Antonin Scalia, le pilier conservateur du Temple du droit américain

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Le juge Antonin Scalia en conversation avec le président Ronald Reagan, dans le Bureau ovale, en juin 1986.

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Agence France-Presse

Durant trois décennies et jusqu'à sa mort à l'âge de 79 ans, le juge Antonin Scalia a incarné à la Cour suprême les thèmes les plus chers de l'Amérique conservatrice, en matière de famille, de religion, de patriotisme ou de maintien de l'ordre.

Premier juge d'origine italienne à siéger à la plus haute instance judiciaire américaine, M. Scalia laissera le souvenir d'un magistrat à la rigueur intellectuelle implacable, capable de lutter pied à pied sur le terrain du droit pour défendre ses idées.

Grand rédacteur de jugements ciselés, cités en exemple dans les amphithéâtres d'université, le doyen Scalia était trop à droite pour se retrouver en position d'arbitre parmi les neuf juges de la haute cour.

Mais il parvenait à surprendre même ses pairs conservateurs (John Roberts, Samuel Alito, Clarence Thomas et Anthony Kennedy) par ses argumentaires d'opinion de désaccord - c'est-à-dire contre un jugement majoritaire - dont le travail d'écriture en faisait des textes lus aussi bien par les juristes que par les profanes.

Nommé par le président Ronald Reagan en 1986, M. Scalia, qui déjà à l'époque cachait ses rondeurs sous sa robe noire de magistrat, prônait une interprétation littérale de la Constitution.

Il était même partisan de l'école de jurisprudence américaine originaliste, qui soutient que la Constitution doit être interprétée conformément à son sens originel à l'époque de son adoption.

Ainsi, expliquait-il, si l'on se réfère à l'esprit des Constitutionnalistes historiques, la validité de la peine de mort et le droit de porter une arme individuelle aux États-Unis ne font aucun doute.

Avec ses yeux rieurs derrière ses lunettes carrées, son double menton surplombant ses larges cravates, M. Scalia affichait un air bonhomme contrastant avec ses idées parfois radicales.

Un humour caustique

Des neuf juges siégeant dans le Temple du droit américain, c'est d'ailleurs lui qui le plus souvent déclenchait chez le public les rares rires venant troubler les débats très techniques.

Il s'autorisait des sarcasmes en audience et ne refusait pas non plus les prises de parole en dehors de la Cour, notamment les entrevues aux médias.

Amateur de chasse et de poker, Antonin Scalia pouvait également partager une soirée d'opéra en compagnie de la doyenne (en âge) de la Cour, Ruth Bader Ginsburg, une magistrate octogénaire progressiste nommée par l'ancien président démocrate Bill Clinton.

Père de neuf ans, dont un prêtre, ce catholique traditionaliste était ouvertement opposé à l'avortement et à l'union homosexuelle.

Il a mené une croisade inlassable pour que la Cour revienne sur l'arrêt historique Roe Vs Wade, qui en 1973 a reconnu l'IVG comme un droit constitutionnel des femmes.

On considère qu'il a par ailleurs joué un rôle crucial dans la décision de la Cour suprême d'interrompre le recomptage des voix en Floride lors de l'élection présidentielle de 2000, une décision qui a ouvert au républicain George W. Bush les portes de la Maison-Blanche.

En décembre dernier, le juge Scalia avait suscité un vif émoi lors d'une audience phare consacrée à la discrimination positive, en évoquant des cursus éducatifs « plus lents » susceptibles d'être mieux adaptés aux Noirs.

Il avait ainsi sous-entendu que le « coup de pouce » qu'offre à certains lycéens noirs la discrimination positive se révélait finalement contre-productif, l'étudiant n'étant pas au niveau pour suivre des cours « allant trop vite ».

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