La fermeture de Guantánamo demeure plus qu'incertaine

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Près de 800 personnes ont été détenues à Guantánamo dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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L'administration de Barack Obama espère transférer des détenus de Guantánamo en sol américain pour permettre la fermeture du centre de détention controversé, mais le scénario demeure plus qu'incertain en raison de l'opposition de nombreux ténors républicains.

Lundi, le ministère de la Défense a annoncé qu'il procédait actuellement à l'examen de divers centres de détention militaires et civils afin de déterminer s'ils constitueraient un choix approprié pour de tels transferts.

Des établissements au Kansas et en Caroline-du-Sud sont notamment envisagés, a précisé un porte-parole du ministère, le capitaine Jeff Davis.

Levée de boucliers

L'annonce a suscité une levée de boucliers immédiate des élus républicains des deux États évoqués. « Tant que je serai en poste, aucun terroriste ne sera placé au Kansas », a notamment déclaré le sénateur Pat Roberts dans un communiqué.

Le Congrès américain interdit depuis plusieurs années le transfert de détenus de Guantánamo en sol américain. Un projet de loi piloté par le sénateur républicain John McCain pourrait cependant ouvrir la porte à une telle approche.

Le texte à l'étude au Sénat précise que ces transferts pourraient être autorisés si le ministère de la Défense conclut qu'ils sont conformes aux « intérêts sécuritaires » du pays et ne posent pas de risques pour la population.

L'administration devrait cependant au préalable présenter un plan précisant comment elle entend disposer de l'ensemble des détenus toujours à Guantánamo et obtenir l'aval du Congrès à ce sujet. Les efforts en cours pour évaluer les prisons existantes s'inscrivent dans ce contexte.

116
Nombre de prisonniers toujours détenus à Guantánamo

Un autre texte plus restrictif à l'étude par la Chambre des représentants propose pour sa part que le transfert de prisonniers de Guantánamo aux États-Unis continue d'être interdit pour les deux prochaines années.

Il prévoit par ailleurs, à l'instar du projet de loi au Sénat, de durcir les conditions permettant l'envoi de certains détenus vers leur pays d'origine ou des pays tiers ayant accepté de les accueillir.

Derniers détenus

Près de 800 personnes ont été détenues à Guantánamo dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Il en reste aujourd'hui 116, dont une cinquantaine qui ont été formellement déclarés inoffensifs pour les États-Unis, mais qui tardent à être libérés en raison de l'incapacité de l'administration à leur trouver un pays d'accueil.

Seule une poignée des détenus a été mise en accusation devant des commissions militaires aux méthodes controversées, dont les décisions ont été largement désavouées par les tribunaux civils américains.

64
Nombre de détenus jugés « trop dangereux » par les États-Unis pour être transférés à l'étranger

La Maison-Blanche estime qu'il n'est pas possible de procéder à la fermeture complète du centre de détention sans pouvoir transférer aux États-Unis les prisonniers jugés à « haut risque », comme Khalid Sheikh Mohammed, considéré comme l'un des principaux organisateurs des attentats de 2001.

Michael Posner, qui a travaillé au sein du département d'État américain de 2009 à 2013, estime que les détenus de son acabit pourraient être jugés efficacement devant des tribunaux fédéraux et placés dans des centres de détention à sécurité maximale.

Il est urgent, dit-il, que la prison de Guantánamo soit fermée complètement puisqu'elle est devenue à l'étranger un symbole « iconique » d'une politique de détention abusive.

« Nous devons tirer un trait sur cet épisode pour revenir à une approche basée sur le droit », relève M. Posner.

Laura Pitter, spécialiste des questions de contre-terrorisme à Human Rights Watch, juge que les hauts cris d'élus républicains quant aux risques posés par le transfert de détenus de Guantánamo en sol américain n'ont pas lieu d'être.

« Plusieurs personnes ont été condamnées pour des crimes terroristes graves et placées en détention aux États-Unis sans que les populations locales soient mises en danger », souligne-t-elle.

Mme Pitter demeure convaincue, malgré les réserves du camp républicain, qu'il est « possible » que l'administration réussisse à fermer le centre de détention de l'île cubaine avant la fin du mandat du président Obama.

Rien ne sera véritablement réglé, prévient-elle, si les prisonniers éventuellement transférés aux États-Unis n'obtiennent pas le droit à un procès en bonne et due forme devant des tribunaux crédibles.

« C'est important de fermer Guantánamo, mais plus important encore d'en finir avec les détentions illimitées sans procès », conclut-elle.

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