Le Sénat américain en voie de basculer aux mains des républicains

Le scrutin du 4 novembre pourrait non seulement... (PHOTO JEWEL SAMAD, ARCHIVES AFP)

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Le scrutin du 4 novembre pourrait non seulement permettre aux républicains de renforcer leur position à la Chambre des représentants, où ils sont majoritaires depuis 2010, mais également de prendre le contrôle du Sénat.

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Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) Le pire est à craindre au cours des deux dernières années de Barack Obama à la présidence, estime Thomas Mann, qui avait pourtant fait paraître en 2012 un livre déjà passablement pessimiste sur le dysfonctionnement de Washington intitulé It's Even Worse Than It Looks (C'est encore pire que cela en a l'air).

Dans cet ouvrage cosigné avec Norman Ornstein, ce spécialiste réputé de la politique américaine attribuait les nombreux blocages entre la Maison-Blanche et les républicains du Congrès à l'extrémisme de ces derniers. Selon lui, les élus du Grand Old Party avaient tourné le dos à tout compromis au nom d'une pureté idéologique incarnée par les militants du Tea Party.

«Je n'aime pas être aussi négatif parce que le pays va beaucoup mieux que notre système politique, a dit l'expert. Mais il se peut très bien que les démocrates gagnent la présidence en 2016 tout en continuant à être confrontés à une Chambre à majorité républicaine.»

Thomas Mann
auteur du livre «It's Even Worse Than It Looks»

Or, le Congrès pourrait devenir encore plus conservateur et intransigeant au lendemain des élections dites de mi-mandat, qui auront lieu le 4 novembre. Ce scrutin pourrait non seulement permettre aux républicains de renforcer leur position à la Chambre des représentants, où ils sont majoritaires depuis 2010, mais également de prendre le contrôle du Sénat.

«Je pense qu'il serait insensé dans de telles circonstances de s'attendre à quelque chose de positif au cours des deux prochaines années», a déclaré la semaine dernière Thomas Mann, chercheur à la Brookins Institution, groupe de recherche centriste, lors d'une rencontre avec des représentants de la presse étrangère aux États-Unis. «En fait, la situation risque de devenir encore pire que celle que nous avons décrite dans notre livre.»

Les républicains ont besoin d'un gain net de six sièges au Sénat pour ravir aux démocrates leur majorité. Plusieurs facteurs les placent dans une situation avantageuse, dont la propension des électeurs américains à punir le parti au pouvoir à la Maison-Blanche à l'occasion des élections de mi-mandat et la plus faible participation de l'électorat démocrate à ce type de scrutin.

Les républicains sont également favorisés par le nombre de sièges démocrates en jeu (21 sur 36). D'autant que plusieurs de ces sièges se trouvent dans des États conservateurs où Barack Obama a perdu lors de l'élection présidentielle de 2012. Font partie du lot l'Arkansas, la Louisiane, l'Alaska, la Virginie-Occidentale, le Montana, le Dakota-du-Sud et la Caroline-du-Nord.

Les démocrates sont également vulnérables dans trois États où le président démocrate a triomphé en 2012, l'Iowa, le Colorado et le New Hampshire.

Il ne faut donc pas se surprendre que les républicains soient donnés favoris pour devenir majoritaires au Sénat par tous les gourous américains de la prédiction politique, dont Nate Silver, qui fixait hier à 62% les probabilités d'une telle issue.

Impasse à prévoir

Un Sénat à majorité républicaine signifierait que Barack Obama ne pourrait plus compter sur l'appui d'au moins une des Chambres du Congrès dans ses confrontations avec les parlementaires républicains. Qui plus est, ses chances de faire adopter des éléments de son programme passeraient de minces à nulles.

«La seule chose qui pourrait être accomplie, après un effort douloureux, serait d'assurer le financement du gouvernement durant quelques mois», a déclaré Thomas Mann en n'écartant pas la possibilité de nouvelles paralysies de l'État fédéral comme celle qui a entraîné la fermeture complète ou partielle des agences gouvernementales en octobre 2013.

«Il faudrait aussi s'attendre à ce que le Sénat veuille imiter la Chambre en lançant d'autres enquêtes sur des pseudo scandales à la Benghazi, a-t-il ajouté. Il y aurait également des efforts pour changer ou révoquer des mesures sur l'environnement, accompagnés de menaces de paralyser le gouvernement. Et Obama éprouverait des ennuis à faire accepter ses nominations pour divers postes. Bref, ça serait pénible, malsain et improductif.»

Et ces conditions ne changeraient pas pour la peine en 2016 lorsqu'un électorat fort différent de celui de 2014 pourrait bien élire Hillary Clinton à la Maison-Blanche et même redonner aux démocrates leur majorité au Sénat s'ils la perdent le 4 novembre, selon Thomas Mann.

«Je n'aime pas être aussi négatif parce que le pays va beaucoup mieux que notre système politique, a dit l'expert. Mais il se peut très bien que les démocrates gagnent la présidence en 2016 tout en continuant à être confrontés à une Chambre à majorité républicaine. Nous risquerions donc de nous retrouver dans la même position où Obama se trouvait après les élections de mi-mandat de 2010. Il y a une époque où le gouvernement divisé était une invitation à négocier. La Constitution américaine pourrait d'ailleurs avoir pour titre «Concluons une entente». Mais cette époque est révolue. Et je n'aimerais pas me retrouver à la Maison-Blanche dans les souliers d'Hillary Clinton.»

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