Affaire Freddie Gray: annulation surprise du procès d'un policier

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William Porter a plaidé non coupable des chefs d'accusation d'homicide involontaire, violences, mise en danger de la vie d'autrui et faute professionnelle.

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Sébastien BLANC
Agence France-Presse
BALTIMORE

Le procès à très forte charge symbolique d'un policier accusé de l'homicide d'un jeune Afro-Américain dans un fourgon de police à Baltimore a été annulé mercredi, le jury ne parvenant pas à s'accorder sur un verdict.

La nullité du procès, un événement rare dans la procédure pénale américaine, a été annoncée par le juge Barry Williams, présidant ces débats de résonance nationale.

«Vous êtes un jury bloqué», a constaté le magistrat. «Je déclare la nullité du procès».

La balle est désormais dans le camp des procureurs, qui peuvent décider que l'agent William Porter sera rejugé avec un autre jury à une date ultérieure.

«Je pense qu'il y aura un autre procès», a déclaré à l'AFP Amy Dillard, une professeure de droit de Baltimore, en soulignant les solides charges rassemblées par l'accusation.

M. Porter était le premier de six policiers présents dans le fourgon à comparaître dans cette ville de l'est du pays pour la mort brutale de Freddie Gray.

Le décès de l'homme de 25 ans en avril avait déclenché des émeutes locales et un mouvement de protestations nationales.

L'annulation du procès est un coup de théâtre qui vient confirmer la complexité et la sensibilité d'une affaire illustrant le fossé entre la communauté noire et la police dans certaines villes américaines.

William Porter a plaidé non coupable des chefs d'accusation d'homicide involontaire, violences, mise en danger de la vie d'autrui et faute professionnelle.

Tout le port de Baltimore était pendu à la décision des 12 jurés, qui avaient entamé lundi après-midi leurs discussions, après deux semaines d'audience.

Ville sous tension

Mardi après-midi, ces cinq hommes et sept femmes avaient fait savoir qu'ils étaient dans l'impossibilité de s'accorder sur un verdict.

Le juge Williams les avait cependant renvoyés dans la salle des délibérations, en leur demandant de tout tenter afin de parvenir au consensus exigé par la loi pour les procès d'assises aux États-Unis.

Mais, 24 heures après, l'impasse se poursuivant, le juge en a tiré les conclusions qui s'imposaient.

Ce procès devait permettre d'apaiser les esprits à Baltimore, ville meurtrie par une recrudescence des violences armées et des fossés communautaires, mais cet objectif apparaît compromis à court terme.

Quelques échauffourées ont éclaté mercredi devant le tribunal, survolé par des hélicoptères de la police.

Les forces de sécurité avaient été déployées en nombre dans les rues de la ville, les autorités redoutant que l'annulation du procès entraîne des émeutes comme en avril.

Selon des images de télévision, quelques personnes manifestaient toujours dans la soirée.

La mairesse Stephanie Rawlings-Blake a mis en place depuis lundi une cellule de crise réunissant des représentants de la police et des services de secours.

Elle a aussi appelé les habitants à respecter la décision de nullité du procès.

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Freddie Gray

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Obama «troublé»

Les faits entourant la mort de Freddie Gray, imprégnés de racisme selon les amis de la victime, remontent au 12 avril dernier.

Interpellé par une patrouille, le jeune homme avait subi une fracture des vertèbres cervicales lors de son transport dans un fourgon et était décédé une semaine après.

Cet «homicide», ainsi que l'avait qualifié la procureure de l'État du Maryland, avait déclenché des émeutes, des pillages et de graves actes de vandalisme.

Les autorités avaient déclaré l'état d'urgence, instauré un couvre-feu nocturne et appelé en renfort les militaires de la Garde nationale.

Le président Barack Obama avait condamné les violences, tout en relevant les «questions troublantes» restant en suspens.

Lundi, les avocats de William Porter avaient plaidé l'accident tragique et insisté sur le fait que c'était à l'accusation de prouver l'homicide de Freddie Gray.

Pour beaucoup, ce dossier est un cas d'école des abus policiers contre la communauté noire, et une non-condamnation de M. Porter, même s'il est lui-même noir, s'inscrirait dans une longue liste d'injustices avérées et impunies.

Pour d'autres, rien ne justifierait que Baltimore, cité portuaire de la côte atlantique, soit à nouveau livrée à la rage et aux émeutes qu'elle a connues au printemps.

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