Tuerie de Charleston: «Dieu ait pitié de lui»

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Plusieurs personnes ont tenu à rendre hommage aux victimes, vendredi soir dans une église de Washington.

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(CHARLESTON) Felicia Sanders a eu la vie sauve en feignant d'être morte lors de la fusillade qui a fait neuf victimes, mercredi soir, dans l'église Emanuel de Charleston, dont son fils Tywanza.

Vendredi après-midi, la mère éplorée s'est levée dans la salle d'audience d'un tribunal de North Charleston pour s'adresser, par écran interposé, au tireur présumé, Dylann Roof, qui l'a écoutée depuis un centre de détention également situé à North Charleston.

«Nous t'avons accueilli, mercredi soir, à notre séance d'étude biblique en ouvrant nos bras, a-t-elle dit d'une voix tremblante. Tu as tué quelques-unes des plus belles personnes que je connaisse. Chaque fibre de mon corps crie de douleur, et je ne serai plus la même. Tywanza Sanders n'était pas seulement mon fils, il était également mon héros.»

Et pourtant, Felicia Sanders a terminé sa déclaration à Dylann Roof en exprimant le souhait que «Dieu ait pitié de [lui]».

Plusieurs autres représentants des familles des victimes ont manifesté la même sympathie à l'endroit de celui qui avait été inculpé plus tôt dans la journée de neuf meurtres et de possession d'arme à feu dans le cadre d'un crime violent.

«Je veux simplement que tout le monde sache que je te pardonne», a déclaré la fille d'Ethel Lance, une des victimes, en retenant ses larmes. «Je ne pourrai jamais plus lui parler. Je ne pourrai jamais plus la tenir dans mes bras, mais je te pardonne et j'ai pitié de ton âme.»

Vêtu d'un uniforme de prisonnier rayé, Dylann Roof est resté impassible pendant toute l'audience, se contentant de répondre brièvement aux questions du juge James Gosnell. Le suspect s'est vu imposer une caution de 1 million de dollars dans le cadre de l'inculpation de détention d'arme à feu. Le juge a cependant indiqué qu'il n'était pas autorisé à fixer une caution en ce qui a trait aux accusations de meurtre.

Dylann Roof restera donc en détention au moins jusqu'à sa prochaine comparution devant un juge, en octobre prochain. Depuis son arrivée au centre de détention de North Charleston, jeudi soir, un drôle de hasard lui a donné pour voisin de cellule Michael Slager, le policier blanc accusé de meurtre en avril après avoir tiré plusieurs balles dans le dos d'un homme noir non armé.

Une guerre raciale

Après son arrestation, jeudi matin, Dylann Roof a admis être l'auteur de la tuerie de Charleston, selon des sources policières citées par les médias américains. Il a dit avoir hésité avant d'ouvrir le feu sur les fidèles de l'Emanuel African Methodist Episcopal Church, «parce que tout le monde était tellement gentil avec lui», a affirmé NBC News.

Roof est ainsi resté assis pendant près d'une heure près du pasteur de l'église, Clementa Pinckney, avant d'accomplir sa funeste mission. Selon la police, il voulait tuer des Noirs afin de «déclencher une guerre raciale».

Des amis de Dylann Roof ont affirmé à divers médias l'avoir entendu évoquer un projet semblable au cours des derniers mois.

«Il racontait un tas d'histoires sur le fait que les races devraient être séparées, que les Blancs devraient rester avec les Blancs», a déclaré Joseph Meek, un ami d'enfance de Roof qui a renoué avec lui cette année. «Je me doutais qu'il y avait quelque chose qui le rongeait à l'intérieur. Je tentais de lui demander ce qui n'allait pas, mais il se contentait de répondre qu'il préparait un truc fou.»

Un cadeau mortel

Joseph Meek s'est inquiété des plans de son ami au point de subtiliser et de cacher le Glock .45 que celui-ci s'était acheté en avril dernier avec l'argent que lui avaient donné ses parents pour son anniversaire de naissance. Sur les conseils de son amie de coeur, il avait fini par rendre l'arme à Roof, ce qu'il dit aujourd'hui regretter.

Dalton Tyler, un autre ami de Roof, a déclaré que celui-ci parlait de «déclencher une guerre civile». «Il disait qu'il voulait faire quelque chose comme ça et se tuer par la suite.»

Dylann Roof avait eu des démêlés avec la justice au début de l'année. Le 28 février, il a été arrêté dans un centre commercial de Columbia, capitale de la Caroline-du-Sud, et accusé de possession illégale de drogue (il avait sur lui des comprimés de Suboxone, médicament vendu sur ordonnance qui peut soulager les effets de manque). Il a été arrêté de nouveau en avril pour avoir enfreint un ordre de la cour de ne pas remettre les pieds dans le centre commercial pendant trois mois.

John Mullins, un ancien camarade de classe de Roof au secondaire, se souvient de lui comme d'un «gobeur de pilules» qui aimait raconter des blagues racistes et exprimer sa «fierté du Sud».

Au bout du compte, Dylann Roof n'aura réussi qu'à rappeler à Charleston et au reste du monde la haine dont s'abreuve cette fierté.

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