New York et Los Angeles célèbrent le mariage gai

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Les gens ont pris d'assaut les rues du quartier West Village pour fêter la légalisation du mariage gai dans tous les États.

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Agence France-Presse
NEW YORK

À New York et Los Angeles, deux métropoles ayant une importante communauté homosexuelle, cotillons, ballons et drapeaux arc-en-ciel étaient de sortie pour fêter vendredi la légalisation historique du mariage homosexuel dans tous les États des États-Unis.

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La Maison-Blanche illuminée aux couleurs de l'arc-en-ciel pour souligner l'événement.

Photo Gary Cameron, Reuters

Dans la Grosse Pomme, de nombreux couples homosexuels ont marqué l'événement en se retrouvant devant le bar historique Stonewall Inn, symbole de la lutte pour les droits des homosexuels à Manhattan.

«Félicitations» disaient certains en s'embrassant. Plusieurs couples posaient devant l'enseigne du bar pour immortaliser la journée, d'autres se souhaitaient une joyeuse parade, avant la Gay Pride samedi à New York.

«Je ne m'attendais pas à ce que la décision soit si large. Je pensais que la Cour suprême allait dire que les États devaient reconnaître les mariages homosexuels prononcés dans un autre État, mais pas qu'elle prononcerait le droit de se marier dans tous les États. C'est énorme», a confié à l'AFP Cynthia Stallard, 30 ans, avocate, main dans la main avec sa femme Dana.

«Notre mariage est maintenant reconnu dans tout le pays, c'est incroyable. Nous allons pouvoir être un couple marié normal».

Certains arboraient des drapeaux arc-en-ciel, emblème de la communauté homosexuelle.

«Il était grand temps. Vous avez fait votre travail», affirmait haut et fort à l'attention de la Cour suprême JD Cerna, un comédien survolté de 49 ans.

«C'est un moment monumental dans l'Histoire», s'est aussi réjoui Jeremy Rye, 35 ans, qui travaille dans le domaine des droits de l'homme. «Je n'ai maintenant plus aucune excuse pour être célibataire», a-t-il plaisanté. Mais il s'est dit inquiet de possibles réactions négatives.

Le maire démocrate de New York Bill de Blasio a réagi en accrochant cinq drapeaux arc-en-ciel sur la façade, saluant «une journée de joie pour tous les Américains». Il a célébré le mariage de deux couples de même sexe dans l'après-midi sur les marches de la mairie.

La joie éclatait aussi à Los Angeles, particulièrement dans le quartier de West Hollywood où vit une importante communauté homosexuelle.

Au restaurant Fiesta Cantina, guirlandes, ballons et drapeaux étaient de sortie et des couples trinquaient quelques heures avant un grand rassemblement dans le parc voisin de West Hollywood où était attendu le maire de la Cité des Anges Eric Garcetti.

Quelques pas plus loin, le restaurant-bar The Abbey, l'un des lieux de rassemblement de la communauté gai, faisait le plein.

Evan Shay, avec sur la table un drapeau arc-en-ciel, se disait «sous le choc».

«Quand j'ai lu les infos ce matin je n'y croyais pas. Mes émotions n'ont pas encore atteint mon cerveau. C'est quelque chose que nous pensions ne pas voir dans notre vie et c'est arrivé très vite».

«Je suis juste heureux pour les gens qui se sont mariés, cela ne pourra plus être annulé», a ajouté ce publicitaire de 33 ans.

Quelques tables plus loin, Michael Ferrera, un grand drapeau arc-en-ciel autour des épaules, fêtait la bonne nouvelle avec quatre amis et se disait «un peu submergé».

Son ami Kevin Berg, avocat dans l'industrie du divertissement, a rendu hommage «aux héros du quotidien qui ont permis à cela d'arriver» par leur militantisme local.

Pour eux, le combat n'est pas terminé: «il y a encore de la discrimination à l'emploi, au logement, contre les transgenres».

«Dans beaucoup d'endroits aux États-Unis si vous êtes un jeune homosexuel, et que vous n'êtes pas accepté chez vous, à l'école, à l'église, vous vivez encore l'enfer», a relevé Michael, qui travaille dans un centre LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) de Los Angeles.

