Porto Rico asphyxiée par une dette astronomique

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Une rue historique du vieux San Juan à Porto Rico.

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Nelson del Castillo
Agence France-Presse
SAN JUAN

Plus de 70 milliards de dollars de dette pour une petite île des Caraïbes de 3,6 millions d'habitants: Porto Rico est asphyxiée et ne peut plus rembourser ses créanciers.

Le gouverneur de cet État au statut particulier - libre mais territoire des États-Unis depuis 1898 - l'a fait savoir sans ambages: «on ne peut pas rembourser la dette».

«Il n'y a pas d'autre option. J'aimerais disposer d'une option plus facile. Ce n'est pas une question politique, c'est mathématique», a constaté Alejandro Garcia Padilla, dans un entretien publié par le New York Times.

Un dialogue sera engagé avec les créanciers, a-t-il annoncé lundi soir dans un message télévisé. «L'objectif est de parvenir à un moratoire négocié (...) retardant de plusieurs années le paiement de la dette afin d'investir cet argent ici dans la création d'emplois», a précisé le gouverneur Padilla.

«En partageant le sacrifice avec nos créanciers, nous pourrons avancer», a-t-il estimé, annonçant que ses négociateurs présenteront un plan pour assainir l'économie de l'île d'ici août, avec coupes budgétaires et augmentation des recettes fiscales à la clé.

L'agence de notation Fitch a abaissé la note de la dette portoricaine de «B» à «CC» estimant qu'«une certaine forme de défaut apparaît probable».

À Washington, le Trésor a redit lundi que le gouvernement américain était prêt «à aider les dirigeants à trouver des solutions aux graves défis» auxquels fait face Porto Rico, a indiqué un porte-parole dans un communiqué.

«Nous pressons Porto Rico d'élaborer un programme économique et budgétaire à long terme présentant une orientation fiscale durable», a indiqué le Trésor américain répétant mot pour mot une position déjà exprimée fin avril.

L'administration américaine affirme aussi qu'elle continuera à coopérer avec Porto Rico pour «son agenda en vue de la revitalisation économique».

Le gouverneur de l'île a également réclamé à Washington de modifier «maintenant» la loi sur les faillites. Car, si elle n'a pas leur statut, l'île est soumise au même régime que les 50 États américains ce qui l'empêche actuellement de se déclarer en faillite, comme la ville de Détroit l'a fait en 2013 pour se protéger de ses créanciers.

Du coup, un défaut de paiement pourrait prendre des années à être résolu, a relevé le New York Times, soulignant que Porto Rico a un endettement obligataire municipal par personne plus important que celui de n'importe quel État américain.

«Personne dans l'administration ou à Washington n'envisage un renflouement fédéral de Porto Rico», a indiqué lundi Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche, assurant néanmoins que les États-Unis restaient prêts à oeuvrer avec San Juan pour «aborder les importants défis financiers».

Des experts missionnés par les autorités portoricaines viennent de publier un rapport morose. Leur conclusion: la charge de la dette n'est pas supportable.

Cercle vicieux

«L'économie est engagée dans un cercle vicieux où les finances publiques insoutenables alimentent l'incertitude et la faible croissance ce qui, à son tour, accroît le déficit budgétaire et le ratio d'endettement», selon ce rapport.

L'annonce du gouverneur de Porto Rico intervient alors que la communauté internationale est suspendue à la situation de la Grèce, incapable de rembourser mardi 1,5 milliard d'euros au FMI et qui pourrait quitter la zone euro.

Mais, à la différence de l'État européen, l'île parfois surnommée «la Grèce des Caraïbes» restait paisible lundi. Il faut dire que les avoirs des particuliers - la monnaie officielle est le dollar - sont garantis par l'instance américaine chargée de garantir les dépôts bancaires (FDIC).

L'Assemblée législative doit examiner un projet de budget de 9,8 milliards de dollars pour le prochain exercice fiscal qui commence mardi. Il prévoit une coupe des dépenses publiques de 674 millions de dollars et 1,5 milliard pour le service de la dette.

La Constitution stipule que la dette doit être payée avant toute autre obligation financière.

M. Garcia Padilla a prévenu que son pays devait agir pour sortir de la «spirale de la mort». «Nous devons faire en sorte que l'économie croisse», a-t-il relevé auprès du New York Times.

L'économie de cet archipel de 9100 km2 a enchaîné huit ans de baisse de son Produit intérieur brut (PIB) - qui atteignait 103 milliards en 2013 - après une stratégie d'industrialisation à marche forcée engagée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, avec exonération d'impôts sur les sociétés, qui a pris fin en 2006.

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