Un jeune Noir tué par un policier près de Ferguson

La police a utilisé du gaz poivré pour... (Photo St. Louis Post-Dispatch, David Carson/AP)

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La police a utilisé du gaz poivré pour tenter de contenir les manifestants en colère qui s'étaient regroupés aux abords de la station-service de Berkeley.

Photo St. Louis Post-Dispatch, David Carson/AP

Michael THOMAS, Raphaëlle Picard
Agence France-Presse
BERKELEY, WASHINGTON

Un jeune Noir de 18 ans a été tué par un policier blanc mardi soir, dans le Missouri, tout près de Ferguson qui a été le point de départ cet été de manifestations aux États-Unis contre les méthodes jugées racistes de la police.

La fusillade s'est produite dans une station-service à Berkeley, commune limitrophe de Ferguson où des émeutes ont de nouveau éclaté le mois dernier après la décision d'un grand jury de ne pas poursuivre le policier blanc ayant tué en août Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans non armé.

Les autorités locales ont cependant écarté mercredi matin toutes similitudes avec ce drame. «Il s'agit d'un jeune homme pointant un pistolet détenu illégalement vers un policier qui a dû répliquer», a souligné la sénatrice du parlement de l'État du Missouri, Maria Chappelle-Nadal sur CNN.

Ce nouvel incident, survenu vers 23 h 15 (0 h 15 heure de Montréal), a provoqué une nuit de violences près de la station-service où 200 à 300 personnes ont manifesté.

Selon le chef de la police du comté de Saint-Louis, John Belmar, le jeune homme a «pointé un pistolet dans la direction du policier qui a sorti son arme de service et tiré apparemment trois fois», l'atteignant une fois.

«Nous ne pensons pas que le suspect se soit servi de son pistolet», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse mercredi, précisant que les enquêteurs avaient retrouvé un pistolet 9 millimètres au numéro de série effacé.

La police a diffusé un extrait de la vidéo de surveillance de la station-service où l'on perçoit, en arrière-plan, une silhouette qui brandit une arme en direction d'une voiture de police. L'agent répondait à un appel signalant un vol dans la station-service.

«Quand quelqu'un pointe un pistolet vers un policier, on ne dispose pas de beaucoup de temps», a justifié M. Belmar. «J'imagine que la plupart d'entre nous se serait senti en état de danger imminent (...) et l'officier a fait un usage proportionné de la force».

La victime, officiellement identifiée par la suite comme étant Antonio Martin, avait notamment été inculpée depuis ses 17 ans pour trois agressions et pour vol à main armée.

«Sa copine m'a dit que la police leur avait cherché des ennuis», a affirmé sa mère, Toni Martin, sur CNN. «Quand il a essayé de se lever et de s'enfuir en courant, ils ont commencé à lui tirer dessus».

Brian Milliken, avocat du policier blanc de 34 ans non identifié, a indiqué à la presse que son client discutait avec un homme, tandis qu'un second continuait de se déplacer malgré ses directives puis s'était retourné en pointant vers lui une arme sortie de son pantalon.

Le policier a tiré «trois ou quatre fois» et «ne comprend pas pourquoi l'arme du suspect n'a pas tiré», a expliqué M. Milliken, évoquant l'hypothèse que son client soit tombé dans une embuscade.

Selon lui, son client est calme, mais secoué «d'avoir dû prendre la vie de quelqu'un la veille de Noël». «C'est une expérience traumatisante» et il a «exprimé des regrets».

Rien à voir avec Ferguson

Mais les autorités locales ont bien insisté mercredi matin, vidéo à l'appui, sur les différences avec Ferguson.

«Vous ne pouvez en aucun cas comparer cela avec Ferguson ou l'affaire Garner à New York (du nom d'un Noir décédé cet été après une interpellation musclée, ndlr)», a martelé le maire de Berkeley, Theodore Hoskins lors d'une conférence de presse.

«Notre ville est différente de Ferguson, la majorité de notre administration est noire, la majorité de nos policiers sont noirs», a-t-il encore fait valoir. «Ce jeune homme volait à l'étalage et la vidéo montre qu'il a pointé un pistolet en direction du policier».

Survenu en août, le drame de Ferguson a suscité une émotion considérable dans le pays, notamment dans la communauté afro-américaine.

Plusieurs autres drames du même type ont attisé la colère de la communauté noire qui s'estime victime de racisme de la part de la police. En novembre, un garçon noir de 12 ans a été abattu à Cleveland (Ohio, nord) alors qu'il manipulait une arme factice dans un square. En juillet, Eric Garner, soupçonné de vente illégale de cigarettes à New York, est mort après une interpellation musclée par plusieurs policiers blancs.

Plusieurs Noirs tués par des policiers depuis cet été

- 17 juillet: Eric Garner, 43 ans, père de six enfants, meurt lors d'une interpellation musclée sur l'île de Staten Island à New York par des policiers blancs qui le soupçonnaient de vente illégale de cigarettes. Dans une vidéo amateur dont les images on fait le tour du monde, on voit l'un d'eux lui serrer le cou. Plaqué au sol, Garner répète à plusieurs reprises «je ne peux pas respirer». Il est déclaré mort à l'hôpital, le médecin légiste concluant à un homicide.

Début décembre, la décision du grand jury - assemblée de citoyens ordinaires - de ne pas inculper l'un des policiers impliqué dans la mort de Garner déclenche une vague de manifestations parfois violentes dans plusieurs villes du pays.

- 9 août: Michael Brown, 18 ans, est abattu, alors qu'il n'était pas armé, par un policier blanc, Darren Wilson, à Ferguson, dans le Missouri. Sa mort entraîne plusieurs jours de violentes émeutes raciales dans cette ville de la banlieue de Saint Louis à majorité noire.

Fin novembre, l'abandon des poursuites contre le policier - qui a démissioné de la police peu après -déclenche une nouvelle explosion de colère émaillée d'émeutes et de scènes de pillage à Ferguson et des dizaines de manifestations dans le pays.

- 20 novembre: Akai Gurley, un père de famille de 28 ans, est tué par balles «par accident» par un jeune policier blanc dans une cage d'escalier mal éclairée d'une HLM de Brooklyn, à New York.

Ses obsèques se déroulent le 7 décembre alors que s'amplifient dans le pays les manifestations dénonçant les violences policières contre les Noirs et appelant à une réforme du système judiciaire.

- 22 novembre: Tamir Rice, un garçon de 12 ans qui manipulait une arme factice dans une aire de jeux, est abattu par un policier à Cleveland (Ohio, nord). L'agent qui a tiré les coups de feu ne pouvait pas distinguer si l'arme était vraie ou fausse, affirme le chef de la police, tout en promettant toute la lumière sur cette «tragédie»

L'Ohio avait été le théâtre d'un incident similaire en août, quand des policiers répondant à un appel d'urgence avaient abattu un Noir, John Crawford, dans un supermarché alors qu'il transportait un pistolet jouet, vendu sur place.

- 23 décembre: Un policier tue un jeune Noir qui, selon la police, brandissait une arme dans une station-service à Berkeley, une ville proche de Ferguson.

Par ailleurs, le 20 décembre, New York a connu un autre drame avec l'assassinat de deux policiers par un homme noir de 28 ans dans un geste apparent de revanche.

Les deux policiers de 32 et 40 ans, Wenjian Liu et Rafael Ramos, ont été atteints en pleine tête dans leur voiture stationnée devant une cité HLM de Brooklyn. Leur agresseur, membre présumé du gang «Black Guerilla Family», connu des services de police, s'est ensuite suicidé sur un quai de métro.




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