Démission du président républicain de la Chambre

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John Boehner (au centre) fait les frais d'une rébellion signée Tea Party qu'il n'a jamais réussi à dompter.

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON

Les divisions du parti républicain aux États-Unis ont éclaté au grand jour vendredi avec la démission du président de la Chambre des représentants, contesté par l'aile conservatrice qui lui reprochait un manque de combativité contre Barack Obama et les démocrates.

À la surprise générale, John Boehner, 65 ans, a annoncé à ses troupes qu'il quitterait le Congrès le 30 octobre, constatant son impuissance à unifier le parti. Il occupait le poste, deuxième dans l'ordre de succession présidentielle après le vice-président, depuis janvier 2011.

La gorge serrée mais l'air jovial, John Boehner a expliqué aux journalistes qu'il avait prévu de démissionner à la fin de l'année, mais qu'en se réveillant vendredi matin, il avait décidé d'avancer son annonce. Il a affirmé qu'il était sûr qu'il aurait remporter le vote de défiance que des rebelles préparaient.

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« Ma première responsabilité est envers l'institution », a-t-il dit. « Cette tourmente prolongée sur la direction de la Chambre causerait des dégâts irréparables à l'institution ».

Mais pas sûr que son départ résolve les dissensions entre les deux ailes qui cohabitent au sein du parti républicain depuis 2010 : d'un côté, les républicains dits traditionnels, conservateurs sur le fond mais réalistes sur les responsabilités du pouvoir, depuis qu'ils ont les clés du Congrès.

De l'autre, plusieurs dizaines de frondeurs élus avec la vague anti-Obama du Tea Party de 2010, et partisans de l'intransigeance sur la réduction des dépenses publiques ou l'avortement, des têtes brûlées que John Boehner méprise en privé mais dont il ne pouvait se passer.

Le « Speaker » était ainsi forcé de négocier avec sa propre majorité, un affrontement permanent qui a provoqué crise après crise depuis 2011. Les États-Unis ont frôlé le défaut de paiement à l'été 2011 et en octobre 2013, quand la faction du Tea Party a cherché à empêcher le relèvement de la limite de la dette américaine.

Décidés à abroger la réforme du système de santé de Barack Obama, les élus avaient par leur chantage provoqué une fermeture partielle de l'État fédéral pendant deux semaines en 2013, la première depuis 1996.

Les Américains avaient jugé le parti républicain irresponsable, mais pour le Tea Party, la victoire était ailleurs : ses élus pouvaient clamer à leurs électeurs qu'ils ne plient jamais sur les principes.

Pas de shutdown?

« Les républicains du Tea Party et ceux de la direction n'ont pas de différences profondes sur le fond, c'est surtout une question de stratégie, et de savoir s'il faut faire des compromis », analyse Steven Smith, professeur de science politique à l'Université Washington à St. Louis.

« Et ce problème ne s'est pas dissipé », prévient-il.

Aujourd'hui, leur pouvoir est tel qu'ils menaçaient de paralyser à nouveau l'État fédéral à partir de jeudi prochain, début de l'année budgétaire, en raison d'une controverse sur les avortements opérés dans les cliniques de la grande organisation de planification familial Planned Parenthood, qui reçoit des fonds publics. Ils conditionnaient le vote d'une loi de finances générale à la suppression des crédits pour Planned Parenthood, ce que Barack Obama refuse.

Le « shutdown » devrait toutefois être évité : John Boehner, libéré des pressions internes, ira chercher l'appui des démocrates pour faire adopter une loi de finances jusqu'au 11 décembre.

Plafond de la dette

La nouvelle du sacrifice de John Boehner a déclenché une ovation lors d'une conférence conservatrice vendredi à Washington, le Values Voter Summit, où défilaient des candidats aux primaires présidentielles. Les meneurs du Tea Party ont célébré une victoire contre l'establishment.

Les démocrates ont vu dans sa démission la main d'une faction « extrémiste » qui n'a fait qu'aggraver depuis cinq ans la polarisation politique américaine.

