Baltimore: six policiers poursuivis pour la mort de Freddie Gray

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La procureure de Baltimore Marilyn Mosby.

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Michael Mathes, Anne RENAUT
Agence France-Presse
BALTIMORE

Des milliers de personnes manifestaient dans le calme vendredi soir à Baltimore malgré l'annonce de poursuites contre six policiers pour la mort d'un jeune Noir, blessé dans un fourgon de police, qui avait provoqué des émeutes dans cette ville de l'est des États-Unis.

Partis de l'hôtel de ville, les manifestants réclamaient «justice pour Freddie Gray», 25 ans, mort le 19 avril des suites d'une blessure «grave» lors de son transport le 12 avril sans ceinture, pieds et mains liés, à plat ventre dans un fourgon de police.

Depuis la mort du jeune homme, Baltimore est le théâtre de manifestations quotidiennes qui ont viré lundi aux émeutes.

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La procureure Marilyn Mosby a annoncé des poursuites Pour la quatrième nuit consécutive, un couvre-feu doit entrer en vigueur à partir de 22H00.

En fin d'après-midi, à l'approche de policiers chargés de surveiller le défilé, des manifestants ont lancé: «envoyez ces policiers en prison, tout ce foutu système est sûrement coupable». «Arrêtez l'occupation de Baltimore», a crié un autre.

D'autres brandissaient des pancartes où on pouvait lire «Merci madame Mosby», du nom de la procureure du Maryland Marilyn Mosby qui a annoncé plus tôt dans la journée des poursuites contre les six policiers, y compris pour meurtre ou homicide contre quatre d'entre eux.

Sa décision a été vivement dénoncée par l'avocat du syndicat de police local, mais saluée par la famille de la victime et des habitants.

«Nous remercions la procureure et son équipe pour leur courage sans précédent, et leur réponse mesurée et professionnelle à cette crise», a déclaré un avocat de la famille, William Murphy.

Dans le quartier de Baltimore le plus touché par les violences de lundi, les habitants ont accueilli sa décision avec des cris de joie.

«Ça fait longtemps qu'on attendait ça», a déclaré Dexter Dillard, 47 ans, au coin des rues West North et Pennsylvania, où un supermarché a été pillé et incendié lors des pires émeutes à Baltimore depuis les années 1960.

L'avocat du syndicat des policiers a lui dénoncé une décision précipitée. «Je n'ai jamais vu un tel empressement à engager des poursuites», a dénoncé Michael Davey, un ancien policier devenu avocat du syndicat de l'Ordre fraternel de la police de Baltimore, qui représente les six policiers.

«Ils n'ont rien fait de mal»

«Nous sommes convaincus que ces agents seront exonérés, car ils n'ont rien fait de mal», a-t-il dit, en ajoutant qu'il «espérait (que l'enquête) soit suivie par un procureur indépendant».

Des médias ont publié les photos des six policiers inculpés, dont trois sont noirs. Cinq d'entre eux sont en détention, selon la maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake. Six selon des médias locaux.

Selon l'enquête et l'autopsie, Freddie Gray est mort d'une «blessure qui lui a été fatale alors qu'il ne portait pas de ceinture dans le fourgon de police où il avait été embarqué» et qui s'est arrêté à trois reprises, a précisé la procureure lors d'une conférence de presse.

Le jeune homme a «subi une blessure grave et potentiellement mortelle au cou venant du fait qu'il était menotté, les pieds entravés et qu'il n'était pas attaché» alors que le véhicule de police circulait.

«Quand Freddie Gray a été arrêté, il a été menotté mains dans le dos. Il a eu des difficultés à respirer et a demandé en vain des médicaments», a raconté Mme Mosby, précisant que les policiers, après l'avoir fait asseoir, avaient «trouvé un couteau dans son pantalon».

Mais, selon elle, ils «n'ont pu fournir aucune justification» à cette arrestation et de ce fait, trois policiers sont poursuivis pour l'avoir arrêté «illégalement».

L'un d'entre eux, Caesar Goodsen, est poursuivi pour meurtre résultant d'une action dangereuse pour autrui et sans se soucier de la vie humaine.

