La police de New York dans l'embarras

Une manifestante brandit une affiche critiquant la police... (Archives Reuters)

Agrandir

Une manifestante brandit une affiche critiquant la police de New York lors des funérailles d'Eric Garner, mort le 17 juillet au cours d'une arrestation à laquelle ont pris part quatre policiers.

Archives Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(New York) Eric Garner, un Afro-Américain de 43 ans, était bien connu des policiers de Staten Island, l'arrondissement de New York où il revendait des cigarettes à l'unité. À la demande de commerçants locaux, ceux-ci l'avaient déjà arrêté à plusieurs reprises.

Mais, depuis plus de deux semaines, son nom est devenu synonyme de brutalité policière aux yeux de plusieurs New-Yorkais ordinaires, de Staten Island au Bronx, en passant par Brooklyn et Manhattan.

Il sert en outre d'amorce à un débat sur la pertinence actuelle de la théorie de la «vitre brisée», dont l'un des premiers praticiens, William Bratton, est de retour à la tête du service de police de New York.

À une époque où la criminalité est en forte baisse à New York, n'est-il pas temps de réexaminer cette idée selon laquelle une lutte sans merci contre les petits délits prévient les infractions plus graves?

Intervention filmée

Eric Garner est mort le 17 juillet lors d'une arrestation à laquelle ont pris part quatre policiers et dont des passants ont filmé le déroulement avec leur téléphone portable.

«Chaque fois que vous me voyez, vous cherchez à me provoquer», dit Garner aux policiers qui l'encerclent sur le trottoir et tentent de le menotter, selon l'une des vidéos. «J'en ai assez. Ça prend fin aujourd'hui. Je m'occupe de mes affaires. S'il vous plaît, laissez-moi tranquille», ajoute cet homme mesurant 1 m 90 et pesant 159 kg.

Puis la vidéo montre l'agent Daniel Pantaleo appliquant à Garner ce qui semble être la technique de contrôle par l'encolure, interdite aux policiers du NYPD depuis les années 90. Les autres agents aident ensuite Pantaleo à envoyer Garner au sol. Ce dernier, qui souffre d'asthme, répète à plusieurs reprises: «Je ne peux pas respirer! Je ne peux pas respirer!»

Garner, père de six enfants et grand-père de deux, rendra l'âme peu après, victime d'un «homicide» dont la cause principale est l'application de la technique de contrôle par l'encolure, selon le rapport d'autopsie du médecin légiste de New York.

Il reviendra au procureur de Staten Island de déterminer si un ou des policiers doivent subir leur procès pour cette mort. En attendant, Pantaleo s'est vu retirer son arme et son insigne.

Et Bill Bratton, le chef du NYPD, a promis de soumettre à une nouvelle formation rigoureuse tous les policiers qui sont en contact avec les citoyens.

Une approche dénoncée

Mais ces décisions n'ont pas satisfait les critiques du NYPD, qui ont non seulement dénoncé le comportement des policiers face à Eric Garner mais également cette fameuse théorie de la «vitre brisée» qui a mené à son arrestation plus que musclée.

«Les données universitaires sont claires», a déclaré Alex Vitale, professeur de sociologie au Brooklyn College, lors d'une manifestation devant l'hôtel de ville de New York la semaine dernière. «On ne peut pas prétendre que l'application de la théorie de la "vitre brisée" est responsable de la chute de la criminalité. La chute de la criminalité est un phénomène national et international qui s'est produit dans des villes qui n'ont jamais appliqué cette théorie.»

La page éditoriale du New York Times a fait entendre le même son de cloche la semaine dernière, appelant à un réexamen d'une approche qui cible injustement à son avis les jeunes citoyens de couleur.

Mais le maire démocrate de New York Bill de Blasio et son chef de police continuent à croire en cette approche. Et ils ont des défenseurs parmi les politiciens et intellectuels conservateurs de la ville, dont Heather McDonald, chercheuse au Manhattan Institute. Dans un article publié l'an dernier par l'hebdomadaire National Review, elle faisait notamment valoir que la campagne du NYPD contre les intrus dans les HLM de la ville avait mené à une forte diminution des viols aux mêmes endroits.

La situation ne manque pas d'ironie. Bill de Blasio doit son élection à la mairie de New York en partie à ses critiques du NYPD. Dante, son fils mulâtre, avait même tenu la vedette dans une de ses meilleures pubs télévisées, rappelant la promesse de son père de réformer une pratique policière appelée «stop and frisk».

Or, voici que Bill de Blasio défend aujourd'hui une autre tactique policière jugée par certains injuste envers les Noirs et Latinos. La position inconfortable dans laquelle il se retrouve a été illustrée la semaine dernière par ce commentaire provocateur du pasteur noir Al Sharpton, qui participait à ses côtés à une table ronde sur le travail des policiers: «Si Dante n'était pas votre fils, il serait un candidat pour la technique de contrôle par l'encolure.»

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer