Torture: Barack Obama rattrapé par les méthodes de la CIA

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«Nous avons fait beaucoup de choses justes, mais nous avons torturé des gens. Nous avons fait certaines choses qui sont contraires à nos valeurs», a déclaré le président américian Barack Obama lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) À quelques jours de la publication d'un rapport très attendu du Sénat américain sur les techniques d'interrogatoire de la CIA, Barack Obama s'est montré plus explicite que jamais hier sur les actions de l'agence de renseignement après les attentats du 11 septembre 2001.

«Nous avons fait beaucoup de choses justes, mais nous avons torturé des gens. Nous avons fait certaines choses qui sont contraires à nos valeurs», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche.

Le président américain a également profité de l'occasion pour défendre le chef actuel de la CIA, John Brennan, mis sur la sellette au lendemain de la publication des conclusions d'une enquête interne selon lesquelles des employés de l'agence de renseignement ont espionné les ordinateurs des enquêteurs parlementaires qui préparaient le rapport du Sénat sur l'usage de la torture de 2002 à 2006.

«J'ai pleinement confiance en John Brennan», a dit Barack Obama.

Des sénateurs démocrates, de même que la page éditoriale du New York Times, ont pourtant réclamé la démission du directeur de la CIA après la publication du rapport de l'inspecteur général de l'agence.

«La CIA a espionné le Congrès de manière inconstitutionnelle en piratant des ordinateurs de la Commission du renseignement du Sénat. Cette faute grave n'est pas seulement illégale, mais elle viole également le principe de la séparation des pouvoirs inscrit dans la Constitution américaine», a dénoncé le sénateur démocrate du Colorado Mark Udall, membre de la Commission, dans un communiqué.

Des allégations niées

En mars dernier, lors d'un discours passionné de 73 minutes au Sénat, la présidente de la Commission du renseignement, Dianne Feinstein, avait accusé la CIA d'espionnage et réclamé des excuses de son chef. John Brennan avait alors nié fermement les allégations de la sénatrice démocrate de Californie.

«Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Nous ne ferions pas ça. Ça dépasse l'entendement», avait-il déclaré.

Jeudi, le directeur de la CIA s'est excusé auprès de la sénatrice Feinstein et de son collègue républicain de Géorgie, Sax Chambliss, le numéro deux de la Commission du renseignement du Sénat.

Mais les excuses de John Brennan n'ont pas satisfait la page éditoriale du Times, qui a réclamé son scalp.

«S'il était au courant du piratage, il a alors menti de façon flagrante», a écrit le prestigieux quotidien. «S'il n'était pas au courant, il était alors apparemment inconscient de la culture sans loi qui couvait au sein de la CIA depuis le moment où George W. Bush et Dick Cheney l'ont encouragée puis camouflée.»

Rentré à la CIA il y a plus d'un quart de siècle, John Brennan est moins identifié au programme d'interrogation de la CIA qu'à sa campagne de drones, dont il est le grand architecte.

Peu de résultats

Selon les médias américains, le rapport de la Commission du renseignement du Sénat conclut que les techniques d'interrogatoire de la CIA, dont la simulation de noyade, ont soutiré peu de renseignements valables aux suspects de terrorisme. Il fait en outre valoir que les responsables de l'agence ont menti à la Maison-Blanche et au Congrès sur l'efficacité des méthodes musclées.

En 2009, Barack Obama avait assimilé la simulation de noyade à de la torture. «Peu importe le cadre juridique, je pense que c'était une erreur», avait-il dit.

Depuis, le président n'a cependant jamais cru bon de demander au département de la Justice d'ouvrir une enquête sur ces actes qualifiés de criminels par les organisations de défense des droits civils.




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