Virginie: les meurtres de deux journalistes ravivent le débat sur les armes

Un policier monte la garde devant le centre... (PHOTO PAUL J. RICHARDS, AFP)

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Un policier monte la garde devant le centre commercial de Moneta où s'est déroulée hier la tragédie, le 27 août.

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Robert MACPHERSON, Anne RENAUT
Agence France-Presse
ROANOKE et WASHINGTON

La fusillade en direct sur une télévision locale, dans laquelle deux journalistes ont été abattus par un homme se décrivant comme «une poudrière humaine prête à exploser», ravivait jeudi le débat sur l'accès aux armes à feu aux États-Unis, mais sans grand espoir de changement.

«Combien de massacres devons-nous avoir (...) avant que l'opinion ne pousse des cris?», s'est demandé jeudi le maire de Roanoke, David Bowers, estimant qu'il n'y avait pas «de consensus en Amérique sur» les armes à feu.

Armé d'un pistolet qu'il brandit ostensiblement vers ses victimes, Vester Lee Flanagan, 41 ans, aussi connu sous le nom de Bryce Williams, a tiré huit coups de feu mercredi en direction de la reporter Alison Parker, 24 ans, et du caméraman Adam Ward, 27 ans, alors qu'ils interviewaient une femme en extérieur non loin de Roanoke, en Virginie. La femme interviewée a été pour sa part blessée et son état s'améliorait jeudi.

Non seulement le tueur, un ancien employé de la chaîne, a agi en direct à la télévision, mais il a aussi filmé la scène pour ensuite la diffuser sur les réseaux sociaux.

Pris en chasse par la police, il s'est suicidé.

À Roanoke, la chaîne a rendu hommage jeudi à ses journalistes en observant une minute de silence et en diffusant leurs photos à l'antenne.

Le tueur a justifié son geste dans un long manifeste décousu envoyé à la chaîne ABC, disant avoir souffert de discriminations parce qu'il était noir et homosexuel. Il s'y décrivait comme «une poudrière humaine depuis un bon moment. Juste en attente d'un BOUM».

Il y parle aussi avec admiration d'une autre tuerie de 2007, qui avait eu lieu non loin de Roanoke, quand un homme avait abattu 32 personnes sur le campus de Virginia Tech avant de se suicider.

Le président Barack Obama a souligné dans des interviews à des télévisions locales que «le nombre de gens qui meurent dans des incidents liés aux armes à feu dans ce pays est largement supérieur à celui des victimes de terrorisme».

Et la Maison-Blanche a une nouvelle fois appelé le Congrès à durcir la législation sur les armes à feu, qu'il est très facile de se procurer en Virginie comme dans la plupart des États fédérés.

Santé mentale

Mais l'espoir est mince depuis que le Congrès est devenu en novembre 2014, dans ses deux chambres, majoritairement républicain et largement hostile à toute régulation de l'accès aux armes, dont le port est autorisé par le Deuxième amendement de la Constitution américaine.

Le 14 décembre 2012, Adam Lanza avait tué 20 enfants et six adultes dans l'école Sandy Hook à Newtown, mais le Congrès avait refusé de changer la loi sous la pression du lobby des armes, la NRA (National Rifle Association), qui prône d'armer davantage les enseignants.

«Nous devons faire quelque chose à propos de ces cinglés qui achètent des armes», a déclaré mercredi soir sur Fox News Andy Parker, le père de la journaliste abattue, très ému.

Il a promis de «faire tout ce qui est possible, quel que soit (le temps) que ça prendra, pour faire adopter une législation sur les armes à feu» et «combler les vides juridiques et la vérification des antécédents» de l'acheteur.

«Je suis favorable au Deuxième amendement, mais il doit y avoir moyen de forcer les hommes politiques qui sont des lâches et à la solde de la NRA à trouver une solution», a-t-il renchéri jeudi.

Pour le turbulent candidat républicain Donald Trump, le problème n'est pas celui des armes à feu, mais celui des maladies mentales. «Ils devraient se concentrer sur ça (la santé mentale) plutôt que sur les armes», car «il y a tellement à faire», a déclaré M. Trump.

«Notre système psychiatrique ne fonctionne plus» et «l'argument du contrôle des armes est dans une impasse», a noté pour sa part une ancienne profileuse du FBI, Mary O'Toole, en suggérant de mieux suivre les personnes licenciées ou renvoyées de l'école à caractère lunatique.

«Quand vous avez quelqu'un d'aussi lunatique que (le tueur de Roanoke, NDLR), vous devez le surveiller», a-t-elle estimé sur CNN, en prônant une surveillance pendant 5 ans après le renvoi.

Dans son manifeste, le tueur explique que «ce qui (l'a) fait craquer, c'est la tuerie dans l'église» noire de Charleston le 17 juin, par un partisan de la suprématie blanche.

Mais la direction de la chaîne locale WDBJ7 a rejeté ses accusations et expliqué l'avoir licencié en 2013 après des accès de violence.

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