Dans le noir, de New York à Ferguson

La tension qui règne ces jours-ci à Ferguson... (PHOTO CHARLIE RIEDEL, ASSOCIATED PRESS)

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La tension qui règne ces jours-ci à Ferguson a tout à voir avec la crainte de réactions violentes à une décision du grand jury de ne pas inculper Darren Wilson, le policier qui a abattu Michael Brown le 9 août.

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La mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans abattu par un policier blanc, a plongé cette banlieue de St. Louis au Missouri, dont la population est à forte majorité afro-américaine, dans une crise raciale et sociale sans précédent. »

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Jeudi soir, dans un HLM de Brooklyn: deux recrues du NYPD effectuent une «patrouille verticale», nom donné aux inspections policières d'un immeuble où sévit la criminalité.

Après avoir visité le toit, l'agent Peter Liang, 27 ans, s'apprête à ouvrir une porte menant à l'escalier du huitième étage, qui est plongé dans le noir. Il tient une lampe de poche dans la main droite et, dans l'autre - il est gaucher - , un Glock 19. Son partenaire, Shaun Landau, 27 ans, lui emboîte le pas. Il n'a pas retiré son arme de service de son étui.

Selon une version fournie par la police, Liang appuie accidentellement sur la détente de son Glock en tournant la poignée de la porte avec sa main gauche. Après avoir peut-être ricoché sur un mur, la balle aboutit dans la poitrine d'Akai Gurley, un Afro-Américain de 28 ans, qui se trouve 14 marches plus bas avec son amie de coeur, Melissa Butler.

Le couple avait décidé d'utiliser les escaliers après avoir attendu en vain l'ascenseur au septième étage. Blessé mortellement, Gurley descend deux volées de marches avant de s'affaisser sur la plate-forme du cinquième étage. Le décès de ce père d'une fillette de 2 ans sera constaté peu après à l'hôpital.

Le lendemain, le chef du NYPD, Bill Bratton, déplore un «accident malheureux», précisant que Gurley était un «homme complètement innocent».

«Cela semble être un accident», renchérit le maire de New York, Bill de Blasio, tout en mettant en garde les New-Yorkais contre la tentation d'établir un lien entre la mort de Gurley et celle de deux autres Afro-Américains tués par des policiers alors qu'ils n'étaient pas armés.

L'un d'eux, Eric Garner, est décédé le 17 juillet après avoir été plaqué au sol et étranglé par des policiers du NYPD qui le soupçonnaient de vendre des cigarettes à l'unité sur une artère commerciale de Staten Island.

L'autre, Michael Brown, a été abattu le 9 août par Darren Wilson, ce policier blanc de Ferguson, au Missouri, dont le sort est débattu ces jours-ci par un grand jury.

«Ce qui est arrivé à Ferguson est différent de ce qui est arrivé à Staten Island ou à Brooklyn, a déclaré le maire de Blasio vendredi. Chacun de ces cas a sa propre dynamique.»

Mais ces trois cas ont aussi en commun des zones d'ombre qui tendent à favoriser les policiers. Dans le cas de l'agent Peter Liang, qui s'est vu retirer son insigne et son arme, l'opacité est littérale.

«Il faisait noir comme dans un four», a déclaré Bill Bratton en parlant de l'escalier de l'HLM de Brooklyn où se sont engagés Peter Liang et son partenaire.

Mais le chef de police de New York n'a-t-il pas sauté trop vite aux conclusions en qualifiant la mort d'Akai Gurley de «malheureux accident»?

Les membres de la famille de Gurley, qui ont réclamé une enquête, n'en doutent pas. Le militant noir Al Sharpton a parlé en leur nom samedi lors d'un rassemblement à New York.

«Ils disent que c'était un accident. Nous disons: comment pouvons-nous le savoir avant qu'une enquête complète ait eu lieu sur ce qui est arrivé?», a-t-il déclaré.

Le conseiller municipal de Brooklyn Jumaane Williams s'est pour sa part fait le porte-parole de la frustration des résidants des HLM de son arrondissement, qui se plaignent du mauvais entretien de ces immeubles gérés par la Ville.

«Pourquoi un électricien ne ferait-il pas une patrouille verticale pour remplacer les ampoules défectueuses dans les escaliers?», a-t-il demandé.

À Ferguson, l'opacité n'est pas littérale, mais figurée. Elle entoure les travaux du grand jury qui doit décider d'inculper ou non l'agent Wilson pour la mort de Michael Brown. On s'attendait à ce que cette décision soit annoncée dimanche, mais les membres de cette chambre d'accusation n'auraient pas fini leurs délibérations, qui pourraient se poursuivre lundi.

Mais rien n'est certain. Les travaux de ce grand jury, qui se tiennent à huis clos, pourraient se prolonger en principe jusqu'en janvier.

En attendant, la tension qui règne ces jours-ci à Ferguson a tout à voir avec la crainte de réactions violentes à une décision du grand jury de ne pas inculper le policier. Décision que plusieurs, dont l'avocat de la famille de Michael Brown, Benjamin Crump, tiennent pour acquise, ou presque.

«Dans 99 % des cas, l'agent de police n'est pas tenu responsable d'avoir tué un jeune garçon noir, a dit Crump ce week-end. L'agent de police est traité avec tous les égards.»

N'empêche: le grand jury de Ferguson créera peut-être la surprise en choisissant de chasser l'obscurité qui entoure cette affaire.

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