Les éliminations par drones attisent la haine, dénoncent d'anciens opérateurs

Les quatre signataires de la lettre envoyée au... (Photo Stephanie Keith, Reuters)

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Les quatre signataires de la lettre envoyée au président Obama, Stephen Lewis, Jesselyn Radack, Michael Haas et Cian Westmoreland, lors d'une conférence de presse avec leur avocate, à New York, jeudi.

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Agence France-Presse
WASHINGTON

Quatre anciens opérateurs de drones américains ont accusé les éliminations par drone opérées par Washington de propager la « haine » et de nourrir le terrorisme, dans une lettre adressée à l'administration américaine.

L'élimination par drone est « l'un des moteurs les plus puissants pour le terrorisme et la déstabilisation dans le monde », écrivent les quatre anciens militaires, dans une lettre adressée au président américain Barack Obama et à d'autres responsables, et publiée par The Guardian.

« Nous ne pouvons rester les bras croisés devant des tragédies comme celle des attentats de Paris », ajoutent-ils.

« Les civils innocents que nous avons tués n'ont fait qu'ajouter aux sentiments de haine » à l'origine du terrorisme et de groupes comme les djihadistes de l'État islamique, écrivent-ils, demandant à l'administration américaine de « reconsidérer son approche ».

Écoeurés par leur métier

Selon le journal britannique, qui publie jeudi leurs témoignages en détail, les quatre opérateurs sont des trentenaires ayant quitté l'US Air Force après une demi-douzaine d'années de service, écoeurés par leur métier.

Trois d'entre eux étaient chargés de gérer notamment les capteurs et systèmes de visée des drones en mission, un quatrième était un technicien chargé de l'infrastructure de communication avec les appareils.

L'un d'entre eux, Brandon Bryant, relate notamment dans le journal une frappe sur un groupe de 5 personnes en Afghanistan, pendant leur sommeil. Elles étaient censées transporter des explosifs, mais il n'y a jamais cru car la frappe n'a pas provoqué d'explosions secondaires. « Un meurtre lâche », selon lui.

À la fin de leur service, ils ont reçu une petite carte sous enveloppe scellée, contenant le nombre d'éliminations auxquelles ils avaient contribué. M. Bryant a « commis l'erreur d'ouvrir la sienne », relate The Guardian. « Le nombre était de 1626 ».

Selon leur lettre, le remords les a « tous fait succomber au syndrome de stress post-traumatique », certains devenant même « sans abri ».

Deux d'entre eux ont participé au documentaire Drone de la réalisatrice norvégienne Tonje Hessen Schei, sorti en 2014.

Soucieuse de ne pas renvoyer de troupes sur le terrain après les traumatisantes guerres d'Afghanistan et d'Irak, l'administration Obama a fortement accru les frappes d'élimination par drones dans ses campagnes au Moyen-Orient contre Al-Qaïda et, plus récemment, contre l'EI.

Le site d'investigation The Intercept a publié récemment une enquête accusant notamment les États-Unis de sous-estimer le nombre de victimes civiles tuées par des drones. Selon lui, 90 % des personnes tuées dans des frappes aériennes lors d'une opération de cinq mois en Afghanistan n'étaient pas les cibles visées.

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