John Boehner « est quelqu'un qui comprend que pour gouverner, on ne peut avoir 100 % de ce qu'on veut, il faut travailler avec les gens avec qui on n'est pas d'accord », a souligné Barack Obama.

Le favori pour la succession est le numéro deux du groupe républicain, Kevin McCarthy, un Californien tranquille qui fait le pont entre les modérés et le Tea Party.

Sa première épreuve arrivera vite, car le Congrès est appelé à augmenter la limite de la dette avant novembre, afin d'éviter un défaut de paiement.

« Le prochain président de la Chambre sera surveillé de très, très près par les membres les plus conservateurs de son propre parti », avertit déjà Stan Collender, expert du Congrès.

Son départ est une illustration spectaculaire des deux courants qui cohabitent au sein du parti républicain avec de plus en plus de difficultés depuis 2010: d'un côté, les républicains dits traditionnels, conservateurs sur le fond, mais réalistes sur les responsabilités du pouvoir, depuis qu'ils ont les clés du Congrès.

De l'autre, plusieurs dizaines de frondeurs pour la plupart élus lors de la vague anti-Obama du Tea Party de 2010, et partisans de l'intransigeance sur la réduction des dépenses publiques, l'avortement ou le rôle de l'État fédéral - des «têtes brûlées» que John Boehner méprisait copieusement en privé, mais dont il ne pouvait pas se passer.

Le «Speaker» était ainsi forcé de négocier avec sa propre majorité, un affrontement permanent qui a provoqué une série de crises politiques depuis 2011. Les États-Unis avaient frôlé le défaut de paiement à l'été 2011 et en octobre 2013, quand la faction du Tea Party avait fait chantage sur les chefs du parti pour refuser de relever la limite de la dette américaine.

Décidés à abroger ou affaiblir la réforme du système de santé de Barack Obama, «Obamacare», les élus avaient par leur chantage provoqué une fermeture partielle de l'État fédéral pendant 16 jours, du jamais vu depuis 1996.

Les Américains avaient jugé le parti républicain irresponsable, mais le Tea Party promettait que ce ne serait qu'un premier round. Le sénateur texan Ted Cruz, le meneur des rebelles, s'était même félicité d'«une victoire remarquable».

Et de fait, les républicains ont largement remporté les législatives de novembre 2014, conquérant la majorité du Sénat. Aujourd'hui, leur pouvoir est tel qu'ils menacent de paralyser à nouveau l'État fédéral en raison d'une controverse sur les avortements opérés dans une organisation de planification familiale, avec en vue la date-butoir de jeudi prochain, début de la nouvelle année budgétaire.

Moment charnière

Signe de l'impopularité de John Boehner chez les plus conservateurs, la nouvelle de sa démission a déclenché une ovation lors d'une conférence conservatrice vendredi à Washington, où défilent les candidats aux primaires présidentielles.

«Vous savez à quel point vous terrifiez Washington? Hier encore, John Boehner était président de la Chambre», a lancé un Ted Cruz radieux, 

acclamé par les centaines de participants du Values Voter Summit.

«Je suis bien contente, il était trop à gauche», commentait dans les couloirs Julia DuVall, 75 ans.

La démission de John Boehner a pris Washington par surprise, même si sa place était publiquement contestée depuis des mois.

L'ancien président George W. Bush a salué son «grand respect pour les institutions», et beaucoup faisaient valoir qu'il avait conduit son parti à la plus grande majorité républicaine à la Chambre depuis les années 1920, lors des élections de 2014.

«J'espère que la majorité républicaine, que M. Boehner a largement contribué à créer, tirera les leçons de sa démission : travailler avec les démocrates de façon constructive, au lieu de laisser une poignée d'élus d'extrême droite dicter la politique de son parti», a réagi le sénateur démocrate Chuck Schumer.

Le groupe républicain va désormais s'engager dans une campagne de succession. Le chef de la majorité et numéro deux des républicains, Kevin McCarthy, est favori, mais il lui faudra composer avec les 40 ou 50 «ultras» dont la pression a fait tomber John Boehner. Une élection qui donnera le «la» du parti pour la prochaine année, en pleine campagne présidentielle.

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