Mort du tout premier sénateur noir admiré par Obama

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Edward Brooke célébrant son élection au Sénat en 1966.

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Nicolas REVISE
Agence France-Presse
Washington

Le tout premier Noir élu au suffrage universel au Sénat des États-Unis, le républicain Edward Brooke, est mort à 95 ans, le premier président noir Barack Obama disant s'être inspiré de lui pour entrer à la Maison-Blanche.

Le décès de ce républicain centriste chez lui samedi soir en Floride, élu pour la première fois en 1966 dans l'État du Massachusetts, survient dans un contexte de regain de tensions raciales après la mort de plusieurs Afro-Américains tués par des policiers blancs, qui n'ont jamais été poursuivis.

Les Noirs restent aussi sous-représentés au Congrès: alors qu'ils forment quelque 13% de la population américaine, il n'y avait que deux sénateurs afro-américains au Sénat sortant (2013-2014) sur 100 élus et 43 représentants sur les 435 que compte la Chambre, selon des données du service de recherche du Congrès.

Elu il y a près d'un demi-siècle dans un Massachusetts traditionnellement démocrate, Edward W. Brooke III avait siégé jusqu'en 1979 au Sénat.

Il fut historiquement le premier Noir élu au suffrage universel direct avec un scrutin majoritaire uninominal à un tour.

Avant l'adoption en 1913 du XVIIe amendement de la Constitution, sur l'élection des sénateurs au suffrage universel direct, d'autres Afro-américains avaient siégé au Sénat mais ils avaient été élus par les législatures de leur État. Deux Noirs étaient ainsi entrés au Sénat durant la période dite de la Reconstruction, à la fin des années 1860 et au début des années 1870, après la Guerre de sécession.

Dans une Amérique marquée par sa longue histoire de discriminations raciales, le président Obama, premier Noir élu à la Maison-Blanche, a rendu hommage dans un communiqué au sénateur Brooke, «en première ligne dans la bataille pour les droits civiques et l'équité économique».

«Tout est possible» aux États-Unis 

En lui remettant en 2009 la médaille d'or du Congrès, l'une des plus hautes distinctions aux États-Unis, Barack Obama avait salué en Edward Brooke celui qui «avait consacré sa vie à casser les barrières et à bâtir des ponts». L'ancien sénateur Obama avait alors confié avoir «suivi la piste» tracée par M. Brooke dans une Amérique des années 1960 encore marquée par la ségrégation.

Barack Obama en compagnie d'Edward Brook le 28... (Archives AFP) - image 2.0

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Barack Obama en compagnie d'Edward Brook le 28 octobre 2009.     

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«Ce qu'a accompli le sénateur Brooke nous rappelle que tout est possible dans notre pays», a renchéri le nouveau chef de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell.

Aux yeux du secrétaire d'État John Kerry, lui aussi ancien sénateur démocrate du Massachusetts, M. Brooke était un véritable «serviteur de l'État», qui fut également «le premier sénateur à réclamer la démission du président (républicain Richard) Nixon» emporté en 1974 par le scandale du Watergate.

Né le 26 octobre 1919, Ed Brooke, diplômé en sociologie et en droit, avait été ministre de la Justice du Massachusetts, premier Noir à ce poste aux États-Unis, avant la consécration du Sénat.

Il était considéré comme un centriste chez les républicains: champion de la défense des droits civiques, défenseur de l'avortement, ancien combattant de la Seconde guerre mondiale devenu un sceptique de l'interventionnisme durant la guerre du Vietnam et opposant à l'élargissement de l'arsenal nucléaire des États-Unis.

Selon le New York Times, rapportant dimanche des propos du défunt, M. Brooke avait toujours refusé d'être considéré comme un «dirigeant national pour le peuple noir».

Dans son autobiographie cependant citée par le Times, il exprimait «avec ferveur l'espoir que le Sénat des États-Unis représente rapidement plus fidèlement la richesse de la diversité de ce grand pays».

Depuis cet été, la mort de plusieurs Afro-Américains sans armes tués par des policiers blancs ont déclenché de grosses manifestations à travers les États-Unis, parfois émaillées de violences. Sur ce dossier ultra-sensible, Barack Obama, dont l'arrivée au pouvoir avait suscité d'immenses attentes sur les questions raciales, se livre à un exercice d'équilibriste: il appelle au respect des décisions de justice tout en assurant comprendre la colère de ceux qui ont le sentiment d'être discriminés par la couleur de leur peau.

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