É.-U.: Pfizer interdit l'utilisation de ses produits pour les exécutions

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Pfizer explique que la distribution de sept produits sera limitée à un groupe de distributeurs et d'acheteurs qui s'engageront à ne pas les revendre à des institutions pénales.

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Agence France-Presse
WASHINGTON

Les prisons américaines devraient avoir encore plus de difficultés à acquérir les produits pharmaceutiques utilisés pour les exécutions par injection létale, après la décision du géant Pfizer de restreindre strictement la distribution de ses médicaments.

Le géant pharmaceutique américain a annoncé vendredi qu'il renforçait les dispositions en place contre l'utilisation de ses produits dans des exécutions. La décision a été saluée par les opposants à la peine de mort comme essentielle, car Pfizer était le seul laboratoire approuvé par l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) à encore tolérer la distribution auprès d'institutions pénales de produits utilisés dans les cocktails létaux.

« Pfizer fabrique ses produits pour améliorer et sauver la vie des patients. Conformément à ces valeurs, Pfizer s'oppose à l'utilisation de ses produits dans des injections létales pour la peine capitale », a annoncé le groupe dans un communiqué publié sur son site.

Concrètement, Pfizer explique que la distribution de sept produits sera limitée à un groupe de distributeurs et d'acheteurs qui s'engageront à ne pas les revendre à des institutions pénales. Les institutions ou établissements publics acheteurs devront certifier que les produits ne seront utilisés que dans un but médical.

Mesures similaires

Maya Foa, directrice de l'association anti-peine de mort Reprieve, a qualifié la décision de Pfizer d'« exemplaire », et souligné que plus de 25 entreprises pharmaceutiques avaient désormais pris des mesures similaires.

« Cela signifie que tous les fabricants de produits pour exécution approuvés par la FDA ont pris position contre le détournement de médicaments pour des injections létales, et pris des mesures pour l'empêcher », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Robert Dunham, directeur du Centre d'information sur la peine capitale, explique à l'AFP que Pfizer s'opposait déjà à l'usage de ses médicaments pour des exécutions. Mais sa nouvelle politique consistera à sanctionner ou poursuivre les distributeurs qui revendraient les sept produits dans ce but.

« Il est choquant de voir la mission médicale des entreprises pharmaceutiques détournée par les États qui utilisent ces médicaments, censés sauver des vies et améliorer la qualité de vie, pour tuer des prisonniers », dit Robert Dunham.

Longue agonie

Une prison a généralement besoin pour élaborer un cocktail létal de réunir trois substances, l'une endormant le prisonnier, l'autre paralysant ses muscles et la troisième arrêtant son coeur.

En pratique, rassembler ces produits en un protocole efficace et juridiquement inattaquable relève pour les États américains du parcours du combattant.

Plusieurs ont d'ailleurs procédé depuis janvier 2014 à des exécutions très critiquées, les condamnés expirant après avoir enduré une longue agonie marquée par des souffrances, suffocations, râles ou convulsions.

Le 8e amendement de la Constitution américaine bannit les « peines cruelles ou inhabituelles » et les avocats des condamnés n'hésitent pas à lancer des recours de dernière minute mettant en doute l'efficacité de tel ou tel produit, souvent avec succès.

Le refus croissant du secteur pharmaceutique, notamment européen, de fournir ces « médicaments de la mort » a provoqué une pénurie pour les 31 États américains où la peine de mort est encore en vigueur.

Avec 28 mises à mort en 2015, le nombre d'exécutions aux États-Unis a ainsi chuté à son point le plus bas depuis 1991, quand 14 prisonniers seulement avaient été exécutés. Au pic des exécutions, en 1999, 98 condamnés avaient été mis à mort.

Pour contourner la pénurie, certains États tentent de garantir l'anonymat aux « pharmacies » prêtes à les approvisionner, notamment l'Arkansas, le Missouri et l'Ohio. Certains États se tournent en catimini vers des préparateurs en pharmacie non homologués par la FDA, ou encore vers des circuits clandestins à l'étranger, en violation de la loi fédérale.

En Virginie, les élus locaux républicains ont même tenté de rétablir la chaise électrique, mais un compromis a finalement été trouvé pour garantir le secret de l'approvisionnement.

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