Le gouverneur du Maryland, Larry Hogan, a affirmé «croire en la justice pénale» et a «exhorté chacun à continuer à se comporter d'une manière pacifique».

Depuis les violences de lundi, plusieurs milliers de militaires de la Garde nationale ont été déployés dans les rues de Baltimore.

Le président Barack Obama a souhaité que toute la lumière soit faite sur ce décès. «Ce que les habitants de Baltimore veulent, plus que toute autre chose, c'est la vérité», a-t-il souligné.

Des rassemblements ont également été organisés dans d'autres villes américaines cette semaine. Vendredi, plusieurs centaines de personnes manifestaient à New York pour réclamer la «justice pour Freddie Gray».

Le drame de Baltimore et plusieurs faits divers similaires, comme à Ferguson (centre), ont réveillé les tensions raciales latentes aux États-Unis entre la communauté noire et la police. D'autant que les policiers, dans la grande majorité des cas, ont échappé à des poursuites.

Des citoyens de Baltimore célèbrent l'annonce de poursuites... (PHOTO DAVID GOLDMAN, AP) - image 2.0

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Des citoyens de Baltimore célèbrent l'annonce de poursuites contre six policiers en lien avec la mort de Freddie Gray, qualifiée d'homicide par la procureure Marilyn Mosby.

PHOTO DAVID GOLDMAN, AP

Aucune assistance médicale

La procureure a levé le voile sur les circonstances de la blessure de Freddie Gray dont la colonne vertébrale a été «sectionnée à 80 %, dans la région du cou», avait indiqué la semaine dernière un avocat de la famille de Gray.

«Quand Freddie Gray a été arrêté, il a été menotté mains dans le dos. Il a eu des difficultés à respirer et a demandé en vain des médicaments», a raconté Mme Mosby, précisant que les policiers, après l'avoir fait asseoir, ont «trouvé un couteau dans son pantalon». Mais, selon elle, ils «n'ont pu fournir aucune justification» à cette arrestation survenue le 12 avril, le port du couteau trouvé sur le jeune homme ne constituant pas une infraction criminelle. De ce fait, trois policiers sont poursuivis pour l'avoir arrêté «illégalement».

Dans le fourgon, le jeune homme n'a pas été attaché avec une ceinture de sécurité contrairement au règlement.

Après avoir circulé un certain temps, a poursuivi la procureure, le fourgon s'est arrêté et les jambes et les chevilles de Freddie Gray ont été attachées avec des liens en plastique puis les policiers «l'ont mis au sol, sur le ventre». Sans qu'il ne soit attaché.

Le jeune homme a «subi une blessure grave et potentiellement mortelle au cou venant du fait qu'il était menotté, les pieds entravés et qu'il n'était pas attaché» alors que le véhicule de police circulait.

L'un des policiers, voyant que Gray restait sans réaction, «n'a fait aucun effort pour évaluer ou déterminer son état» et «malgré la détérioration de son état médical, aucune assistance médicale» n'a été sollicitée.

Le lendemain de l'annonce de son décès, la police avait annoncé que «plusieurs» agents avaient été suspendus avec salaire. Six noms avaient été rendus publics deux jours plus tard: il s'agissait de cinq hommes et d'une femme âgés de 25 à 45 ans.

Ces six policiers vont être poursuivis pour divers chefs d'accusation, a précisé la procureure. L'un d'entre eux, Caesar Goodsen, âgé de 45 ans, est notamment poursuivi pour meurtre résultant d'une action dangereuse pour autrui et sans se soucier de la vie humaine.

Le drame de Baltimore et plusieurs faits divers similaires ont réveillé les tensions raciales latentes aux États-Unis entre la communauté noire et la police. D'autant que les policiers, dans la grande majorité des cas, ont échappé à des poursuites.

Des dizaines de manifestations, dégénérant parfois en émeutes, se sont déroulées dans le pays ces derniers mois. C'est la mort de Michael Brown, 18 ans, à Ferguson dans le Missouri en août dernier qui a mis le feu aux poudres, mais, depuis, plusieurs autres drames sont survenus.

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