États-Unis: un site web pour «réparer» le racisme

En avril 2015, des manifestants se recueillent à North... (ARCHIVES AFP)

Agrandir

En avril 2015, des manifestants se recueillent à North Charleston après une série de drames impliquant des Noirs et les forces de l'ordre.

ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Natasha Marin était démoralisée par l'avalanche de jeunes hommes noirs abattus récemment par des policiers aux États-Unis, de même que par la rhétorique raciste employée par des politiciens comme Donald Trump.

«Je lisais mon fil Facebook, et il n'y avait que violence par-dessus violence, explique en entrevue l'artiste établie à Seattle. Les gens se sentaient outrés, dépassés et impuissants. C'est là que j'ai eu une idée.»

Pourquoi ne pas créer une plateforme permettant au grand public d'aider les gens de couleur qui vivent des difficultés? «Une fois qu'on admet que le racisme existe et qu'une partie de la population souffre, n'est-il pas logique de chercher à réparer ces torts?», dit Mme Marin.

Le 15 juillet, Mme Marin a donc lancé un événement Facebook dans lequel elle encourageait ses amis de couleur à demander ce qui «pourrait les rendre plus heureux, plus productifs». Elle a aussi invité ses amis blancs, noirs et latinos à offrir leurs services et à faire des offres sur le site.

Le projet est devenu viral, si bien que Mme Marin a créé un site baptisé « Reparations » pour accommoder tout le monde.

Les demandes et les offres sont variées. Par exemple, «Alec» de Fairfax, en Virginie, offre d'utiliser son camion pour aider quelqu'un à déménager. «Aussi, je peux vous aider en faisant vos emplettes pour vous (je gagne un bon salaire, alors c'est moi qui paierais la note). Si vous avez besoin de vous vider le coeur, ou bien tout simplement de quelqu'un pour écouter, je peux faire ça aussi.»

Un autre usager, «Vivian», offre 20 000 points d'une compagnie aérienne pour aider quelqu'un à se déplacer. «Ça devrait être bon pour un vol aller-retour dans les États-Unis continentaux», écrit-il.

Bague et matelas

Du côté des demandes, «Enne», de Seattle, aimerait que quelqu'un lui envoie une bague de mariage. «J'ai trouvé la femme merveilleuse que je veux épouser, mais avec les dépenses et l'hypothèque, je n'ai pas les moyens d'acheter une bague. Aujourd'hui, je pile sur ma fierté pour demander votre aide.» Et «L'Oréal», de Pittsburgh, en Pennsylvanie, aimerait trouver un matelas en bon état «pour passer une bonne nuit de sommeil», car le sien, dit-elle, est défoncé.

Originaire de La Trinité, dans les Caraïbes, Natasha Marin a grandi à Vancouver, avant de déménager à Seattle à l'adolescence. En tant que femme noire, le passage du Canada aux États-Unis a été parfois difficile.

«Je me suis souvent fait insulter. Ce sont des choses qui font partie du fait d'avoir la peau noire aux États-Unis. Je ne dis pas que le racisme n'existe pas au Canada, il existe. Mais le racisme est plus ouvert ici. Et sur l'internet, c'est l'enfer. Il ne semble y avoir aucune limite.» - Natasha Marin

Le racisme est bien sûr un sujet délicat, et bien des gens n'apprécient pas le projet mené par Mme Marin. Elle est bombardée d'insultes et de menaces par courriel et sur sa page Facebook. Si bien qu'elle a mis au point un «système anti-trolls», où les gens s'engagent à faire un don de 1 $ pour chaque message haineux que le site recevra. «Comme ça, les trolls aident indirectement à financer le projet. C'est une façon de transformer du négatif en positif.»

Menaces de mort

Natasha Marin admet que les menaces, dont des menaces de mort, l'ébranlent. «Je n'ai jamais vécu une telle chose auparavant. Ça me garde réveillée la nuit. Je suis épuisée. En même temps, j'hésite à contacter la police. Ça fait partie du problème. On ne sait plus à qui faire confiance.»

La question d'une réparation financière pour les torts subis par les Noirs - pour l'esclavagisme, par exemple - a déjà été étudiée, mais n'est jamais allée bien loin aux États-Unis. Mme Marin dit que son projet n'est pas lié aux torts historiques faits aux personnes de couleur.

«C'est pour les préjudices qui surviennent tous les jours, avant-hier, hier, aujourd'hui, dit-elle. Ce n'est pas pour le passé, c'est pour le présent. C'est une façon pour les gens de tendre la main et d'aider une personne qui en a besoin. C'est une réponse à la phrase qu'on entend trop souvent: "Je ne peux rien faire."»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer