Mizzou, une université sous tension

Des étudiants de l'Université du Missouri prennent part... (PHOTO DANIEL BRENNER, THE NEW YORK TIMES)

Agrandir

Des étudiants de l'Université du Missouri prennent part à un ralliement en appui au groupe Concerned Student 1950, après la démission du président de l'université, Tim Wolfe.

PHOTO DANIEL BRENNER, THE NEW YORK TIMES

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(NEW YORK) Mercredi matin, Amy Simons est arrivée à l'heure habituelle dans la classe où elle donne un cours de journalisme sur le campus de l'Université du Missouri à Columbia, surnommé «Mizzou». Seulement 4 de ses 24 étudiants étaient présents.

«Il y avait encore beaucoup de peur et d'incertitude sur ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas à propos des menaces terroristes publiées sur un réseau social et des rumeurs de la présence de membres du Ku Klux Klan sur le campus», a raconté la professeure de journalisme à La Presse, hier.

«À la mi-temps du cours, nous avons été informés d'une première arrestation, et une partie de cette peur a disparu», a-t-elle ajouté au cours d'un entretien téléphonique.

«Payton Head, président de l'association des étudiants de l'université, s'est plaint sur sa page Facebook d'avoir été traité à plusieurs reprises de «nègre» la veille par un groupe de Blancs qui se promenaient à travers le campus à bord d'une camionnette.»


Mais Mizzou n'est pas encore remis de ses émotions. Lundi, le président de l'Université du Missouri, Tim Wolfe, a démissionné en plein coeur d'une controverse sur sa gestion de tensions raciales sur le campus. Son départ est intervenu une semaine après le déclenchement d'une grève de la faim par un étudiant noir et deux jours après la menace de grève d'une trentaine de joueurs noirs de l'équipe de football de l'université.

Plusieurs observateurs ont interprété cette démission comme l'illustration la plus éclatante de l'efficacité d'un nouveau militantisme étudiant contre la discrimination raciale et autres injustices, réelles ou imaginées. Un militantisme qui se manifeste ces jours-ci non seulement à Mizzou, mais également sur plusieurs autres campus, dont celui de l'Université Yale.

Le mouvement suscite évidemment des critiques chez les conservateurs, qui reprochent aux étudiants de monter en épingle certains incidents mineurs. Mais il engendre aussi des réactions haineuses.

«Je me tiendrai debout et j'abattrai chaque personne noire que je verrai. Mizzou fera vraiment les manchettes nationales demain», a écrit un abonné du réseau social anonyme Yik Yak au lendemain de la démission du président de l'université.

L'auteur présumé de cette menace, Hunter Park, 19 ans, a été arrêté dans la nuit de mardi à mercredi à Rolla, une ville située à 140 km au sud de Columbia. Un autre étudiant du Missouri a également été appréhendé pour avoir publié sur Yik Yak des menaces terroristes.

Mizzou a accueilli son premier étudiant noir en 1950. Au cours des derniers mois, une série d'incidents ont contribué à exacerber des tensions raciales qui font partie de la vie du campus depuis des décennies. Le 12 septembre, Payton Head, président de l'association des étudiants de l'université, s'est plaint sur sa page Facebook d'avoir été traité à plusieurs reprises de «nègre» la veille par un groupe de Blancs qui se promenaient à travers le campus à bord d'une camionnette. Le 5 octobre, des membres de la Legion of Black Collegians, une organisation afro-américaine, ont rapporté avoir été la cible de la même épithète, lancée par «un homme blanc enivré» alors qu'ils se trouvaient sur la place centrale du campus. Le 24 octobre, une croix gammée dessinée avec des excréments humains a été découverte sur le mur d'un dortoir.

Ces incidents, de même que la réponse jugée insuffisante de la direction de Mizzou aux demandes formulées par un groupe de militants appelé «Concerned Student 1950», ont incité Jonathan Butler, un étudiant noir, à déclencher une grève de la faim, le 2 novembre. Cinq jours plus tard, par solidarité avec lui, une trentaine de joueurs de football noirs de Mizzou ont annoncé qu'ils boycotteraient les matchs de leur équipe jusqu'à la démission du président de l'université.

«Quand l'équipe de football a surgi au milieu de cette affaire, une histoire qui couvait depuis des semaines, voire des mois a explosé au niveau national et international», a déclaré Amy Simons.

La professeure de journalisme établit un lien entre le militantisme étudiant sur le campus de Mizzou et Black Lives Matter. Né après l'acquittement du tueur de Trayvon Martin, ce mouvement a pris de l'ampleur après la mort de Michael Brown, ce jeune Noir non armé tué par un policier blanc de Ferguson.

«C'est vraiment une histoire qui remonte à ce qui est arrivé à Ferguson, a dit Amy Simons. Vous devez réaliser que nous sommes à moins de 200 km de Ferguson, que la plus importante partie de notre clientèle est originaire de la région de St. Louis et que le mouvement Black Lives Matter a profondément influencé les étudiants. Mais ce n'est pas seulement une affaire raciale. Cela concerne aussi d'autres populations marginalisées», a ajouté la professeure en mentionnant notamment les étudiants musulmans.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer