Le problème récurrent de la brutalité policière aux États-Unis

Des militants manifestent pour dénoncer la brutalité policière... (PHOTO MIKE STONE, REUTERS)

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Des militants manifestent pour dénoncer la brutalité policière à McKinney, au Texas, le 8 juin.

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Chantal VALERY
Agence France-Presse
WASHINGTON

L'intervention musclée, sous l'oeil d'une caméra, d'un policier contre des adolescents afro-américains au Texas n'est que le dernier épisode en date d'une série de bavures policières, parfois mortelles, peut-être racistes, provoquant un malaise grandissant des Américains face à leur police.

«Appelez ma maman, oh mon Dieu». L'adolescente noire en maillot de bain hurle et sanglote quand le policier blanc la jette violemment à terre et pointe son arme sur les jeunes Noirs qui s'étaient «invités» dans une piscine privée d'un lotissement résidentiel de McKinney, petite ville du Texas.

L'intervention du policier a été entièrement filmée, postée sur YouTube où elle a été vue plus de 11 millions de fois, le poussant à la démission.



La vidéo rappelle celle d'Eric Garner, qui crie à l'Amérique «je ne peux pas respirer», quand il est plaqué au sol par un policier à New York.



Les brutalités policières contre les Noirs font à nouveau la une des journaux américains. Sur Twitter, réapparaît le mot-clic #BlackLivesMatter (les vies noires comptent). Les statistiques fleurissent pour montrer qu'un Noir non armé a deux fois plus de risques qu'un Blanc d'être tué par un policier.

Les médias égrènent les noms des victimes noires de bavures policières ces derniers mois, de Ferguson à Cleveland en passant par Baltimore : Michael Brown, Tamir Rice, Trayvon Martin, Freddie Gray... tous ceux qui constituent «la nécropole noire de l'ère Obama», selon la blogueuse afro-américaine Chauncey Devega.

«Le nombre croissant de preuves vidéo ou photo de violences policières gratuites contre d'innocents Noirs américains, sans armes, pourrait soulever (...) un sentiment d'outrage moral et de honte de l'Amérique blanche», estime cette porte-voix de la lutte pour les droits civiques. «L'enregistrement des meurtres des Noirs par la police américaine constitue une nouvelle forme de lynchage photographique».

Avec la floraison des téléphones intelligents qui captent une scène en un instant jusque dans les quartiers les plus défavorisés, les États-Unis découvrent «la manière dont la police abuse de son pouvoir» et «réagit en dominatrice à la moindre insubordination», avec une «approche différente pour les Noirs par rapport aux Blancs», explique à l'AFP l'épistémologiste social Musa al-Gharbi. «Cela choque la conscience nationale».

«Le policier de McKinney aurait-il pointé son arme sur un jeune Blanc au look de Justin Bieber? Bien sûr que non», ajoute l'expert parlant d'un héritage aux relents racistes «institutionnalisé dans la période post-ségrégation».

«Changez l'eau dans laquelle on nage»

Pour Catherine Smit-Torrez, experte des forces de l'ordre, «il n'y a rien de raciste» et «chaque policier doit être regardé individuellement».

«Dans les forces de l'ordre, rien n'est plus vénéré que le concept de guerrier, les policiers sont entraînés à cultiver un état d'esprit de guerrier, c'est devenu un point de fierté», a constaté Seth Stoughton, professeur de droit à l'Université de Caroline du Sud. «Mais cela crée des obstacles substantiels dans les relations entre la police et les communautés».

«Le problème fondamental est ce à quoi les policiers s'attendent lorsqu'ils regardent les jeunes Afro-Américains. Ils s'attendent à ce qu'ils soient plus violents, plus dangereux que n'importe quelle autre race», déplore de son côté Alisa Simmons, présidente de la branche texane de la NAACP, la puissante organisation de défense des personnes de couleur.

Avec un taux de criminalité et d'incarcération supérieur aux Blancs, des peines de prison plus longues, «c'est l'ensemble du système judiciaire américain qui est défavorable aux Noirs», observe M. Al-Gharbi.

«Il faut changer l'eau dans laquelle les policiers nagent», plaide Robin DiAngelo, professeur à l'université d'État de Westfield.

«L'eau : c'est cette valorisation quotidienne de la peau blanche», estime-t-il, et sans changement, nous maintiendrons «ce qui est le plus hostile aux gens de couleur».

Il y a «urgence» à réformer, reprend M. Al-Gharbi.

Cela passe par la formation des policiers. Elle dure actuellement 700 heures dans la police d'État du Texas, 20 semaines à la FBI Academy.

Mais il faut surtout changer le financement des services de police qui repose sur les contraventions et qui pousse les agents à multiplier les contrôles de circulation et les arrestations pour des infractions mineures.

«Ce système crée une relation conflictuelle entre la police et les communautés et multiplie les interactions inutiles pour des petites choses triviales qui ne représentent pas de menace à la sécurité publique».

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