Sécheresse en Californie: changer les mentalités

«Si la sécheresse a un effet positif, c'est... (PHOTO RICH PEDRONCELLI, ARCHIVES AP)

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«Si la sécheresse a un effet positif, c'est bien celui de faire comprendre aux gens que le problème ne peut plus être ignoré», dit Felicia Marcus.

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Felicia Marcus, présidente du California State Water Resources Control Board, est essentiellement la «ministre de l'Eau» de la Californie. Nommée par le gouverneur Jerry Brown il y a un an et demi, Mme Marcus s'occupe de la sécheresse à temps plein. «Les vieilles façons de faire ne fonctionnent plus», dit-elle en entrevue téléphonique avec La Presse.

Q: Comment qualifieriez-vous la sécheresse actuelle?

R: Nous vivons une sécheresse si extrême que personne de notre génération, de la génération de nos parents ou de nos grands-parents n'a connu quelque chose d'équivalent. Nous avons déjà vécu de bonnes sécheresses par les décennies passées. La différence, c'est qu'aujourd'hui nous avons des millions de personnes en plus dans l'État. Il y a 39 millions d'habitants en Californie. Il n'y a pas de solution magique, ou même de solution facile.

Q: Tout le monde semble s'accuser mutuellement de gaspiller l'eau. Par exemple, les agriculteurs sont nombreux à montrer du doigt les normes environnementales strictes, qui stipulent que 50% de l'eau douce de la Californie doit rester dans les écosystèmes.

R: Lorsque les gens vivent un grand stress, il y a ce réflexe humain d'essayer d'identifier un coupable, un méchant dans l'histoire. Comme toujours, la réalité est plus compliquée. Pour ce qui est des écosystèmes, la loi n'est pas là pour rien. Des erreurs ont été commises lors des précédentes sécheresses, quand l'État a trop pris d'eau des zones écologiquement sensibles. Nous ne voulons pas répéter ces erreurs.

Aussi, il ne faut pas oublier que, si la sécheresse actuelle est sans précédent pour nous, elle l'est également pour la faune et la flore. Dans le passé, les poissons et animaux sauvages pouvaient se rabattre sur des petits points d'eau le long des rivières asséchées. Aujourd'hui, la sécheresse est si extrême que ces points d'eau n'existent plus.

Q: Recyclage des eaux usées, usines pour dessaler l'eau de mer... Quelles sont les solutions au manque d'eau?

R: Pour moi, le traitement des eaux usées est l'une des meilleures solutions. Actuellement, on traite fortement les eaux usées, puis on les jette dans l'océan, alors qu'on pourrait les traiter à nouveau et les renvoyer dans le système. Nous misons aussi beaucoup sur l'installation de «plomberie double» dans les nouvelles maisons et les bureaux. Un système approvisionne les lieux en eau potable et un autre approvisionne en eau traitée, mais non potable, capable d'alimenter les toilettes et les systèmes d'arrosage. On verra ce type d'installations se répandre dans les années à venir.

Q: Émettons l'hypothèse que la sécheresse se poursuit. Où en sera la Californie dans cinq ans, dans dix ans?

R: Dans cinq ans ou dans dix ans, l'utilisation de l'eau dans notre État sera très différente, car nous travaillons fort aujourd'hui pour changer les façons de faire. Si la sécheresse a un effet positif, c'est bien celui de faire comprendre aux gens que le problème ne peut plus être ignoré.

La meilleure source d'eau - et de loin la source la moins chère - est encore la conservation. Dans les prochaines années, je crois que les agriculteurs réussiront à faire plus avec moins. Chez les citoyens, la culture de l'aménagement paysager aura changé: au lieu des pelouses, on verra plus de plantes qui tolèrent notre climat. Mais je ne me fais pas d'illusions: ce sera difficile. Nous avons tous grandi dans une ère où l'eau était abondante. Les vieilles façons de faire ne fonctionnent plus.

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