Le chef de la majorité républicaine au Sénat en cinq temps

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Mitch McConnell a hérité de deux noms au Sénat: «La Tortue» et «Darth Vader».

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(New York) Contrairement à la plupart des sénateurs américains, Mitch McConnell n'a jamais caressé l'ambition de devenir président des États-Unis. Mais qui est ce politicien du Kentucky, qui deviendra mardi le républicain le plus puissant de Washington en prêtant serment à titre de chef de la majorité au Sénat? Et qu'est-ce qui le fait courir? Portrait en cinq temps.

À la source d'une énigme

À en croire ses portraitistes, Mitch McConnell est une «énigme», un politicien au visage «impénétrable» et «inexpressif» qui n'aime pas distribuer des tapes dans le dos ou bavarder avec le premier venu. Et pourtant, cet homme de 72 ans a remporté les neuf élections auxquelles il a participé au cours de sa carrière politique. Comment expliquer ce succès?

Il faut sans doute remonter au moment que l'intéressé évoque lui-même souvent pour expliquer sa détermination. À l'âge de 2 ans, alors qu'il vivait encore dans son État natal, l'Alabama, Mitch McConnell a été frappé par la polio. Au cours des trois années suivantes, sa mère lui a imposé une discipline de fer, l'astreignant à des exercices quotidiens et le conduisant régulièrement à Warm Springs, en Géorgie, pour des traitements.

«Ce qui a dû pénétrer ma conscience est la récompense qui résulte du travail acharné», a-t-il déclaré en 2003 après être devenu le numéro deux des républicains au Sénat. «Sans la ténacité de ma mère, je ne serais pas capable de marcher normalement.»

Plus tard, Mitch McConnell a conclu que le mot le plus important du dictionnaire était «focus». Et il n'a jamais cessé de focaliser son attention sur la politique.

Un début à gauche

Mitch McConnell a fait ses débuts en politique en s'inspirant de son mentor, le sénateur du Kentucky John Sherman Cooper, pour lequel il a travaillé comme stagiaire en 1964 avant de terminer ses études en droit à l'Université du Kentucky. Ex-intime de John Kennedy, Cooper était un républicain «libéral» comme il ne s'en fait plus.

Et c'est en épousant certaines causes chères à son mentor que Mitch McConnell a fait campagne en 1977 pour devenir juge-exécutif du comté de Jefferson. Se positionnant à la gauche de son adversaire démocrate, il a notamment défendu le droit des femmes à l'avortement et celui des syndicats à négocier des conventions collectives.

À l'époque, Mitch McConnell était marié à Sherrill Redmon, une chercheuse universitaire qui a notamment collaboré avec la pionnière du mouvement féministe, Gloria Steinem, au Smith College.

Divorcé d'avec sa première femme en 1993, Mitch McConnell s'est remarié la même année avec Elaine Chao, ex-ministre du Travail au sein de l'administration de George W. Bush.

Mais la métamorphose de Mitch McConnell a précédé ses secondes noces. En 1984, il a remporté un premier mandat au Sénat en attaquant son adversaire à l'aide de publicités négatives qui allaient devenir son arme préférée.

«Darth Vader» ou l'origine d'un surnom

Mitch McConnell a hérité de deux surnoms au Sénat. Le premier tient autant à son faciès qu'à sa personnalité: «la Tortue». Le deuxième est lié à son opposition féroce à toute réforme destinée à resserrer les règles du financement électoral: «Darth Vader».

S'il y a une cause qui anime cet homme taciturne, c'est bien celle-là. Et il est prêt à tout pour s'assurer que l'argent continue à couler à flots dans les coffres du Parti républicain et de ses candidats.

«Cela n'arrivera pas», déclarait-il en 1997 sur un ton confiant, en promettant de bloquer un effort bipartite mené par les sénateurs John McCain et Russ Feingold pour interdire aux entreprises et syndicats de financer des publicités politiques.

«Dans notre société, l'argent est une forme d'expression», ajoutait-il en invoquant le premier amendement de la Constitution, qui garantit le droit de parole.

Mitch McConnell a perdu cette bataille, la loi McCain-Feingold ayant été promulguée en 2002. Mais, à partir de 2010, la Cour suprême a fini par lui donner raison dans une série d'arrêts qui ont ouvert les vannes du financement électoral.

Et Mitch McConnell a pu continuer à rivaliser avec les meilleurs collecteurs de fonds républicains, en profitant notamment de la générosité de l'industrie du charbon.

Objectif: bloquer Obama

«La chose la plus importante que nous souhaitons accomplir est de faire du président Obama un président à un seul mandat.»

Quand Mitch McConnell prononce ces paroles, au lendemain des élections de mi-mandat de 2010, il ne surprend qu'à moitié. Depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, les républicains du Congrès s'opposent de façon systématique à toutes les initiatives du président, même celles qui s'inspirent d'idées conservatrices.

Mais la candeur du chef de la minorité républicaine au Sénat demeure remarquable. Après avoir vu son parti prendre le contrôle de la Chambre des représentants, il ne feint même pas de vouloir présenter, d'abord et avant tout, des projets susceptibles de relancer l'emploi.

Ainsi, au cours des deux années suivantes, Mitch McConnell et ses collègues républicains du Congrès s'emploieront à bloquer la plupart des projets du président Obama. Mais le sénateur du Kentucky n'en fera pas assez aux yeux des militants du Tea Party. Ceux-ci lui reprocheront notamment d'avoir conclu, à l'été 2011, un accord avec les dirigeants démocrates pour relever le plafond de la dette et éviter un défaut sur les factures du pays.

Et, bien sûr, Mitch McConnell ne parviendra pas à réaliser son principal objectif: limiter Obama à un seul mandat.

Passer du «non» au «oui»

Le 4 novembre dernier, journée des élections de mi-mandat, Mitch McConnell a pu voir se préciser le rêve de sa vie: non seulement a-t-il été réélu facilement dans son État, mais son parti a gagné assez de sièges pour redevenir majoritaire au Sénat pour la première fois depuis 2006.

Dix jours plus tard, les collègues républicains du sénateur du Kentucky l'ont rapproché encore davantage de ce rêve en le choisissant à l'unanimité comme chef de la majorité, un poste qu'il assumera officiellement à compter de demain.

Sa tâche sera alors de passer du «non» au «oui». Mais Barack Obama pourrait consacrer une partie des deux dernières années de sa présidence à rendre à Mitch McConnell la monnaie de sa pièce.

«Nous allons voter sur des choses que je sais qu'il n'aimera pas», a déclaré le sénateur du Kentucky lors d'une interview diffusée hier sur CNN. «Et j'espère qu'on pourra les mettre sur son bureau.»

Le républicain entend notamment tenir des votes pour autoriser la construction de l'oléoduc Keystone XL et démanteler en partie ou au complet la loi sur l'assurance maladie du président.

Dans les deux cas, Mitch McConnell pourrait bien essuyer un «non» sous la forme d'un veto.

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