Dallas: les manifestants armés compliquent le travail de la police

Une voiture de police surveille les manifestants rassemblés... (PHOTO LAURA BUCKMAN, AFP)

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Une voiture de police surveille les manifestants rassemblés pour protester contre la mort des Afro-Américains Alton Sterling et Philando Castile, le 7 juillet à Dallas.

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Thomas URBAIN
Agence France-Presse
DALLAS

La confusion des premiers instants de la fusillade de Dallas, jeudi, a été accentuée par la présence de personnes ostensiblement armées parmi les manifestants, comme la loi le leur permet, au risque de compliquer le travail de la police.

Ils étaient une vingtaine environ, selon les autorités, à faire partie de la marche. Tous portaient des fusils d'assaut, parfois une tenue militaire, un masque à gaz, voire un gilet pare-balles.

« Pour nous, ça n'a pas de sens. Mais c'est leur droit, au Texas », a observé le chef de la police de Dallas, David Brown.

La plupart des États américains autorisent le port d'une arme longue dans un lieu public.

Depuis janvier, au Texas, il est désormais possible également, après obtention d'un permis, de porter ostensiblement une arme de poing.

« L'histoire dont on ne parle pas c'est à quel point la police de Dallas a été efficace » dans ce contexte, jeudi soir, estime un habitant de la ville, Joe Coker, qui possède une arme et s'entraîne régulièrement.

« Ils sont entraînés pour gérer ce genre de situation et ne pas se dire: ouh là, ce gars a un fusil d'assaut et ''boum'', lui tirer une balle dans la tête », explique-t-il.

« C'est l'un des problèmes que nous rencontrons avec le droit de porter des armes. Au milieu d'une fusillade, il est difficile de savoir qui sont les bons et les méchants », a déclaré dimanche le maire de Dallas, Mike Rawlings, sur la chaîne CBS.

Si aucun échange de tirs n'a eu lieu jeudi à Dallas entre ces civils armés et des policiers, ces derniers en ont tout de même interpellé trois, dans le doute, avant de les relâcher.

Ils ont également diffusé brièvement la photo d'un manifestant armé, Mark Hughes, le présentant comme un suspect avant de réaliser leur erreur.

« Pour moi, dans une manifestation, ce n'est pas forcément la chose la plus intelligente à faire » que de s'afficher avec une arme, considère Joe Coker.

Empêcher la prochaine tuerie

Pour Cody Harris, vendeur chez l'armurier Ray's Sporting Good, dans le sud de Dallas, la confusion générée par la présence de civils armés relève d'une « toute petite niche », d'un cas extrêmement isolé, qui ne remet pas en cause l'intérêt de porter une arme de manière visible.

« Beaucoup d'endroits dans le monde où il y a des armes partout, accessibles aux citoyens qui respectent les lois, sont parmi les plus sûrs », affirme le jeune homme, « parce que quelqu'un peut s'occuper du problème tout de suite s'il arrive quelque chose ».

Responsable de la région sud-ouest pour l'association Keep Guns Off Campus, Julie Gavran fait valoir au contraire que les événements de la fusillade ont justement montré l'inverse.

« Ils disent toujours qu'ils sont là pour empêcher la prochaine tuerie de masse, mais ils entendent des coups de feu et ils s'enfuient », souligne-t-elle.

D'autant qu'outre la vingtaine de manifestants armés de manière visible, « il y en avait peut-être 20 de plus » équipés d'une arme, mais dissimulée, insiste cette chercheuse en histoire.

Au-delà de la fusillade de jeudi, Joe Coker assure pourtant que dans « des tonnes de situations », des civils armés ont empêché des crimes, mais que les médias généralistes, qui « ont des arrière-pensées », n'en parlent pas, sciemment.

Chez Ray's Sporting Goods, ce samedi, il n'y a pas eu d'effet fusillade, avec une hausse des ventes d'armes, comme dans la plupart des villes victimes de tueries de masse.

« J'ai du boulot, mais ce n'est pas la flambée [des ventes] que les gens pourraient imaginer », nuance Cody Harris.

Fin 2015, 937 000 licences pour une arme de poing étaient en vigueur au Texas, qui compte environ 27 millions d'habitants, selon le département de la Sécurité publique de l'État.

« L'un des arguments du lobby des armes, c'est de dire que les tueries de masse n'arrivent que dans des zones où les armes sont interdites », relève Julie Gavran.

Or dans le centre-ville de Dallas, jeudi soir, « il y avait des policiers partout, des civils armés », ce qui n'a pas empêché le drame. « J'espère vraiment que ça va changer la donne pour faire évoluer la loi », dit-elle. « Pas seulement au Texas, mais dans tout le pays ».

Avant même son déplacement à Dallas mardi, le président Barack Obama a de nouveau appelé à une évolution de la législation sur les armes.

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