Un saumon transgénique bientôt dans les assiettes des Américains

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Ce saumon a été développé par la société de biotechnologies AquaBounty Technologies, dans l'État du Massachusetts.

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Anne RENAUT, Kerry SHERIDAN
Agence France-Presse
MIAMI, WASHINGTON

Les autorités sanitaires américaines ont autorisé jeudi un saumon génétiquement modifié pour la consommation humaine, premier animal transgénique à arriver dans les assiettes des Américains, en dépit des critiques d'associations de consommateurs craignant qu'il soit dangereux pour la santé et l'environnement.

«Sur la base d'une analyse complète des éléments scientifiques» fournis par la société qui l'a conçu, le saumon AquAdvantage «remplit les conditions réglementaires» et est «propre à la consommation», a estimé l'agence fédérale des médicaments et de l'alimentation (FDA).

Ce saumon a été développé par la société de biotechnologies AquaBounty Technologies, dans l'État du Massachusetts.

Cette décision de la FDA est annoncée après des années de controverse sur ce poisson, qui est une sorte de nouveau saumon de l'Atlantique auquel on a injecté un gène du saumon chinook du Pacifique afin qu'il grossisse deux fois plus vite.

Il peut ainsi atteindre sa taille adulte au bout de 16 à 18 mois, au lieu de 30 mois pour un saumon de l'Atlantique.

Les autorités sanitaires ont jugé que le saumon AquAdvantage était «aussi propre à la consommation et aussi nourrissant que les autres saumons de l'Atlantique non transgéniques, et qu'il n'y avait pas de différences biologiques notables entre les qualités nutritionnelles du saumon AquAdvantage et celles des autres saumons d'élevage de l'Atlantique».

Le saumon AquAdvantage ne peut être élevé qu'à terre, dans des bassins d'éclosion fermés, dans deux installations spécifiques au Canada et au Panama, précise la FDA.

Cette autorisation «ne permet pas que ce saumon soit conçu et élevé aux États-Unis».

Des associations de défense des consommateurs avaient estimé que ce saumon pouvait être dangereux pour la santé humaine et qu'il présentait des risques pour les autres poissons s'il était libéré dans la nature.

La FDA a fait valoir à cet égard que le saumon AquAdvantage était «stérile et que donc, s'il devait par le plus grand des hasards s'échapper, il ne pourrait pas se reproduire ou établir de populations à l'état sauvage».

Pas d'étiquette obligatoire

Les associations avaient aussi réclamé que ce saumon soit labellisé, mais, selon la loi américaine, une étiquette n'est requise que lorsqu'il y a «une différence matérielle - tel qu'un profil nutritionnel différent» entre le produit transgénique et le produit naturel similaire.

Or, «dans le cas du saumon AquAdvantage, la FDA n'a pas trouvé de différences», explique l'agence, qui a toutefois publié des recommandations pour ceux qui souhaiteraient labelliser volontairement ce saumon.

En l'absence d'étiquette et pour éviter de manger du saumon transgénique, les consommateurs peuvent toujours acheter du saumon sauvage, a suggéré jeudi un représentant de la FDA lors d'une conférence téléphonique.

Alison Van Eenennaam, spécialiste en génétique animale à l'Université de Californie-Davis, a salué une décision «qui n'a que trop tardé». «AquaBounty essaie d'obtenir une autorisation réglementaire depuis presque 20 ans», rappelle-t-elle.

Cette scientifique a fait partie du comité consultatif de la FDA qui s'était penché sur le saumon d'AquaBounty et avait demandé en septembre 2010 des études supplémentaires pour l'autoriser.

«Il y a cinq ans, les scientifiques de la FDA ont conclu que l'aliment issu du saumon AquAdvantage était "propre à la consommation" et que le confinement physique, biologique et génétique proposé du poisson dans les montagnes du Panama posait un risque minimal pour l'environnement», souligne-t-elle.

Selon William Muir, professeur de génétique à l'Université de Purdue, cette décision est «tout à fait gagnante-gagnante pour l'environnement, les consommateurs et le processus» d'évaluation des données de ce poisson, car «il n'y a pas de preuves crédibles que ces poissons posent un risque, soit pour la santé humaine, soit pour l'environnement».

«C'est très encourageant de voir que le processus d'évaluation des risques a été enfin terminé et que l'utilisation de la génétique pour améliorer l'élevage puisse avancer», s'est aussi félicité Helen Sang, professeur de biologie au Roslin Institute à l'Université d'Édimbourg en Écosse.

Des économistes et des juristes de l'Université de Duke avaient cependant jugé trop étroits, en novembre 2010, les critères retenus par la FDA pour évaluer les mérites et les risques de ce saumon.

Ils s'étaient demandé si ça ne serait pas «plus judicieux d'évaluer si ce saumon OGM est vraiment un plus pour la société dans son ensemble», dans une analyse publiée dans la revue Science.

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