Marié dimanche, viré lundi: le nouveau combat des homosexuels aux É.-U.

La Cour suprême a légalisé le mariage gai... (Photo Adam Lau / Knoxville News Sentinel via AP)

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La Cour suprême a légalisé le mariage gai dans l'ensemble des États-Unis le 26 juin dernier.

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Mira OBERMAN
Agence France-Presse
CHICAGO

Le mariage gai est désormais légal partout aux États-Unis, mais les homosexuels ne sont pas à l'abri de discriminations dans des commerces ou sur leur lieu de travail, légitimées par certains États américains au nom de la liberté religieuse.

«Un énorme travail reste à faire», a constaté Sarah McBride, du Center for American Progress, après la décision historique de la Cour suprême légalisant le mariage homosexuel, y compris dans les treize Etats qui s'y opposaient jusqu'au 26 juin.

Mais moins de la moitié des États américains dispose à ce jour de lois protégeant les victimes de discriminations basées sur l'orientation sexuelle.

Ainsi, plus de cinquante ans après l'adoption de la loi sur les droits civiques interdisant les restaurants réservés aux Blancs, le propriétaire d'une quincaillerie du Tennessee a le droit d'afficher dans sa devanture une pancarte «Interdit aux homosexuels».

«C'est déchirant, et c'est extrêmement choquant pour les gens que ce soit légal dans de nombreux cas et de nombreux lieux», a indiqué Mme McBride, experte sur les problématiques liées à la communauté LGBT  (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres).

Ce type de sectarisme reste malgré tout assez rare, selon elle, car c'est devenu socialement inacceptable. Mais la rhétorique politique a pris le relais, axée sur la protection de la liberté religieuse des commerçants et des fonctionnaires qui refusent de servir les couples homosexuels.

«Ca ne peut pas durer» 

Les gouverneurs de Louisiane et du Texas, dans le sud des États-Unis, ont notamment assuré employés administratifs et juges qu'une armée d'avocats se tenait prête à les défendre - gratuitement - s'ils estimaient que délivrer des licences de mariage ou célébrer des unions homosexuelles heurtait leurs convictions religieuses.

Quelques comtés du grand quart sud-est des États-Unis, surnommé la Bible Belt (Ceinture de la Bible), ont refusé de délivrer des licences de mariage après la décision historique de la Cour suprême du 26 juin, mais la plupart étaient rentrés dans le rang après une semaine.

Les législations sur la liberté religieuse actuellement en vigueur dans 21 des 50 États américains n'accordent pas le droit de discriminer, a souligné Douglas Laycock, un professeur de droit de l'université de Virginie.

Mais ça n'a pas empêché un pédiatre du Michigan (nord) de refuser récemment - en toute légalité - de soigner le bébé d'un couple de lesbiennes.

«Il faut désormais mettre en oeuvre des lois sur les droits civiques des homosexuels avec des exemptions religieuses, mais ça pourrait être politiquement impossible», a ajouté M. Laycock.

«Les républicains, en particulier dans les États où ils sont majoritaires, ne veulent pas de loi sur les droits civiques des homosexuels et le camp en faveur des droits civiques ne veut pas d'exemptions religieuses», a-t-il relevé.

«Pure idiotie» 

Les associations de défense des droits espèrent que la levée de boucliers en mars lorsque l'Indiana a promulgué une loi sur la liberté religieuse est le symbole d'une évolution majeure.

Considéré comme prenant les homosexuels pour cible, ce texte a provoqué de vives réactions y compris dans le monde économique comme Apple - dont le patron Tim Cook est ouvertement gai -, Levi's et Yelp qui ont brandi la menace de boycottage, dans des termes parfois peu amènes.

Ainsi le président du groupe hôtelier Marriott Arne Sorenson a qualifié cette loi de «pure idiotie du point de vue des affaires».

Sous la pression, le parlement de l'Indiana à majorité républicaine a adopté une autre loi interdisant spécifiquement la discrimination basée sur l'orientation sexuelle et le genre.

Des progrès ont également été enregistrés au niveau fédéral malgré le manque de protection explicite contre ce type de discrimination.

Le Comité sur l'égalité des opportunités au travail a lancé des poursuites en 2012, utilisant une interprétation au sens large de la législation contre la discrimination sexuelle: ces personnes LGBT ont été renvoyées car elles ne se conformaient pas aux stéréotypes des genres.

L'absence de protection explicite et un climat politique dans lequel l'homophobie est dissimulée derrière l'expression religieuse encourage la discrimination, a estimé Jennifer Pizer, directrice du groupe de défenses des droits de l'homme Lambda Legal.

«Les gens perdent leur emploi parce que leur patron pense qu'il peut virer les gens en toute impunité», a-t-elle relevé.

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