Une injection létale entre les mains de la Cour suprême

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Aux quatre coins du pays, les recours judiciaires se multiplient pour contester l'origine des nouveaux barbituriques, le secret qui les entoure et les souffrances inconstitutionnelles que les condamnés risquent d'endurer.

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Chantal VALERY
Agence France-Presse
Washington

La Cour suprême des États-Unis envisageait mercredi de donner son feu vert à une exécution imminente dans le Missouri, au moment où le pays s'interroge sur le bien fondé de l'injection létale comme méthode de mise à mort.

Trois semaines après la longue agonie d'un condamné à mort en Oklahoma, le Missouri voisin est susceptible de conduire la première exécution aux États-Unis depuis l'événement qui avait choqué le pays. La mise a mort peut avoir lieu jusqu'à minuit mercredi à Bonne Terre.

A quelques heures à peine de l'échéance, la plus haute juridiction des États-Unis avait ainsi encore entre les mains le sort de Russell Bucklew, condamné à mort pour le meurtre en 1996 de son rival amoureux et le viol de son ancienne compagne.

Après l'avoir provisoirement suspendue, la Cour suprême pouvait finalement décider de l'autoriser ou au contraire confirmer son report, le temps d'examiner la controverse et de trancher sur la constitutionnalité des injections létales.

Au début des années 80, cette méthode d'exécution avait été généralisée à l'ensemble des 32 États américains pratiquant encore la peine capitale. En 1976, la Cour suprême l'avait jugée conforme au 8e Amendement de la Constitution qui interdit les «châtiments cruels et inhabituels».

Mais depuis que les fabricants européens refusent de leur fournir des barbituriques à des fins d'exécutions humaines, les États américains ont adopté de nouveaux produits pour faire face à la pénurie. Et la haute Cour pourrait trouver le cas de M. Bucklew adapté pour rouvrir le débat.

Aux quatre coins du pays, les recours judiciaires se multiplient pour contester l'origine des nouveaux barbituriques, le secret qui les entoure et les souffrances inconstitutionnelles que les condamnés risquent d'endurer.

La polémique a atteint son summum le 29 avril en Oklahoma, lorsque Clayton Lockett a succombé dans d'apparentes souffrances 43 minutes après l'injection d'un nouveau cocktail létal, contre une dizaine de minutes habituellement.

Cette exécution avait soulevé des protestations jusqu'à la Maison Blanche, où Barack Obama l'avait qualifiée de «profondément dérangeante». Le président américain en avait profité pour appeler à une révision complète des procédures d'injection létale dans le pays.

Provenance des barbituriques 

Dans la confusion, les deux exécutions prévues après celle de Lockett avaient été reportées, en Oklahoma et au Texas, un moratoire de six mois avait été décrété en Oklahoma, le temps de revoir ses procédures, et le New Hampshire envisageait de devenir le 19e État à abolir la peine capitale.

Troisième sur la liste, l'exécution de M. Bucklew devait utiliser du pentobarbital fabriqué par un préparateur en pharmacie dont le Missouri refuse de dévoiler le nom.

Dans ses ultimes suppliques devant la Cour suprême, M. Bucklew, qui souffre de tumeurs vasculaires et de troubles circulatoires héréditaires, affirme qu'une exécution par injection lui ferait endurer les mêmes souffrances que Clayton Lockett.

Il implore la haute Cour de se pencher sur son cas, arguant des souffrances contraires à la Constitution qu'il risque de subir. «Ce qui pourrait être constitutionnel pour un prisonnier peut constituer un risque grave et même une torture pour un autre», plaide son avocate Cheryl Pilate dans son recours.

A l'instar de plusieurs condamnés à mort, M. Bucklew conteste la règle du secret sur la provenance des barbituriques.

«Pour envisager des méthodes alternatives d'exécution, un prisonnier doit pouvoir obtenir des renseignements de l'État du Missouri sur les produits qui doivent être utilisés, leur origine et les ingrédients qui les composent, des informations que l'État s'obstine à cacher comme s'il s'agissait de +secrets d'État+», poursuit Cheryl Pilate.

Pour le Missouri au contraire, «Bucklew connaît son état de santé depuis des décennies (...) il aurait pu déposer cette plainte il y a six mois ou six ans».

«Et bien qu'il suggère des changements, Bucklew ne propose pas de méthode d'exécution spécifique qui soit plus réaliste et plus humaine», ajoute Chris Koster, le ministre de la Justice du Missouri.

Selon un récent sondage, les deux tiers des Américains prônent une autre méthode d'exécution que l'injection létale, comme la chaise électrique, la chambre à gaz, le peloton d'exécution et la pendaison.




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