Obama invite l'Afrique à Washington

De l'Algérie à la Zambie, en passant par... (PHOTO MANDEL NGAN, ARCHIVES AFP)

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De l'Algérie à la Zambie, en passant par le Nigeria, l'Éthiopie, Madagascar ou encore l'Égypte, initialement écartée puis finalement invitée: 50 chefs d'État ou de gouvernement ont été conviés la semaine prochaine à Washington, une première dans l'histoire américaine.

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Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
WASHINGTON

Son arrivée à la Maison-Blanche avait suscité d'immenses attentes en Afrique. Près de six ans plus tard, Barack Obama rassemble les dirigeants du continent pour un sommet visant d'abord à renforcer les liens économiques avec une région assidûment courtisée par la Chine.

De l'Algérie à la Zambie, en passant par le Nigeria, l'Éthiopie ou Madagascar : 50 chefs d'État ou de gouvernement ont été conviés la semaine prochaine à Washington, une première dans l'histoire américaine.

La photo de famille autour du 44e président américain, né d'un père kényan, sera assurément historique.

Mais quels résultats attendre de ce sommet de trois jours porté par un président plutôt tourné vers l'Asie, qui n'a pas, tant s'en faut, fait de l'Afrique l'une des priorités de son premier mandat?

Les menaces qui pèsent sur le continent - attaques de Boko Haram au Nigeria, guerre civile au Soudan du Sud, offensives meurtrières des shebab somaliens au Kenya - seront nécessairement abordées.

Mais c'est une crise sanitaire, celle du virus Ebola, qui pourrait occuper le devant de la scène.

L'épidémie, qui s'est déclarée au début de l'année en Guinée, a fait au moins 729 morts en Afrique de l'Ouest. Cette fièvre hémorragique et souvent mortelle pourrait se propager «comme un feu de forêt», ont mis en garde cette semaine les autorités sanitaires américaines.

Le président de Sierra Leone, Ernest Bai Koroma, a décrété jeudi l'état d'urgence face à ce «défi exceptionnel» et annoncé qu'il ne se rendrait pas à Washington. La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, qui a ordonné la fermeture de «toutes les écoles», a également renoncé à participer au sommet.

Dans la soirée de jeudi, un responsable américain a également annoncé que le nouveau président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le roi du Maroc Mohammed VI ne se rendraient pas à Washington, sans en préciser la raison.

Le sommet aura une forte coloration économique, avec un programme centré sur les opportunités d'un continent où 60 % de la population a moins de 35 ans et aux perspectives de croissance supérieures à celles du reste du monde (5,4 % pour l'année en cours et 5,8 % en 2015, selon le FMI).

«Je vois l'Afrique comme la prochaine grande "success story" mondiale et les États-Unis veulent être un partenaire de ce succès», lançait M. Obama il y a un an lors de sa seule véritable tournée africaine (Sénégal, Afrique du Sud, Tanzanie).

Or, les États-Unis ne pointent désormais qu'à la troisième place au tableau des échanges commerciaux avec l'Afrique, loin derrière l'Union européenne, solidement en tête, et la Chine, avide de matières premières.

Évoquant une image de l'Afrique trop souvent associée «aux conflits, à la maladie et la pauvreté», Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, a reconnu mercredi que son pays avait «encore beaucoup de travail pour faire évoluer une vision dépassée dans laquelle l'Afrique est souvent marginalisée».

Pas de rencontres bilatérales

Dans ce contexte, le grand rassemblement de Washington, auquel la Centrafrique, l'Érythrée, le Soudan et le Zimbabwe n'ont pas été conviés, est-il avant tout une réponse à la fulgurante offensive de Pékin ?

«Il est difficile de le lire autrement, ne serait-ce que parce que c'est la même méthode qui a été employée par les Chinois», estime Deborah Brautigam, qui dirige le China Africa Research Initiative (CARI) à l'université Johns-Hopkins. Cette dernière s'interroge cependant sur le degré de préparation d'un tel sommet, rappelant que le Forum sur la coopération sino-africaine, organisé en grande pompe en 2006 à Pékin, avait été précédé de six années d'intenses travaux.

Au menu des discussions, la prolongation au-delà de 2015 de l'Agoa, le programme américain accordant des avantages commerciaux à certains produits africains, ou encore l'initiative «Power Africa» qui vise, en associant agences gouvernementales et secteur privé, à doubler l'accès à l'électricité en Afrique subsaharienne.

Après une première journée lundi consacrée aux enjeux sanitaires et au changement climatique, un «Business Forum» rassemblera mardi responsables politiques et secteur privé en présence notamment de l'ancien président Bill Clinton, avant une dernière journée consacrée à des rencontres plus politiques sur «Paix et stabilité régionale».

Aucune rencontre bilatérale entre le président américain et tel ou tel de ses homologues africains n'a été programmée. Un grand dîner est prévu mardi soir à la Maison-Blanche.

Pour Peter Pham, de l'Atlantic Council, si ce rendez-vous est important dans la relation de M. Obama avec le continent d'où est originaire son père, il faut aussi garder en tête que les attentes de l'Afrique envers le premier président noir des États-Unis était «démesurées», et n'étaient pas de son fait.

«Rien dans son histoire politique ni rien dans ce qu'il a dit durant sa campagne n'a laissé entrevoir des initiatives ou des avancées majeures» sur l'Afrique, estime-t-il. «D'autres que lui ont créé ces attentes».




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