Le juge Kennedy, l'arbitre qui a donné le mariage aux homosexuels

Lorsque sa voix grave a résonné vendredi dans l'enceinte solennelle de la Cour suprême, le juge Anthony Kennedy a confirmé son statut d'arbitre de la plus haute juridiction des États-Unis, en donnant aux homosexuels le droit de se marier aux quatre coins du pays.

«Aucune union n'est plus profonde que le mariage, car il incarne les plus grands idéaux que sont l'amour, la fidélité, le don de soi, le sacrifice et la famille. En se mariant, deux personnes deviennent meilleures qu'elles ne l'ont jamais été».

Tous les regards sont braqués sur lui. Sans lui, le mariage pour tous n'aurait pas été légalisé aux États-Unis.

Une fois encore, il montre qu'il est «probablement le juriste le plus puissant au monde, car il est au centre de tant de questions devant la Cour suprême des États-Unis», a déclaré à l'AFP l'experte Margaret Penrose.

Le cheveu grisonnant et le ton ferme, le juge Kennedy poursuit: les homosexuels «espèrent ne pas être condamnés à vivre dans la solitude, exclus de l'une des plus vieilles institutions de notre civilisation. Ils demandent une égale dignité au regard de la loi. La Constitution leur donne ce droit».

Traditionnel arbitre sur les sujets sensibles de la société américaine, Anthony Kennedy, 78 ans, nommé par le président républicain Ronald Reagan, vote tantôt à gauche, tantôt à droite, départageant, dans les deux-tiers des affaires, les quatre juges progressistes des quatre juges conservateurs.

Cette fois encore, pour permettre aux homosexuels de se marier dans tout le pays, ce magistrat catholique d'origine irlandaise a ajouté son vote à ceux de ses pairs nommés par un président démocrate.

«Sans son vote, les quatre juges plus +progressistes+ n'auraient pas eu de majorité pour cette interprétation de la Constitution», a observé l'expert David Cruz, «et les Etats seraient restés libres d'interdire aux couples de même sexe de se marier».

«Compte-tenu de son histoire», Kennedy était «le favori pour écrire la décision qui élargirait le mariage gai à tout le pays», a dit à l'AFP ce professeur à la California University Gould Law School.

À la lumière de son histoire

Par le passé, ce juge considéré comme «modéré» a pris des positions en matière de droits civiques démontrant sa «flexibilité» dans l'interprétation de la Constitution, pour qu'elle reste «vibrante» au gré des «sociétés, des attitudes et des institutions qui changent et évoluent», a observé de son côté l'avocate Lisa Linsky.

Ses mots «puissants et magistraux» seront immortalisés dans l'arrêt «Obergefell v. Hodges». Et «le nom de Kennedy sera à jamais lié à la reconnaissance de l'égalité des droits pour les gais et les lesbiennes», a expliqué à l'AFP l'avocate Elisabeth Wydra.

«Beaucoup s'attendaient à ce qu'il soit à nouveau l'auteur d'une décision puissante pour l'égalité, à la lumière de ses votes antérieurs en faveur des homosexuels», a souligné cette analyste du Centre pour les droits constitutionnels.

Car «Justice» Kennedy, comme sont appelés les juges suprêmes, est déjà l'auteur des trois décisions majeures élargissant les droits des homosexuels américains.

Chacune constituait une étape vers la décision historique de vendredi.

En 1996, Kennedy écrit la décision «Romer v. Evans» sur la protection des droits civiques des gais et lesbiennes. En 2003, c'est «Lawrence v. Texas» qui invalide les lois anti-sodomie et, en 2013, «United States v. Windsor» octroie des droits fédéraux à tous les mariés qu'ils soient homosexuels ou hétérosexuels.

Or c'est le jour même de l'anniversaire de ces deux dernières que le juge Kennedy a annoncé la décision «Obergefell», probablement pas le fruit du hasard, car la haute Cour pouvait encore la rendre lundi, au dernier jour de sa session.

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