La greffière anti-mariage gai, nouvelle icône de la droite religieuse américaine

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L'arrestation a scandalisé la droite religieuse, et certains candidats - mais pas tous - ont pris fait et cause pour Kim Davis, dont le sort illustre pour eux la «tyrannie» de l'ère Obama sous laquelle vivent désormais les chrétiens d'Amérique.

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON

Pas moins de deux candidats républicains à la Maison-Blanche étaient là cette semaine, dans le Kentucky, pour assister à la libération d'une greffière emprisonnée comme une «martyre» après avoir refusé d'enregistrer les mariages de couples de même sexe.

Les opposants au mariage gai, légalisé en juin par la Cour suprême, ont fait évoluer leur cause en défense de la liberté de religion, un puissant cri de ralliement susceptible de remobiliser une base conservatrice déprimée par sa monumentale défaite sur le mariage.

En pleine campagne des primaires, les candidats en font beaucoup pour s'assurer les faveurs de l'électorat protestant évangélique, démesurément influent dans les consultations du parti conservateur.

«Nous ne pouvons pas criminaliser la foi chrétienne ou celle de n'importe qui dans ce pays», a décrié Mike Huckabee, pasteur et ancien gouverneur de l'Arkansas, dans le Sud, et qui se présente pour la seconde fois aux primaires. «Si vous devez emprisonner quelqu'un, prenez-moi», a-t-il aussi dit.

Mike Huckabee avait organisé un rassemblement devant la prison de Grayson, dans un coin rural du Kentucky. Des milliers de partisans y ont acclamé Kim Davis, la greffière, après sa libération, cinq jours après son arrestation.

Un juge fédéral l'avait écrouée après que la fonctionnaire a défié la Cour suprême en refusant de délivrer à des couples homosexuels des licences de mariage, car cela aurait contrevenu à ses convictions religieuses.

L'arrestation a scandalisé la droite religieuse, et certains candidats - mais pas tous - ont pris fait et cause pour Kim Davis, dont le sort illustre pour eux la «tyrannie» de l'ère Obama sous laquelle vivent désormais les chrétiens d'Amérique.

«Nous n'avons jamais vu un tel assaut sur la Déclaration des droits, sur la liberté de religion, sur la liberté d'expression», dit le sénateur Ted Cruz, candidat aux primaires.

Ils arguent que la «désobéissance civile» des croyants est moralement justifiée, se comparant à Abraham Lincoln quand il exprima son désaccord avec une décision de la Cour suprême, en 1857, qui considéra que les Noirs n'étaient pas des citoyens et légitima l'esclavage.

Exemptions religieuses

Pour les experts, l'affaire ne supporte aucune ambiguïté juridique.

«Elle a juré de respecter la Constitution. Et, via l'interprétation de la Cour suprême, la Constitution dit que le mariage entre personnes de même sexe est légal. Il n'y a pas photo», dit Sanford Levinson, professeur à l'Université du Texas.

«Si elle veut être greffière, mais refuse certaines de ces responsabilités, elle doit en payer le prix. Ou elle peut démissionner», estime Barry Friedman, constitutionnaliste à l'Université de New York, qui réfute absolument la comparaison avec Lincoln: l'ancien président n'a jamais défié la Cour, insiste-t-il.

Ted Cruz, excellent connaisseur de la Constitution et diplômé de la prestigieuse Université de Yale, connaît probablement son droit, aussi son ancien professeur William Eskridge estime-t-il que l'argument du candidat n'est pas juridique, mais «vraiment politique».

Les évangéliques représentent jusqu'à deux tiers des électeurs aux primaires républicaines, notamment dans le Sud. Or 70 % des évangéliques blancs sont opposés au mariage gai, contre 39 % de la population américaine, selon l'institut de sondage Pew.

Les autres candidats républicains moins focalisés sur les évangéliques ont d'ailleurs appelé Kim Davis à obéir ou démissionner, tels Lindsey Graham, Carly Fiorina et Donald Trump.

Remettre en cause le mariage homosexuel sera très difficile, et requerrait la nomination, par un éventuel président républicain, de juges conservateurs à la Cour suprême, afin d'un jour revenir sur la décision, comme ce fut le cas pour l'esclavage ou l'avortement.

En attendant, les conservateurs pourraient s'inspirer de la stratégie employée depuis 1973 par les anti-avortement pour rogner indirectement sur le droit à l'IVG, explique Barry Friedman. Au lieu d'attaques frontales, les opposants ont réussi à faire voter localement de multiples restrictions sur les procédures d'avortement, les accréditations des cliniques ou les durées limites.

La plus grande organisation de planification familiale risque en ce moment de perdre tous ses financements publics, visée par les républicains du Congrès après une controverse sur les dons de foetus à la science.

Pour attaquer indirectement le mariage homosexuel, les républicains de plusieurs États envisagent ainsi de voter une exemption religieuse pour les fonctionnaires de l'état civil opposés pour des raisons religieuses - notamment dans le Kentucky.

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