Barack Obama reconnaît l'échec de l'isolement carcéral

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Barack Obama évoque le cas de Kalief Browder, un adolescent originaire du Bronx, écroué en 2010 pour un simple vol de sac à dos.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
WASHINGTON

En lançant la réforme risquée de l'univers carcéral américain - limitant les placements à l'isolement et explorant les alternatives à la détention systématique -, Barack Obama ne cherche pas seulement à rendre les prisons plus humaines: il admet l'échec d'un système.

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L'immense complexe pénitentiaire de New York Rikers Island.

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Dans une tribune publiée mardi dans le Washington Post, le président des États-Unis confirme vouloir employer la dernière année de son mandat à «repenser» le sort des quelque 100 000 prisonniers enfermés 23 heures sur 24 dans une cellule minuscule.

Souvent, ces condamnés à la «prison dans la prison» ne reçoivent leur nourriture que par une trappe, privés de pratiquement tout contact humain.

«L'isolement est profondément destructeur sur le plan mental, en particulier quand il est imposé à des enfants ou de jeunes adultes», explique à l'AFP John Pfaff, de l'université de droit Fordham. «La plupart des experts s'accordent sur l'énorme coût psychiatrique à long terme pour les personnes placées à l'isolement».

Barack Obama évoque dans son texte le cas de Kalief Browder, un adolescent originaire du Bronx, écroué en 2010 pour un simple vol de sac à dos.

Alors qu'il n'a que 16 ans, le garçon se retrouve plongé dans l'enfer de Rikers Island, immense complexe pénitentiaire de New York connu pour héberger des milliers de délinquants attendant leur procès ou n'ayant pas de quoi financer leur caution libératoire.

Soumis aux brimades et violences des détenus et des gardiens, le jeune Kalief est placé deux ans à l'isolement.

Quand il est libéré, sans même avoir été jugé, il est incapable de retrouver un équilibre. Il s'est suicidé juste après avoir atteint ses 22 ans.

La politique d'isolement carcéral «n'améliore pas notre sécurité», avait déjà affirmé l'an dernier M. Obama, à une époque où il commençait à tâter le terrain et pousser pour sa réforme.

«Souvent, un tel environnement risque d'aliéner encore davantage les détenus, de les rendre plus hostiles et potentiellement plus dangereux», avait-il ajouté.

C'est pourquoi le président a décidé d'interdire dans les prisons fédérales le placement à l'isolement des détenus mineurs et des auteurs d'infractions légères.

Mettant en avant une nation qui croit en la «rédemption» et dans «la deuxième chance», il a également limité à 60 jours la première période d'isolement pour un délinquant non récidiviste.

Ces mesures concernent au total quelque 10 000 détenus fédéraux, une minorité par rapport à la population carcérale gérée par les États.

En plus d'être ultra-coûteux, le système pénitentiaire américain est en effet démesuré: avec ses 2,2 millions de détenus, il rassemble un quart des prisonniers de la planète.

Les cellules sont surchargées de toxicomanes ou de malades psychiatriques, chez lesquels une longue réclusion réduit souvent à néant les dernières chances de réinsertion.

Pour ces détenus, M. Obama compte développer l'offre de soins se substituant à la réclusion.

Un homme passe devant une murale peinte en... (PHOTO SHANNON STAPLETON, ARCHIVES REUTERS) - image 2.0

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Un homme passe devant une murale peinte en l'honneur de Kalief Browder, à New York, le 16 juin dernier. 

PHOTO SHANNON STAPLETON, ARCHIVES REUTERS

Contexte délicat

Dans un contexte électoral marqué par une surenchère sécuritaire chez les candidats républicains - qui accusent M. Obama de «faiblesse» - le président marche sur des oeufs.

Ses mesures vont de surcroît à l'encontre d'idées profondément ancrées dans une bonne partie de la société, persuadée des bienfaits de l'isolement carcéral, pratiqué depuis deux siècles aux États-Unis.

De même existe la conviction que plus les délinquants resteront derrière les barreaux, moins il y aura de délinquance.

Cette thèse aujourd'hui battue en brèche a conduit à l'adoption, dans les années 1980 et 1990, de lois ultra-répressives, aux lourdes peines plancher.

Enfin, M. Obama sait qu'en choisissant la voie réglementaire, il s'expose à des accusations d'abus de pouvoir, après avoir irrité les républicains majoritaires au Congrès en cherchant à les contourner sur la question des armes à feu ou de la régularisation des clandestins.

Toutefois, assure à l'AFP le professeur Matthew Hale, de l'université Seton Hall, «la réforme de la justice pénale est un thème soutenu des deux côtés de l'échiquier politique. Donc, même si le président peut s'attendre à des attaques de la droite dure sur le fait qu'il va trop loin, il est probablement plus en sécurité avec ces décrets qu'il l'était par exemple sur l'immigration».

Reste que la réforme pénale d'Obama tient beaucoup du symbolique.

«Les conséquences directes de la décision d'Obama sont quasiment nulles, car il n'y a pratiquement pas de mineurs à l'isolement dans les prisons fédérales. La directive vise donc à inspirer les États à modifier leur politique, seule une poignée d'entre eux interdisant ou restreignant l'isolement des mineurs», souligne le professeur Pfaff.

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