Photos d'identité judiciaire: un marché fonctionnant au chantage

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Yves Schaeffner

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Contrairement à ce qui se fait au Canada, les photos d'identité judiciaire relèvent généralement du domaine public aux États-Unis. C'est entre autres pour cela que l'on peut régulièrement voir les mug shots de Justin Bieber, Lindsay Lohan (six entre 2007 et 2013 !) ou Mel Gibson à la une des journaux à potins.

Mais il n'y a pas que les photos de stars qui soient rendues publiques par les autorités. N'importe quel quidam qui se fait arrêter aux États-Unis peut voir son portrait largement diffusé, et ce, qu'il soit coupable ou innocent.

Des « entrepreneurs » peu scrupuleux tirent profit des sites internet des services de police qui publient les photos d'identité judiciaire, reprenant ces photos et les mettant bien en évidence sur des sites comme mugshots.com, justmugshots.com, etc.

Jimmy Thompson a découvert ce phénomène à la dure. En 2002, il conduisait un véhicule avec un permis de conduire expiré et sans avoir payé ses droits d'immatriculation. « C'est ce que j'appelle être jeune et stupide. Je n'aurais pas dû le faire, mais je l'ai fait », reconnaît-il.

Normalement, une telle offense se solde par une amende. Sauf qu'un autre individu nommé James Thompson faisait à l'époque l'objet d'un mandat d'arrêt. Comble de malchance : ce James Thompson possédait la même date de naissance que Jimmy !

Évidemment, le policier a décidé de passer les menottes à Jimmy, qui s'est retrouvé en cellule jusqu'à ce qu'un juge se rende compte de l'erreur d'identité.

EXPOSÉ SUR LE WEB

Plusieurs années plus tard, le Floridien découvre que sa photo d'identité judiciaire est une des premières choses qui apparaissent sur le web lorsqu'il tape son nom.

« C'était vraiment très embarrassant. Je n'étais pas capable de trouver du boulot. Personne ne me rappelait. »

Il prend alors contact avec le bureau du shérif responsable de ladite photo. Ce dernier consent immédiatement à la supprimer, puisque Jimmy n'a aucun lien avec les crimes reprochés à James Thompson.

Le hic ? Le site web mugshots.com a entre-temps récupéré sa photo et l'a mise bien en évidence sur le Net. Lorsque Jimmy Thompson contacte les responsables du site, ces derniers se montrent intransigeants. « Ils s'en foutaient de savoir qu'il y avait eu une erreur d'identité », dit-il.

« Ils m'ont dit que ma seule option pour faire disparaître la photo était de les payer », poursuit-il, ulcéré.

Ces sites, dont les propriétaires se cachent souvent derrière des sociétés à numéro, exigent en effet 399 $US pour supprimer une photo d'identité judiciaire, voire davantage si la personne a plusieurs photos en circulation.

Pour M. Thompson, il s'agit d'une forme « d'extorsion ». Révolté, il est parti en guerre contre cette industrie et a notamment créé le site nomugshots.com.

VENGEANCE

Au Texas, Tim Donnelly se bat également pour faire interdire ce type de sites. Comme Jimmy Thompson, il s'est exprimé publiquement contre plusieurs de ces « entrepreneurs ». Si bien qu'un d'entre eux a décidé de se venger et de mettre sa photo encore plus en évidence.

« Il s'est mis en colère contre moi et il a fini par mettre ma photo sur une douzaine de sites. »

Comme Jimmy Thompson, M. Donnelly a été particulièrement affecté par ces sites lorsqu'il cherchait un emploi dans l'hôtellerie. « Personne ne me rappelait », se souvient-il. Aujourd'hui, les deux hommes encouragent les gens à signer une pétition afin de lutter contre le phénomène.

DE NOMBREUX OBSTACLES

Mais leur combat est loin d'être gagné. Bien des politiciens craignent d'avoir l'air clément envers les criminels s'ils cherchent à encadrer ou à interdire ces sites. Qui plus est, tous les États ne possèdent pas le même genre de législation sur le sujet.

Au Texas, dans le comté de Tarrant, le shérif local a notamment décidé d'interpréter la loi de manière restrictive. Il refuse de donner accès à toutes les photos des gens arrêtés, même si des sites ont offert de le payer en échange.

« Nous ne voulons pas faire du profit sur le dos de la loi sur l'accès à l'information », précise Terry Grisham, responsable des communications du département du shérif de Tarrant County.

À ses yeux, ce type de demande est trop « large » et ne sert pas l'esprit de la loi. L'officier considère toutefois qu'il est important que les mug shots continuent d'être accessibles au grand public dans les cas d'utilité publique. « On a des demandes tous les jours de la part de médias qui sont totalement valides », précise-t-il.

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