Barack Obama va engager le bras de fer sur la Cour suprême

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
Washington

Barack Obama pourrait nommer cette semaine le neuvième juge manquant à la Cour suprême des États-Unis, engageant ainsi un redoutable bras de fer avec le Sénat à majorité républicaine, une confrontation qui inclura aussi des centaines de groupes d'intérêt.

Selon divers experts de la haute cour et de la Maison Blanche, le président américain, qui a lui-même mené le processus de sélection, a réduit à trois noms la liste des candidats envisagés pour le poste.

M. Obama devrait ensuite faire son choix final entre Merrick Garland, Sri Srinivasan et Paul Watford, trois magistrats à la carrière exemplaire, qui ont en commun de ne présenter pratiquement aucun angle d'attaque à leurs futurs détracteurs.

Selon la Constitution, les neuf magistrats de la plus haute instance judiciaire américaine sont nommés à vie par le président, le Sénat approuvant ou non ce choix. C'est donc à M. Obama de trouver un remplaçant au juge conservateur Antonin Scalia, décédé le 13 février à l'âge de 79 ans.

Mais les sénateurs républicains soutiennent que la nomination ultra-sensible doit revenir au successeur de M. Obama, qui sera investi le 20 janvier 2017. Ils martèlent qu'ils refuseront même d'entendre tout candidat du président, quelles que soient ses qualités.

En jeu se trouve l'inclination future de la Cour suprême, institution qui tranche les grands débats de société aux États-Unis. Y siègent en effet désormais quatre juges conservateurs et quatre juges progressistes. La droite américaine s'arc-boute contre un basculement progressiste.

Cette posture intransigeante est globalement peu appréciée par la population, mais les républicains font le pari que cela ne pèsera pas dans les urnes en cette année électorale.

Selon le dernier sondage réalisé par le Washington Post et ABC News, 63 % des Américains estiment que le Sénat se doit d'organiser l'audition du magistrat que nommera le président, contre 32 % qui pensent le contraire.

Le blocage apparaît toutefois inéluctable, les sénateurs républicains ayant ces dernières semaines cimenté leur bloc du refus. Leurs responsables, reçus à la Maison-Blanche, n'ont accordé aucune concession.

«Faites votre travail»

Dans ces conditions, M. Obama devrait suivre une stratégie sur plusieurs fronts:

- D'abord placer les républicains face à leurs propres contradictions: Sri Srinivasan, brillant magistrat d'origine indienne exerçant actuellement à la Cour d'appel de la capitale fédérale, a déjà été unanimement approuvé par les élus des deux partis au Sénat. Les républicains seraient donc bien embarrassés de motiver aujourd'hui leur rejet du même homme. Les juges Garland et Watford ont également dans leur carrière obtenu des votes favorables de la part d'élus des deux partis.

- M. Obama va par ailleurs probablement prendre à partie l'opinion publique, de façon solennelle face aux caméras, en affirmant jouer les règles de la Constitution, un mot quasiment sacré aux États-Unis, contrairement aux sénateurs majoritaires. Le président peut espérer bénéficier de la défiance qu'inspirent les élus du Capitole à une partie non négligeable des Américains.

- Enfin, Barack Obama peut compter sur la mobilisation de centaines d'organisations de la société civile, notamment de défense des libertés et des minorités, qui mènent déjà campagne sur les réseaux sociaux contre les sénateurs frondeurs, avec pour slogan: «Faites votre travail».

À l'opposé, le camp républicain a profité de ces quatre dernières semaines pour préparer sa riposte, en se campant sur la position des candidats à l'investiture, de Ted Cruz à Donald Trump, qui affirment en choeur qu'Obama a perdu sa légitimité populaire.

Selon la presse à Washington, la direction du parti a mis en place une machine de guerre médiatique, notamment sur les ondes radio et sur internet, en passant un contrat avec America Rising Squared, une société spécialisée dans le lobbying anti-démocrate.

Là aussi, les lobbys de droite vont déployer une impressionnante force de frappe derrière le mot d'ordre: «Laissez la population décider», en d'autres mots, les électeurs qui désigneront le 8 novembre leur prochain président.

L'organisation conservatrice Judicial Crisis Network a ainsi exploré la jurisprudence des juges susceptibles d'être nommés, pour en tirer des argumentaires en leur défaveur.

Le combat qui s'annonce, à coups de millions de dollars, sera donc long et épique.

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