Déraillement de train à Philadelphie: le bilan s'alourdit

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Au moins six personnes sont mortes et plus de 140 autres ont été blessées dans ce drame encore inexpliqué.

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Robert MACPHERSON, Andrew CABALLERO
Agence France-Presse
PHILADELPHIE

Élus et enquêteurs ont commencé à plaider mercredi pour l'installation de limiteurs de vitesse sur les chemins de fer américains au lendemain du déraillement d'un train à Philadelphie qui roulait trop vite et a fait 7 morts et plus de 200 blessés.

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«Si un tel système (de limiteurs de vitesse, ndlr) avait été installé sur cette section de la voie, l'accident ne se serait pas produit», a affirmé lors d'une conférence de presse un responsable du NTSB, l'agence fédérale d'enquête sur les accidents dans les transport, Robert Sumwalt.

Mardi soir, le train 188 de la compagnie ferroviaire publique Amtrak qui reliait Washington à New York a pris un virage à 170 km/h, soit deux fois la vitesse autorisée, avant de freiner d'urgence et de dérailler, a raconté l'enquêteur.

Or la vitesse est limitée à 80 km/h dans cette courbe et, juste avant, à 112 km/h, selon l'Agence ferroviaire fédérale.

«A approximativement 21h21, alors que le train prenait un virage à gauche, tout l'attelage a déraillé. Quelques instants avant le déraillement, le conducteur (...) a procédé à un freinage d'urgence», a expliqué Robert Sumwalt.

Le train transportait 243 personnes, dont de nombreux étrangers.

Or le système qui permet de limiter automatiquement la vitesse des trains, appelé «positive train control» ou «advanced civil speed enforcement», n'existait pas sur le tronçon où a déraillé le train, a indiqué l'enquêteur.

Le Congrès a pourtant demandé que ce système soit installé sur les chemins de fer américains d'ici la fin de l'année, a-t-il rappelé.

Cette «technologie peut sauver des vies», a estimé pour sa part la sénatrice démocrate Dianne Fenstein sur Twitter. «Nous ne pouvons pas nous permettre un report supplémentaire pour le mettre en place partout», a-t-elle fait valoir.

Scott Lauman, 38 ans, qui vit non loin du lieu où s'est produit la catastrophe, a raconté à l'AFP qu'il prenait souvent le même train pour se rendre à New York mais qu'il «n'allait jamais à 160 km/h dans la ville» de Philadelphie.

«C'est la partie la plus longue du trajet de traverser Philadelphie. Je ne comprends pas. J'espère juste que ce n'est pas de la négligence de la part du conducteur», a-t-il affirmé.

«Comme une bombe»  

Selon le maire de Philadelphie Michael Nutter, la boîte noire est en cours d'analyses et le conducteur du train a été interrogé par la police. Mais, selon certains médias, il aurait refusé de parler directement à la police.

«Nous avons été victimes d'une tragédie», la pire en matière de déraillement depuis 50 ans, a déploré l'édile.

Après le déraillement «c'était comme si une bombe avait explosé, comme le 11-Septembre», a raconté Scott Lauman, qui s'attendait à un bilan plus lourd au vu des dégâts matériels qu'il a constatés.

Depuis le toit d'un bâtiment industriel, des journalistes de l'AFP pouvaient voir à environ un kilomètre trois voitures couchées sur le bord de la voie, avec une grue déposant des équipements pour découper le métal enchevêtré.

Six voitures et la locomotive ont déraillé, trois étaient couchées et l'une d'elle était complètement déformée.

Sur les lieux du drame, Iwina Washington, 27 ans, a découvert un véritable film d'horreur. «Beaucoup de personnes sortaient (du train) comme des fous», avec du sang sur le visage, l'air abasourdi et perdu, a-t-elle raconté à l'AFP.

Selon les enquêteurs, toutes les voitures du train sauf deux vont être transférées en lieu sûr pour être examinées. L'équipage et des passagers vont être aussi interrogés.

Un centre d'accueil des familles des victimes a été installé sur place.

Le médecin chef de l'hôpital Temple University Hospital de Philadelphie, Herbert Cushing, a précisé que son établissement soignait encore 23 personnes mercredi après-midi, dont huit dans un état grave mais qui devraient survivre.

Ses services, qui n'ont pas traité d'enfants, ont soigné «beaucoup de personnes venant de l'étranger», a-t-il indiqué, citant l'Espagne, la Belgique, l'Allemagne, l'Inde et l'Albanie.

Le train effectuait la liaison Washington-New York, une ligne extrêmement fréquentée mais à l'infrastructure vieillissante.

Les maires démocrate de New York Bill de Blasio et républicain d'Oklahoma City Mick Cornett ont plaidé dans le New York Times pour une hausse «significative» des investissements pour les infrastructures de transports, tout comme le sénateur démocrate du New Jersey Robert Menendez.

Mais la majorité républicaine au Congrès refuse les hausses de crédits réclamées par Barack Obama, et propose même de réduire les subventions fédérales à Amtrak de 18% dans le budget 2016.

Le président Obama a fait part de son immense tristesse, saluant le travail des secours «qui travaillent sans relâche pour sauver des vies».

L'accident s'est produit dans le même secteur que l'une des plus graves catastrophes ferroviaires aux États-Unis: en septembre 1943, un train bondé avait déraillé près du même virage, faisant 79 morts et 117 blessés, à cause d'une défaillance mécanique.

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Le train devait rouler à une centaine de km/h quand il a déraillé et que les wagons se sont retournés.

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Des passagers racontent

Max Helfman, 19 ans, qui était avec sa mère dans la dernière voiture, a ressenti les secousses avant que la voiture ne se renverse. «Les gens ont été projetés à terre», a-t-il raconté au journal Philadelphia Inquirer. «Les sièges se sont arrachés, les valises tombaient sur les passagers. Ma mère a volé sur moi et j'ai dû la rattraper. Les gens saignaient, c'était horrible».

«Des téléphones, des ordinateurs portables, tout volait», a aussi raconté Jeremy Wladis, un passager de 51 ans.

«Des femmes ont été propulsées sur les porte-bagages. Je ne sais pas comment elles y ont atterri», a-t-il dit au même journal.

«J'ai été projeté à droite, puis à gauche. Tous ceux qui étaient assis comme moi à gauche dans la voiture ont été projetés de l'autre côté», a raconté un ancien membre de la Chambre des représentants, Patrick Murphy, qui se trouvait alors dans la voiture restaurant du train. L'ancien élu a estimé que le train devait rouler à une centaine de kilomètres par heure quand il a déraillé.

«Tout allait bien, et d'un seul coup nous nous sommes renversés», a raconté un autre voyageur, Don Kelleher.

Sur une vidéo postée sur Instagram après le déraillement, on entend des passagers pleurer et crier.

«Choc bruyant. De la fumée a rempli le train. Les gens qui étaient capables de marcher ont essayé d'ouvrir la porte et ont grimpé à l'extérieur», a raconté une passagère journaliste de NBC News, Janelle Richards, sur Twitter.

«Mes pensées et prières vont à tous ceux qui ont subi l'accident de train à Philadelphie», a twitté le gouverneur de Pennsylvanie, Tom Wolf, qui s'est ensuite rendu sur place, aux côtés de Michael Nutter.

La NTSB, l'agence fédérale chargée d'enquêter sur les accidents de transport, a indiqué qu'une équipe complète d'enquêteurs avait été envoyée sur place.

Contrairement aux avions ou aux bus, il n'y a pas de ceintures de sécurité dans les trains.

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