L'art (et les risques) d'offrir des cadeaux dans la diplomatie

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Au pape François, le président Obama a offert une boite contenant neuf variétés de graines des jardins de la Maison-Blanche espérant qu'elles soient plantées à Castel Gandolfo, une résidence du souverain pontife.

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Jo Biddle
Agence France-Presse
WASHINGTON

Ceux qui désespèrent de trouver un cadeau de Noël pour quelqu'un qui a déjà tout devraient avoir une pensée pour ceux dont le travail au quotidien est de débusquer le parfait présent pour les maîtres du monde: le service du protocole du département d'État.

Loin de l'atelier du père Noël au pôle Nord, les elfes affairés du protocole du ministère américain des Affaires étrangères doivent choisir et emballer chaque année des dizaines de cadeaux, ces incontournables symboles des visites diplomatiques.

Ils doivent également répertorier tous les cadeaux offerts au président Barack Obama, au vice-président Joe Biden et au secrétaire d'Etat John Kerry, ainsi qu'à leurs épouses.

«La remise de cadeaux diplomatiques est un art qui remonte loin dans l'histoire et qui est pris très sérieusement par de nombreux dirigeants et par de nombreux pays, donc nous devons être prêts pour toutes les circonstances», a expliqué à l'AFP un responsable du département d'État.

En 2013, Michelle Obama a reçu de la reine du Bruneï des boucles d'oreille, une bague et un collier en or blanc rehaussé de saphirs jaunes et de diamants, en forme de fleur. Le tout estimé à plus de 71 000 dollars.

Ce présent a été accepté parce qu'«un refus aurait provoqué l'embarras de l'offrant et du gouvernement américain», selon la liste officielle des cadeaux présentée au registre fédéral et publiée le mois dernier.

C'est la raison donnée pour l'acceptation de tous les cadeaux reçus et qui, en vertu de la législation, doivent être déclarés.

En 2013, Barack Obama a reçu moult vases, tableaux et sculptures, mais également un meuble à rayures bleues du Pérou, un CD des chansons britanniques les plus vendues de la part du premier ministre David Cameron, un tambour fait main du Sénégal, une peau de zèbre de la Tanzanie et des assiettes en porcelaine du président russe Vladimir Poutine.

Et son épouse Michelle a reçu des boucles d'oreille en argent et cristal bleu de Baccarat de Valérie Trierweiler, ex-compagne du président français François Hollande, accompagnées d'un ouvrage du chef étoilé Alain Ducasse. Valeur totale: 435 dollars.

Jusqu'à 15 000 cadeaux par an

Un président américain peut recevoir jusqu'à 15 000 cadeaux par an, d'après les Archives nationales, qui sont chargées de répertorier et conserver ce qui est qualifié d'«emblèmes durables de la coopération et de l'amitié internationale».

Si leur valeur dépasse 375 dollars, ils appartiennent au gouvernement américain et doivent être remis aux structures ad hoc, sauf si le récipiendaire décide de les acheter à leur valeur de marché.

Ainsi, l'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton a déboursé 970 dollars pour conserver un collier de perles noires offert par l'opposante birmane et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Et Teresa Heinz Kerry, épouse de l'actuel secrétaire d'État, a conservé pour 425 dollars un bijou d'argent et de corail offert par le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.

Mais la description et la valeur des cadeaux offerts par les Américains aux dirigeants étrangers sont un secret bien gardé, un secret d'État diraient certains.

Une liste est néanmoins établie car il n'y a rien de pire que de recevoir deux fois la même chose. «Vous ne voudriez pas faire un faux pas diplomatique», ricane un responsable du département d'État.

Une fois qu'un déplacement diplomatique est confirmé, le bureau du protocole se lance dans la recherche de cadeaux pour tous les dignitaires qui vont croiser la route des Américains. Le choix final incombe à l'offrant.

Éviter les gaffes

Le protocole effectue alors des recherches sur les intérêts des récipiendaires et essaie de mettre en avant les produits fabriqués aux États-Unis.

Au pape François, le président Obama a offert une boite contenant neuf variétés de graines des jardins de la Maison-Blanche espérant qu'elles soient plantées à Castel Gandolfo, une résidence du souverain pontife.

La boite a été sculptée dans du bois provenant de la basilique de Baltimore, première cathédrale des États-Unis, et décorée avec une peinture contenant du cuivre de la Statue de la Liberté.

Mais des gaffes peuvent néanmoins se produire. Barack Obama avait été raillé par la presse britannique en 2009 pour avoir offert au premier ministre Gordon Brown un coffret de 25 classiques du cinéma américain en DVD. Dans un format qui n'était pas lisible au Royaume-Uni.

Un cadeau bien maigre en plus face à celui offert par M. Brown à une autre occasion: un porte-stylo sculpté dans le navire jumeau du «Resolute», dont le bois a servi pour construire le bureau présidentiel à la Maison-Blanche.

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