Victoire pour les Américaines portant le hijab

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Cette cause concerne Samantha Elauf (à droite), qui sollicitait en 2008 un emploi dans un magasin A&F de Tulsa, en Oklahoma.

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Agence France-Presse
WASHINGTON

La Cour suprême des États-Unis a tranché lundi en faveur d'une jeune musulmane, que la marque «branchée» de prêt-à-porter Abercrombie, connue pour ses mannequins «sexy», avait refusé d'embaucher, car elle portait un foulard islamique.

Dans une décision quasi-unanime, de huit juges sur neuf, la plus haute instance du pays a tranché en faveur d'une jeune musulmane que l'enseigne très prisée des adolescents Abercrombie & Fitch (A & F) avait refusé de recruter comme vendeuse car elle portait un foulard islamique.

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La haute Cour a jugé que la discrimination religieuse à l'embauche n'était pas tolérable, même quand le postulant ne fait pas explicitement une demande d'aménagement du règlement.

Depuis l'audience du 25 février, Abercrombie, sentant probablement le vent tourner, a renoncé à ses mannequins aux torses nus et aux abdos saillants et a décidé de ne plus appeler ses vendeurs des «mannequins»: ils sont maintenant des «représentants de la marque».

Dès l'audience, la haute Cour s'était montrée favorable aux droits de Samantha Elauf, qui à 17 ans portait un foulard noir lors d'un entretien de recrutement mais s'était vu refuser le poste de vendeuse, dans une boutique Abercrombie pour enfants de Tulsa, en Oklahoma.

«Cette affaire remonte à 2008 [...] A & F s'est engagé depuis longtemps en faveur de la diversité et de l'intégration et, conformément à la loi, a accordé nombre d'aménagements religieux quand ils étaient demandés, y compris le foulard», a réagi une porte-parole d'Abercrombie, Carlene Benz, sollicitée par l'AFP.

L'enseigne arguait que Samantha Elauf n'avait pas mentionné sa confession ni demandé explicitement d'aménagement de sa politique vestimentaire en fonction de sa religion.

La jeune fille, défendue par l'Agence gouvernementale pour l'égalité devant l'emploi (EEOC), affirmait au contraire qu'Abercrombie ne pouvait pas ignorer qu'elle était musulmane.

Elle avait obtenu 20 000 dollars de dommages et intérêts en première instance, mais avait été déboutée en appel. C'est l'EEOC, soutenue par plusieurs organisations religieuses, qui avait présenté son ultime recours devant la Cour suprême.

Dans sa décision présentée par le juge Antonin Scalia, la haute Cour estime qu'un patron ne «peut pas faire de la pratique religieuse d'un postulant, qu'elle soit confirmée ou pas, un facteur d'embauche».

Jupes courtes

«La loi ne requiert pas que l'employeur ait en fait connaissance» d'une nécessité d'aménager le règlement, a expliqué le juge Scalia.

«Ici l'employeur a au moins supposé que la pratique [le port du foulard, NDLR] était de nature religieuse. Son refus d'embaucher était donc motivé par le désir d'éviter d'autoriser cette pratique, et cela suffit», a asséné le juge catholique, traditionnellement enclin à défendre la liberté de religion.

«La pratique religieuse d'un employé ne doit pas être une raison pour un employeur de refuser l'embauche», a-t-il encore fustigé. Peu importe que la décision «découle d'une connaissance éclairée, d'un soupçon bien fondé ou d'un simple pressentiment», a ajouté le juge conservateur, immédiatement applaudi par la communauté sikh.

«La victoire de Samantha aujourd'hui est une énorme victoire pour les Sikhs américains», a commenté Gurjot Kaur, avocat de la Coalition sikh.

«Aucun employeur ne devrait jamais avoir l'occasion de faciliter la discrimination à l'embauche», a-t-il martelé.

Aux États-Unis, la loi interdit la discrimination religieuse à l'embauche, sauf si l'employeur démontre qu'il ne peut pas «aménager raisonnablement» son activité pour la conformer à une pratique religieuse.

Mais les magasins A & F étaient jusqu'ici réputés pour leurs mannequins aux torses sculpturaux et aux jeans taille basse et leurs vendeuses aux tailles de guêpe, portant jupes courtes et chemisettes ajourées du «style Abercrombie».

«Nous avons fait des changements significatifs [...] y compris le remplacement de notre politique vestimentaire par un nouveau code vestimentaire qui permet à nos associés de faire des choix plus personnels et un changement de nos pratiques d'embauche moins portées sur la séduction», a encore commenté la porte-parole d'Abercrombie.

«Cette affaire change de manière drastique les critères qui s'appliquent aux employeurs», a jugé l'expert Michael Droke, car la Cour enlève la nécessité que le patron soit explicitement informé d'une nécessité d'aménager ses codes pour s'adapter à une pratique religieuse.

«Les employeurs doivent immédiatement revoir leurs manuels et leurs règlement pour déterminer les éléments qui pourraient susciter une discrimination», a conclu l'avocat spécialiste du droit du travail.

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