Évasion aux États-Unis: entre état d'alerte et indifférence

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

(Dannemora, New York) Les autorités étaient sur les dents, hier, trois jours après l'évasion spectaculaire de deux dangereux détenus de la prison à haute sécurité de Clinton à Dannemora, une bourgade perchée dans le nord de l'État de New York et située à une trentaine de kilomètres de la frontière canadienne.

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Bien qu’elle demeure à un jet de pierre de la prison de Dannemora, Ellen Bowman doute fort que les fugitifs aient décidé de se cacher à proximité de l’établissement carcéral.

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La note laissée sur le tuyau par les deux fugitifs.

Photo Reuters

À l'aide de « puissants outils électriques », David Sweat, 34 ans, et Richard Matt, 49 ans - qui occupaient des cellules adjacentes -, ont défoncé des murs d'acier et de briques, descendu une passerelle d'une hauteur de six étages, avant de ramper dans un tuyau pour déboucher dans une rue avoisinante par un trou d'homme.

Avant de partir, les détenus - tous deux condamnés à de lourdes peines pour meurtres - ont pris soin de rembourrer leurs couvertures pour faire croire aux gardiens qu'ils dormaient. Et pour comble d'insulte, ils ont laissé dans leur sillage un Post-it jaune sur lequel était écrit « Bonne journée ».

Le couvercle de la bouche d'égout par laquelle se sont volatilisés les fugitifs reposait toujours au milieu de la rue Bouck en matinée hier. Un cordon policier déroulé autour rappelait l'évasion. 

Quelque 250 policiers, agents carcéraux et autres - dont certains lourdement armés - étaient mobilisés, en plus des hélicoptères qui faisaient des rondes. Des postes de contrôle avaient été improvisés à plusieurs intersections de Dannemora, où chaque véhicule était systématiquement inspecté. 

En moins de deux heures, notre voiture a d'ailleurs dû faire l'objet d'une demi-douzaine de ces fouilles.

Déjà loin de la prison...

Cet imposant branle-bas faisait néanmoins sourire plusieurs citoyens de cette municipalité de moins de 2000 âmes, à commencer par Ellen Bowman. « Vous croyez vraiment qu'ils [les évadés] se seraient donné tout ce mal pour ensuite se cacher aux abords de la prison ? », a demandé la vieille dame, sans attendre la réponse.

Sa maison déglinguée est située à l'ombre du pénitencier, dont les murs en béton de quelque neuf mètres de hauteur s'étendent de l'autre côté de la rue. Sous l'oeil des gardiens armés postés dans les miradors, une horde de journalistes à bord d'une dizaine de camions satellites s'étaient agglutinés en bordure du centre de détention.

Ce tumulte provoqué par l'évasion tranche avec la quiétude habituelle. « Cette prison fait tellement partie de la ville. Mon grand-père a contribué à la construire », explique Mme Bowman. 

Plusieurs des 1400 gardiens de cette prison habitent d'ailleurs cette municipalité rurale, qui compte plusieurs bâtiments abandonnés et maisons défraîchies, dont plusieurs tombent carrément en ruine. 

À l'instar de plusieurs personnes rencontrées ici, Ellen Bowman croit que les fugitifs sont déjà loin. 

C'est aussi l'avis du gouverneur de l'État Andrew Cuomo, qui a dit croire que les fugitifs pourraient se trouver au Canada ou dans un autre État américain.

À quelques kilomètres de là, d'autres policiers portant des dossards fluos interceptaient les véhicules sur la route 374, à l'entrée de la ville voisine de Cadyville. Chance Laforge habite la seule maison située près de cette intersection perdue au milieu de nulle part. « On a entendu du bruit dans les buissons hier soir. Mes chiens étaient fous. Les policiers sont venus et auraient trouvé des vêtements appartenant aux fugitifs », raconte ce père de quatre fillettes, qui affirme avoir entendu ces informations sur des scanneurs lui appartenant. Contactée par La Presse, la police de l'État de New York n'a pu valider cette présumée découverte. 

Peu importe que les fugitifs soient dans les parages ou non, Chance Laforge dort très bien la nuit, convaincu que les fugitifs sont loin et que leur coup n'était pas préparé à moitié. « Toute cette présence policière est selon moi futile. Je crois qu'elle sert d'abord à rassurer les citoyens », résume ce solide gaillard.

Pas de panique au Québec

De l'autre côté de la frontière, l'évasion des deux meurtriers n'engendrait aucune commotion. « Je suis un peu inquiet, mais surtout pour mon épouse qui est Américaine et qui habite de l'autre côté des lignes », raconte Richard Noël, qui vit dans un modeste immeuble résidentiel du canton d'Hemmingford, à environ 300 mètres du petit poste frontalier menant à Mooers.

Hormis quelques résidences et le poste frontalier, ce secteur est essentiellement boisé.

Gérard Brodeur possède lui-même un terrain de plusieurs acres, qui chevauche le territoire américain. « Les lignes sont bien surveillées. Des hélicoptères survolent les environs chaque jour. Ça ne me stresse pas du tout ! », lance cet octogénaire au sujet des prisonniers en cavale. 

À quelques kilomètres de là, au poste de Saint-Bernard-de-Lacolle, quatre agents frontaliers lourdement armés contrôlaient chaque véhicule qui entrait au Canada.

De leur côté, les autorités canadiennes ont reçu la consigne d'ouvrir l'oeil et de porter une attention particulière aux véhicules, sans pourtant augmenter leurs effectifs. « On est dans un rôle d'assistance dans ce dossier. C'est sûr qu'on va aider s'il se passe quelque chose, mais jusqu'ici, nous ne sommes pas en état d'alerte et n'avons pas plus d'effectifs », a fait savoir la caporale Camille Habel, du bureau des communications de la Gendarmerie royale du Canada. 

La Sûreté du Québec s'est pour sa part montrée peu loquace sur le dossier. « On ne peut pas commenter », s'est bornée à répéter la sergente Christine Coulombe, incapable d'indiquer si le corps provincial agissait en soutien ou jouait le moindre rôle dans cette affaire. 

Les fugitifs couraient toujours au moment d'envoyer ces lignes. Les autorités américaines n'écartent pas la possibilité que les détenus aient eu des complices entre les murs de la prison, notamment des employés civils ou des entrepreneurs du privé. 

Une récompense de 100 000 $ a été promise à quiconque permettrait de leur remettre le grappin dessus.

- Avec l'Agence France-Presse

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