Jeune Afro-Américain abattu à Chicago: la police soupçonnée de dissimulation

Des manifestants ont formé une chaîne humaine vendredi... (PHOTO REUTERS)

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Des manifestants ont formé une chaîne humaine vendredi pour empêcher l'accès à des magasins de Chicago. Les protestataires voulaient perturber le Black Friday en réaction à la mort de l'adolescent noir Laquan McDonald, tombé sous les balles d'un policier blanc en octobre 2014.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(Chicago) La vidéo, rendue publique mardi dernier, a choqué les Américains. Elle montre un policier blanc de Chicago, Jason Van Dyke, tirant à 16 reprises sur Laquan McDonald, un adolescent noir s'éloignant de lui, couteau à la main. Van Dyke a été inculpé de meurtre avec préméditation quelques heures avant sa diffusion.

Mais de nombreux citoyens de Chicago ne décolèrent pas. Car ils voient dans cette affaire une exécution doublée d'une tentative de camouflage éhontée mettant en cause les autorités policières, judiciaires et politiques de leur ville. 

La première version

Le 21 octobre 2014, le Chicago Tribune publie un court article sur la mort de Laquan McDonald, survenue la veille au soir. Le quotidien ne cite que la version offerte par Pat Camden, porte-parole du syndicat des policiers de Chicago. Celui-ci affirme que l'adolescent de 17 ans s'est précipité sur les policiers qui l'entouraient après avoir refusé d'obtempérer à leur ordre de lâcher son couteau. «Et un des officiers a ouvert le feu», écrit le Tribune, précisant que McDonald a été atteint d'une balle à la poitrine. Selon Camden, les policiers ont été «forcés de se défendre». D'autres médias locaux publient des versions semblables de l'affrontement mortel.

Le lanceur d'alerte

Quelques jours plus tard, un lanceur d'alerte travaillant au sein du service de police de Chicago contacte le journaliste indépendant Jamie Kalven et l'avocat Craig Futterman et leur refile un tuyau: les autorités dissimulent une vidéo dans l'espoir de balayer sous le tapis des coups de feu injustifiés. En décembre 2014, Kalven et Futterman révèlent l'existence d'une vidéo réalisée grâce à une caméra fixée dans une voiture de police et réclament sa publication. Kalven réussit en outre à confesser un témoin de l'affrontement. Celui-ci raconte avoir été chassé des lieux avec d'autres témoins par des policiers. Ceux-ci n'ont jamais cherché à recueillir leurs témoignages ou à obtenir leurs numéros de téléphone.

Le rapport d'autopsie

En février 2015, le journaliste Jamie Kalven obtient le rapport d'autopsie du corps de Laquan McDonald grâce à la Loi sur la liberté de l'information. Le rapport contredit la version policière. L'adolescent n'a pas été atteint d'une balle à la poitrine, mais de 16 balles dans plusieurs parties du corps, y compris le dos et la tête. Selon le rapport d'autopsie, deux balles au plus ont touché l'adolescent alors qu'il se tenait debout. Le rapport révèle également que McDonald était sous l'emprise de psychotropes (PCP) au moment de sa mort.

Un règlement de 5 millions

Avant même qu'une poursuite ait été déposée, le conseil municipal de Chicago a approuvé en mars 2015 une entente négociée entre les avocats de la Ville et ceux de la famille McDonald. L'entente prévoit une indemnisation de 5 millions de dollars et inclut une condition: la vidéo de l'intervention du 20 octobre 2014 doit rester confidentielle. La Ville affirme que ce règlement lui permettra d'épargner de l'argent. Ses critiques font valoir ces jours-ci qu'elle a plutôt tenté d'acheter le silence des McDonald.

La caméra du Burger King

En mai 2015, la chaîne NBC Chicago révèle qu'une caméra de sécurité d'un restaurant Burger King situé à moins de 100 mètres de l'endroit où Laquan McDonald a été abattu contient une interruption de 86 minutes, entre 21h13 et 22h39, le 20 octobre 2014. McDonald a été abattu vers 21h50. Selon le gérant du restaurant, des policiers ont effacé la vidéo en question. La procureure du comté de Cook, Anita Alvarez, a nié qu'un tel scénario ait pu se produire. Ses critiques lui reprochent de ne pas avoir le courage d'inculper les responsables.

Le combat du maire

Après les révélations sur l'existence d'une vidéo montrant l'affrontement du 20 octobre 2014, le maire de Chicago, Rahm Emanuel, s'est opposé pendant des mois à sa diffusion. Il a soutenu qu'il fallait attendre la fin des enquêtes (locales et fédérales) sur la mort de l'adolescent avant de la rendre publique. Lui reprochant d'enfreindre la Loi sur la liberté de l'information, un juge du comté de Cook, Franklin Valderrama, lui a donné jusqu'au 25 novembre pour diffuser la vidéo.

La vidéo silencieuse

Le 24 novembre, le maire de Chicago a donné le feu vert à la diffusion de la vidéo. Surprise: celle-ci ne contient pas de son, si bien qu'il est difficile en la visionnant de juger combien de coups de feu ont été tirés par l'officier Van Dyke pendant que Laquan McDonald gisait sur la chaussée. Le chef de police de Chicago, Garry McCarthy, a mis l'absence de son sur le compte d'un problème technique inexpliqué. Ses critiques n'en croient rien. Ils réclament une enquête indépendante sur toutes les questions entourant la mort de Laquan McDonald. Les manifestants qui descendent ces jours-ci dans les rues de Chicago demandent en plus la tête de la procureure du comté de Cook ainsi que celles du chef de police et du maire de Chicago.

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