Patrouilles dans les quartiers musulmans: Ted Cruz éreinté

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Une femme sort d'un restaurant à Orange County, près de Los Angeles, dans un quartier surnommé «Petite Arabie». Les États-Unis comptent environ 3,3 millions de musulmans.

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Brigitte DUSSEAU
Agence France-Presse
New York

Patrouiller dans les quartiers musulmans avant qu'ils ne se radicalisent? L'idée du candidat républicain Ted Cruz a suscité mercredi de vives critiques aux États-Unis, notamment du président Obama et du chef de la police de New York, mais le sénateur n'a rien lâché.

Une telle surveillance «est contraire à qui nous sommes. Et cela ne nous aidera pas à vaincre l'État islamique», a tonné Barack Obama, en visite à Buenos Aires.

«Une approche qui les singulariserait ou les ciblerait pour les discriminer est non seulement erronée et non-Américaine, elle serait aussi contre-productive», a insisté le président américain.

Après les attentats qui ont fait au moins 31 morts mardi à Bruxelles, revendiqués par le groupe djihadiste État islamique (EI), Ted Cruz n'avait pas hésité: «Nous devons permettre à la police de patrouiller et sécuriser les quartiers musulmans avant qu'ils ne se radicalisent», avait-il dit.

Son rival Donald Trump, qui prône sans complexe la torture pour les suspects de terrorisme et parle de fermer les frontières, a salué «une bonne idée».

Mais la démocrate Hillary Clinton a dénoncé une proposition «dangereuse et contre-productive», depuis la Californie où elle faisait campagne. «Nous avons besoin de toutes les communautés américaines dans ce combat (contre l'EI). Et quand des candidats républicains comme Ted Cruz appellent à traiter les musulmans comme des criminels, et au profilage racial dans les quartiers majoritairement musulmans, c'est mauvais, contre-productif et c'est dangereux».

John Kasich, le troisième républicain dans la course, a aussi dénoncé ces propos. Bruxelles «n'a rien à voir avec patrouiller dans les quartiers ou fermer les frontières», a-t-il dit. C'est une affaire de «renseignement au niveau mondial», et «les musulmans devront travailler avec nous pour détruire l'État islamique».

«Comparable au fascisme»

Le chef de la police de New York Bill Bratton a été l'un des critiques les plus véhéments.

«Il ne sait vraiment pas de quoi il parle», a déclaré M. Bratton, qui mardi avait estimé que le sénateur ultra-conservateur du Texas ne serait jamais président, à cause de ces propos.

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Bill Bratton

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M. Bratton a rappelé que près de 1000 policiers new-yorkais étaient musulmans et que certains protégeaient probablement Ted Cruz quand il venait à New York. Il s'est dit sur CBS «très offensé» par ses remarques.

D'autant que M. Cruz pour illustrer son idée a cité en modèle un programme secret de surveillance mis en place après les attentats du 11-Septembre à New York, quand Michael Bloomberg était maire.

Un petit groupe de policiers en civil avaient alors pour mission de surveiller la communauté musulmane, ses lieux de culte, restaurants, librairies et magasins, et de documenter ce qu'ils voyaient et entendaient.

Très controversé, le programme, objet de plusieurs plaintes en justice, a été abandonné en avril 2014. Selon M. Bratton, il n'a jamais permis de découvrir la moindre information.

Plusieurs organisations de défense des musulmans se sont également émues des propos de Ted Cruz, et Twitter s'est enflammé avec le hashtag MuslimNeighborhood (quartier musulman).

Ted Cruz, qui avait déjà provoqué un tollé en attaquant New York sur ses valeurs en janvier, n'a pas été impressionné. «Ce n'est pas surprenant que les hommes de main démocrates du maire de Blasio m'attaquent», a-t-il déclaré sur CBS.

Et il a de nouveau dénoncé «le président Obama et Hillary Clinton et le maire de Blasio (...) tellement liés par le politiquement correct qu'ils refusent de prononcer le mot terrorisme radical islamiste. Et refusent de tenter sérieusement d'en venir à bout».

Interrogé sur le nombre de musulmans aux États-Unis, M. Cruz a admis qu'il ne le connaissait pas (environ 3,3 millions).

La principale association de défense des musulmans CAIR (Council on American-Islamic Relations) lui a demandé de «se rétracter et de s'excuser pour sa proposition anticonstitutionnelle», dénonçant dans un communiqué «un appel à un traitement des musulmans comparable au fascisme».

Sur Twitter, le hashtag MuslimNeighborhood a fleuri.

«@tedcruz bonne chance pour essayer de distinguer un quartier musulman d'un autre, car les musulmans sont une partie intégrante du tissu américain», affirmait un tweet. Un autre montrait trois jeunes femmes souriantes. «Hey @tedcruz, choisis les deux qui sont musulmanes et organise des patrouilles», disait-il.

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