Tuerie en direct: «Je n'ai pas pensé au meurtre», confie la présentatrice

«Une dizaine de choses m'ont traversé l'esprit, mais je n'ai pas pensé au... (IMAGE WDBJ7/CBS/YOUTUBE)

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Robert MACPHERSON
Agence France-Presse
ROANOKE

«Une dizaine de choses m'ont traversé l'esprit, mais je n'ai pas pensé au meurtre», raconte la journaliste américaine Kimberly McBroom, qui présentait en studio l'émission de WDBJ7 quand deux de ses collègues ont été abattus en plein direct, mercredi matin.

L'image de la caméra a été coupée, mais la liaison sonore est restée intacte. Quelques minutes plus tard, dans son oreillette quelqu'un déclare: «Trois personnes à terre».

«Un collègue qui écoutait en régie la bande-son est venu me voir peu après, bouleversé, et m'a confirmé» qu'il pensait avoir reconnu la voix d'un policier, poursuit la journaliste.

À ce moment, elle a commencé à démêler le meurtre de la rédactrice Alison Parker, 24 ans et du caméraman Adam Ward, 27 ans, survenu quelques minutes plus tôt à l'antenne.

Rien n'avait préparé la présentatrice de WDBJ7, une télévision de l'État de Virginie, à la tragédie orchestrée par Vester Lee Flanagan, un ancien de la chaîne furieux de son renvoi deux ans plus tôt.

«Ils étaient près du lac, pour un sujet magazine» sur le tourisme local, raconte Kimberly McBroom. «Il n'y avait rien de dangereux dans cette situation», explique-t-elle à des journalistes après avoir tenu une minute de silence à l'antenne au lendemain de la fusillade.

Lorsqu'elle a entendu «des bruits sourds» pendant le direct, et vu l'image de la caméra décliner, Mme McBroom se souvient simplement avoir pensé: «C'est bizarre».

«Je me suis dit: est-ce qu'Adam a perdu la lumière de sa caméra? Est-ce qu'il y a eu une explosion? Ils se trouvaient dans une zone rurale, quelqu'un aurait pu tirer des coups de feu dans le lointain», poursuit-elle.

À l'antenne, elle garde son sang-froid et explique: «Je ne suis pas sûre de ce qui est arrivé là, nous vous informerons dès que nous saurons d'où ces sons venaient». Puis elle poursuit la présentation de son émission matinale.

«Réagir en tant que journalistes»

«Nous avons essayé de les joindre par textos: «Hey, qu'est ce qui se passe?», «C'était quoi ça?»».

«Plus le temps s'écoulait sans avoir de réponse, plus ça devenait évident que quelque chose de grave était arrivé», se remémore-t-elle.

C'est alors que la voix s'apparentant à celle du policier survient, et l'équipe de la matinale commence à comprendre. «Trois personnes à terre», comme les deux journalistes et la femme qu'ils interviewaient, une responsable de la chambre de commerce locale blessée dans l'attaque.

Parmi les journalistes présents dans les studios durant la matinale, se trouvait notamment Melissa Ott, la fiancée du caméraman Adam Ward. La rédactrice Alison Parker était elle aussi en couple avec un membre de la chaîne.

À ce moment-là, «on attendait la confirmation: combien de personnes ont été touchées? À quel point est-ce grave?», explique Kimberly McBroom.

«Il nous a fallu réagir en tant que journalistes, on ne peut pas faire des conclusions hâtives (...) Jusqu'à ce qu'on ait la confirmation, on ne sait pas et on s'accroche à l'espoir qu'il nous reste, et là on s'y accrochait comme des fous», a-t-elle raconté.

Suivant l'annonce de la mort des journalistes, la course-poursuite du tueur retrouvé blessé dans son véhicule et décédé quelques heures plus tard à l'hôpital, Kimberly McBroom a malgré tout tenu l'antenne et repris le travail jeudi matin, avec accrochés à sa robe des rubans bleu turquoise et brun.

Bleu pour la couleur préférée de la rédactrice et marron pour représenter l'université du caméraman, Virginia Tech, qui fut également le théâtre de la fusillade la plus meurtrière des deux dernières décennies aux États-Unis (32 morts en 2007).

La présentation de la matinale de jeudi a été un défi, a confié Mme McBroom, mère de deux enfants et native de la région comme de nombreux journalistes de la chaîne.

«J'appréhendais, parce que je savais que ce serait horriblement difficile», a-t-elle dit en sortant des studios à la mi-journée. «Mais je savais que je devais venir (...) J'essaye simplement de faire mon travail, d'honorer leur mémoire et de faire ce qu'ils auraient fait».

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