Orlando complique encore le débat sur les armes à feu

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Si les sondages montrent une aversion croissante des Américains à la notion abstraite et globale de «réglementation des armes», ils sont 90% à soutenir les vérifications d'antécédents ou le fait d'interdire aux personnes suspectées de liens avec le terrorisme d'acheter des armes

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Veronique DUPONT
Agence France-Presse
Los Angeles

L'attentat d'Orlando, le pire aux États-Unis depuis le 11-Septembre, galvanise à nouveau les défenseurs d'une meilleure réglementation des armes mais illustre les complexités du problème puisque le suspect était connu des autorités, ce qui ne l'a pas empêché d'acheter ses armes en toute légalité.

Dans les heures suivant l'attaque, un concert de voix, notamment les candidats démocrates à la présidentielle Hillary Clinton et Bernie Sanders, s'est de nouveau élevé pour demander de rendre plus difficile l'achat d'armes à feu, particulièrement les fusils d'assaut semi-automatiques et les chargeurs de munitions à grande capacité utilisés par le tireur d'Orlando, Omar Mateen.

Barack Obama «a été frustré, parfois même en colère, face à l'inaction du Congrès sur des mesures de bon sens qui pourraient être prises pour rendre nos communautés plus sûres», a déclaré son porte-parole Josh Earnest lundi.

«Depuis l'attentat de Newtown» en décembre 2012 dans une école primaire où 20 élèves de CP ont été abattus, «il y a eu un vrai regain» du mouvement contre les armes, constate Adam Winkler, professeur de droit à l'université UCLA.

Il admet toutefois que «la situation est compliquée», car le tueur d'Orlando «avait fait l'objet d'enquêtes de police, alors il est difficile de dire quelle nouvelles lois auraient pu l'empêcher» d'attaquer un club gai de Floride, où 49 personnes, plus le tireur, sont mortes, ajoute-t-il.

Le propriétaire du magasin où Omar Mateen avait acheté son fusil d'assaut, Ed Henson, a aussi rappelé que le tireur avait présenté des permis valables et «a passé une vérification d'antécédents».

«Une personne maléfique est venue chez nous et nous a acheté une arme. S'il ne l'avait pas achetée chez nous, il l'aurait obtenue ailleurs», a-t-il insisté, interrogé sur CNN.

Triste paradoxe 

Les violences par armes à feu ont fait plus de 5960 morts depuis janvier, et 13 429 morts l'an dernier, d'après le site Gun Violence Archive. Et le nombre de fusillades de masse augmente chaque année.

Triste paradoxe: à chaque tuerie, et à mesure que les partisans d'une réglementation plus sévère des armes à feu se font de plus en plus visibles, les ventes d'armes s'envolent car les pro-armes craignent des restrictions.

Les appels se multiplient pour interdire à nouveau, comme ce fut le cas jusqu'en 2004, les semi-automatiques comme l'AR-15 (image ci-contre) utilisé par Omar Mateen et par les tueurs de Newtown ou Aurora.

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Trois millions de semi-automatiques de ce type circuleraient aux États-Unis, selon les estimations actuelles.

Mais pour Adam Winkler, les interdire ne pourrait pas forcément empêcher des massacres comme celui d'Orlando: «Il y a beaucoup de substituts, un pistolet est une arme très létale, surtout à courte portée, et il y en a beaucoup à forte capacité».

Si les sondages montrent une aversion croissante des Américains à la notion abstraite et globale de «réglementation des armes», ils sont 90% à soutenir les vérifications d'antécédents ou le fait d'interdire aux personnes suspectées de liens avec le terrorisme d'acheter des armes, remarque Adam Winkler.

Hillary Clinton a ainsi martelé lundi que «si le FBI vous surveille pour liens terroristes présumés, vous ne devriez pas être en mesure d'acheter une arme à feu, un point c'est tout».

Les experts s'attendent à ce que le blocage fédéral persiste. «La Chambre des représentants reste aux mains de républicains hostiles à la réglementation des armes et en pleine année électorale, ils ne vont pas faire un tel cadeau à Obama», remarque encore Adam Winkler.

En revanche, depuis Newtown, d'énormes progrès ont été accomplis au niveau de différents États américains pour que les personnes souffrant de troubles psychiques ou celles ayant commis des violences conjugales ne puissent pas acheter aussi facilement des armes, note Laura Cutilletta, de l'association Smart Gunlaws. 

Batailles locales 

C'est donc sur ce terrain que des avancées pourraient continuer.

Laura Cutilletta dénonce aussi les incohérences des lois en place: «En Floride, si vous achetez une arme chez un revendeur agréé vous devez montrer un permis, mais pas si vous allez dans un salon de vente d'armes ou si vous l'achetez en ligne à un particulier».

Elle suggère aussi la mise en place d'«injonctions temporaires» pour forcer des gens suspectés de terrorisme ou d'instabilité mentale à remettre aux autorités leurs armes, comme établi en Californie après une attaque dans une université de Santa Barbara il y a deux ans.

La Californie est l'État disposant actuellement de la législation la plus restrictive pour l'achat d'armes à feu. Si elle n'a pas empêché l'attentat de San Bernardino en décembre (14 morts) Laura Cutilletta montre que le taux de décès par armes dans l'État a chuté depuis trente ans. «Nous voyons donc une corrélation» entre législation restrictive et baisse de l'hécatombe», conclut-elle.

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