Les appels d'Obama

Contrairement à ses deux prédécesseurs, «Barack Obama n'a... (PHOTO Larry Downing, ARCHIVES REUTERS)

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Contrairement à ses deux prédécesseurs, «Barack Obama n'a pas vraiment de relation personnelle forte avec d'autres chefs d'État. Il utilise donc moins le téléphone», estime le professeur Thomas Alan Schwartz.

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Quels dirigeants étrangers le président Obama a-t-il appelés cette année? La réponse, compilée par un internaute à partir des communiqués officiels publiés par la Maison-Blanche, jette un éclairage unique sur les dossiers chauds de l'année... et sur les priorités de la Maison-Blanche à l'international.

«Angela? C'est Barack. Ça va? Il fait beau à Berlin? Écoute, je voulais te parler de notre homologue Vladimir, en Russie, qui commence à ambitionner en Ukraine...»

On ne sait pas si c'est le ton qu'emploie le président américain avec la chancelière allemande Angela Merkel. Mais les communiqués de la Maison-Blanche montrent que c'est à Berlin que les coups de téléphone d'Obama ont retenti le plus souvent cette année.

Eu égard aux dossiers chauds en Israël, Irak, Syrie et Ukraine, pour ne nommer que ceux-là, on peut s'étonner que ce soit l'Allemagne qui reçoive le plus d'attention du président américain.

«L'Allemagne est cruciale, c'est là que se trouve le pouvoir en Europe, explique Thomas Alan Schwartz, professeur d'histoire et de sciences politiques à la Vanderbilt University de Nashville, au Tennessee. Avec les sanctions imposées à la Russie par les pays occidentaux dans la foulée de la crise ukrainienne, je ne suis pas surpris de voir ça.»

Dirigeants européens

En fait, un coup d'oeil aux données montre qu'Obama a appelé les dirigeants européens beaucoup plus souvent que les autres cette année.

«C'est révélateur de l'importance de la crise en Ukraine, commente Thomas Alan Schwartz. Mais ça montre aussi qu'on ne défait pas des habitudes. L'Europe demeure le partenaire de choix des États-Unis pour une foule de dossiers dans le monde.»

Les grands oubliés du président semblent être le Moyen-Orient et le monde arabe en général. Obama a téléphoné trois fois en Israël cette année, deux fois en Afghanistan et en Turquie et une fois en Égypte, en Jordanie, en Arabie saoudite, en Tunisie et au Yémen.

Les communiqués officiels montrent toutefois que le vice-président américain Joe Biden a fait pas moins de 18 appels en Irak et le même nombre en Turquie. Le secrétaire d'État John Kerry a aussi multiplié les voyages dans la région.

«On a favorisé les pourparlers en tête à tête au Moyen-Orient, constate Simon Palamar, associé de recherche au Centre d'innovation pour la gouvernance internationale (CIGI). Il faut aussi dire que les problématiques au Moyen-Orient ne datent pas d'hier et sont encadrées par des processus de négociations bien établis. Le président peut laisser ses équipes travailler et intervenir seulement quand les parties semblent sur le point de s'entendre.»

La crise ukrainienne, au contraire, était imprévue et nécessitait des discussions directes.

Thomas Alan Schwartz, de la Vanderbilt University, croit toutefois que le peu d'appels effectués par Barack Obama au Moyen-Orient est révélateur.

«Peut-être que ça démontre qu'Obama ne s'intéresse pas autant au Moyen-Orient que ses prédécesseurs», avance-t-il.

Appels confidentiels

Selon les deux experts, il est évidemment possible que le président ait aussi fait des appels confidentiels non mentionnés dans des communiqués.

«L'objectif d'annoncer qu'on fait des appels est de montrer qu'on est actif, qu'on fait quelque chose, dit Simon Palamar, de CIGI. Mais la Maison-Blanche nous annonce ce qu'elle veut bien nous annoncer.»

«Le président n'a pas à faire tant d'appels lui-même, dit toutefois Thomas Alan Schwartz. D'autres peuvent les faire pour lui. Le président n'intervient que lorsque c'est vraiment nécessaire.»

Selon l'historien, George W. Bush et Bill Clinton utilisaient particulièrement souvent le téléphone.

«Barack Obama n'a pas vraiment de relation personnelle forte avec d'autres chefs d'État, dit M. Schwartz. Il utilise donc moins le téléphone.»

La source

La compilation des appels d'Obama a été effectuée par un utilisateur de Reddit, un site web communautaire qui permet à ses membres de soumettre des textes ou des liens. Cet utilisateur, appelé nyshtick, a épluché les communiqués officiels publiés par la Maison-Blanche cette année pour en ressortir les mentions d'appels faits par Obama aux dirigeants étrangers.

Les endroits de prédilection

Allemagne

Avec 13 appels, c'est le pays où Barack Obama a téléphoné le plus souvent cette année. L'Allemagne pèse lourd dans l'Union européenne, et Barack Obama a voulu coordonner les sanctions occidentales contre la Russie pour les troubles qu'elle a provoqués en Ukraine. Washington a aussi été accusé d'espionner Berlin cette année - jusqu'au téléphone mobile de la chancelière Angela Merkel - et il est permis de penser que quelques explications et mots d'excuse ont été prononcés.

Mexique

Barack Obama a appelé trois fois son homologue mexicain Enrique Peña Nieto cette année. Le Mexique est un partenaire économique important des États-Unis et la question des immigrants illégaux en provenance de toute l'Amérique latine qui tentent de franchir la frontière entre les deux pays a été discutée.

Canada

Un seul appel de Barack Obama à Stephen Harper avait été répertorié dans la compilation publiée sur Reddit, mais les deux hommes se sont aussi parlé hier sur la question de l'Irak. «Il ne faut pas s'offusquer du peu d'appels d'Obama à Stephen Harper, dit Simon Palamar, de CIGI. Le Canada et les États-Unis ont l'une des relations diplomatiques les plus institutionnalisées du monde. Même les questions importantes se discutent à un niveau beaucoup plus bas que la présidence.»

Italie

Avec cinq appels, l'Italie figure au cinquième rang des pays les plus contactés par Barack Obama. Pourquoi diable? Simon Palamar, de CIGI, explique que l'Italie s'opposait à l'imposition de sanctions économiques par l'Union européenne à la Russie de crainte de miner son économie fragile.

Russie

Quelque neuf appels ont eu lieu entre Barack Obama et Vladimir Poutine cette année, et on peut supposer que le ton n'était pas nécessairement cordial. «Dans ce cas, Barack Obama a voulu signifier personnellement au président Poutine à quel point il était frustré par l'invasion de la Crimée et son appui aux séparatistes prorusses», dit Simon Palamar, de CIGI.




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