ont conduit le gouverneur de la Caroline du Nord à décréter l'état d'urgence.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, quarante-quatre personnes ont été interpellées à Charlotte, a souligné M. Putney et la maire de Charlotte, Jennifer Roberts, a réitéré son appel au calme.

Le recours à l'imposition d'un couvre-feu a également été ordonné par les autorités locales, après la nuit de mercredi à jeudi au cours de laquelle un manifestant a été mortellement blessé par balle et deux policiers ont subi des blessures mineures à l'oeil.

Présent sur le lieu de la contestation, un journaliste de l'AFP a vu cet homme s'effondrer au sol, cible d'un tir qui le faisait abondamment saigner. Il a été touché par une balle non tirée par un policier, ont assuré les autorités, et est finalement décédé jeudi selon NBC.



Un photographe de l'AFP a vu l'homme tomber,... (photo NICHOLAS KAMM, AFP) - image 3.0

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Un photographe de l'AFP a vu l'homme tomber, à deux mètres de lui. Impossible de dire qui a tiré, mais l'espace de quelques instants la violence est suspendue pendant que policiers et manifestants ensemble aident à emmener l'homme blessé par balle hors du périmètre dangereux.

photo NICHOLAS KAMM, AFP

Dans la nuit de mercredi à jeudi 

La nuit avait pourtant commencé dans le calme, avec une veillée en mémoire de Keith Scott, un Afro-Américain tué mardi par un policier dans des circonstances controversées. Plusieurs familles avaient même amené leurs enfants.

Mais l'atmosphère change brusquement lorsque la manifestation arrive devant le quartier général de la police. Un des manifestants tire le drapeau américain pour le ramener au bas de son poteau, tandis que d'autres frappent à coups de poing sur les grandes portes en scandant « No justice, no peace » (« Pas de justice, pas de paix ») et « À bas la police ».

Lorsqu'ils se retrouvent, quelques mètres plus loin, face à des policiers antiémeutes bloquant la rue, les manifestants sont déjà en colère.

Certains réagissent encore calmement, comme ces hommes qui lèvent les mains face aux policiers en scandant « On lève les mains, ne tirez pas ! », ou cette femme qui, les larmes aux yeux, regarde les policiers en disant « C'est trop, c'est trop ».

« Nous avons des frères et des enfants et des pères qui pensent qu'ils risquent de se faire tuer d'un moment à l'autre. Personne ne devrait avoir à vivre comme ça. Tous les Noirs ne sont pas des revendeurs, des drogués ou des gangsters », proteste-t-elle.

Mais face aux policiers dans leur uniforme antiémeutes, la violence monte, et bientôt les manifestants, nettement plus nombreux que les policiers, s'emparent de la rue, donnant des coups de pied aux voitures de police, brisant des vitrines, et obligeant les policiers à se réfugier dans le hall d'un hôtel.

Alors que les manifestants tentent en vain d'y entrer, la police finit par réussir à bloquer un périmètre autour de l'hôtel, et quand les manifestants s'approchent trop ou que les projectiles pleuvent, la police répond avec des gaz lacrymogènes, des grenades aveuglantes et en tirant des balles en caoutchouc.

« Mensonge »

« Votre vie est en danger, vous devez vous en aller ! », lance un policier aux manifestants qui tentent toujours d'avancer.

C'est dans cette scène de chaos qu'on entend tout à coup un coup de feu. Des gens s'enfuient en courant, on évacue l'homme - grièvement blessé, préciseront plus tard les autorités - laissant sur le trottoir une petite mare de sang.

Cette nouvelle nuit de violence fait suite à la mort mardi de Keith Scott, un père de famille de 43 ans par un policier.

Les «vérités» d'une vidéo

D'après la police, M. Scott a été mortellement blessé par balle alors qu'il refusait de lâcher son arme de poing. Ses proches affirment au contraire qu'il n'avait qu'un livre en main.

Pressé par des habitants ainsi que par l'ACLU, puissante association américaine de défense des libertés, de rendre publique une vidéo montrant l'intervention policière contre M. Scott, le chef Putney s'y est refusé.

«Il y a ma vérité, votre vérité, et la vérité», a dit le patron de la police de Charlotte. «Nous la rendrons publique quand nous estimerons qu'il existe une raison qui l'impose, mais je ne vais pas mettre en péril l'enquête.»

M. Putney a cependant admis que la séquence filmée n'offrait «pas de preuve visuelle indiscutable confirmant que quelqu'un est en train de pointer une arme». Un aveu semblant affaiblir la thèse policière selon laquelle le policier qui a tiré était directement menacé par Keith Lamont Scott.

Ces deux dernières années aux États-Unis, des policiers ont tué des Noirs parfois non armés dans différentes villes du pays, ou traité des Afro-Américains avec une brutalité gratuite qui a choqué la population.

Le rôle de la drogue, selon Trump

Mais à Charlotte, l'heure était clairement à la fermeté et au retour à l'ordre.

«On ne peut tolérer la violence. On ne peut tolérer les destructions de biens et nous ne tolérerons pas les attaques actuellement perpétrées contre nos policiers», a déclaré sur CNN le gouverneur de la Caroline du Nord, Pat McCrory, un républicain connu pour son conservatisme.

Du côté du gouvernement démocrate de Barack Obama, les positions se voulaient plus équilibrées.

«Le président croit profondément au droit des personnes à protester. Mais la population ne doit pas utiliser l'excuse de la contestation pour commettre des actes de violence ou de vandalisme», a déclaré Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche.

«Cherchons ensemble une voie pacifique vers l'avant», a souhaité la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch.

Un autre appel au calme a émané de la légende du basket-ball Michael Jordan, propriétaire du club local de la NBA, les Charlotte Hornets.

Enfin, le candidat républicain Donald Trump a expliqué les violences à Charlotte par les abus de stupéfiants. «La drogue joue un très grand rôle dans ce que vous voyez le soir à la télévision», a déclaré le milliardaire.

La mort de Keith Lamont Scott a suivi celle vendredi d'un Noir non armé dans l'État de l'Oklahoma. Terence Crutcher a été abattu alors qu'il était tenu en joue par les policiers après avoir marché jusqu'à son véhicule les mains en l'air.

La policière auteure du tir mortel a été inculpée jeudi d'homicide involontaire.

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