Quand la fracturation hydraulique se drape de rose

Une mèche de foreuse de Baker Hughes peinte... (Photo tirée du site web de Baker Hughes)

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Une mèche de foreuse de Baker Hughes peinte en rose en soutien à la lutte contre le cancer du sein. Ces mèches sont utilisées dans la fracturation hydraulique, un processus lié... à ce même cancer du sein.

Photo tirée du site web de Baker Hughes

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Octobre étant le mois de la mobilisation contre le cancer du sein, le géant américain des services pétroliers Baker Hughes a choisi une façon pour le moins inusitée d'y participer: cette année, il peindra 1000 mèches de forage en rose, couleur de cette cause, et les distribuera à ses clients partout dans le monde.

«Les mèches rappelleront l'importance de soutenir la recherche, le traitement, le dépistage et l'éducation afin d'aider à trouver des remèdes contre cette maladie qui emporte une vie toutes les 60 secondes», peut-on lire sur le site internet de la société basée à Houston, qui versera en outre 100 000$ à l'influente fondation américaine Susan G. Komen, qui se bat contre le cancer du sein.

Le hic, c'est que les mèches de Baker Hughes sont utilisées dans la fracturation hydraulique, méthode controversée pour explorer et exploiter le gaz de schiste qui, selon certaines études scientifiques, pourrait même être liée au cancer du sein.

D'où le tollé soulevé ces jours-ci autour du partenariat entre Baker Hughes et la Fondation Komen. Celle-ci est de nouveau accusée de permettre à une entreprise de laver en rose (pinkwashing) sa réputation en se servant d'une cause noble.

«C'est un exemple particulièrement stupéfiant de l'hypocrisie de la Fondation Komen», a déclaré à La Presse Samantha King, auteure de Pink Ribbons, Inc., un livre qui a inspiré à la cinéaste québécoise Léa Pool le documentaire L'industrie du ruban rose, sorti en 2012.

«Il y a beaucoup de données qui suggèrent que chaque étape de la fracturation hydraulique a des effets cancérigènes. Même les Centres de prévention et de contrôle des maladies ont trouvé qu'il y avait des taux élevés de benzène dans l'urine des travailleurs de l'industrie. Or le benzène est directement lié au cancer du sein», a ajouté King, qui est professeure à l'École de kinésiologie et d'études sur la santé de l'Université Queen's en Ontario.

La Fondation Komen n'a pas répondu aux questions de La Presse sur cette controverse. Mais l'une de ses porte-parole l'a défendue cette semaine en déclarant à l'International Business Times que le lien entre fracturation hydraulique et cancer du sein n'était «pas été prouvé pour le moment».

Baker Hughes n'est pas la seule entreprise controversée à se draper de rose en octobre. Ébranlée par plusieurs affaires de violence domestique, la Ligue nationale de football met de nouveau à contribution ses joueurs, entraîneurs et arbitres, qui portent chaussures, gants, casquettes ou serviettes de cette couleur pour appuyer la lutte contre le cancer du sein.

Une porte-parole de la Fondation canadienne du cancer du sein n'a pas voulu, de son côté, commenter la controverse dans laquelle se retrouve la Fondation Komen, qui n'est pas présente au Canada. Mais «la Fondation canadienne du cancer du sein n'a pas de partenariats semblables et n'envisage pas d'en avoir», a indiqué à La Presse Liron Davis, en faisant allusion aux liens entre Fondation Komen et Baker Hughes.

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