L'Amérique jugée par ses films et séries

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«Je suis certain que le Chinois moyen considère que House of Cards représente la réalité, estime Hepeng Jia, journaliste scientifique chinois qui fait son doctorat en communications à l'Université Cornell, aux États-Unis.

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La série House of Cards de Netflix est l'émission la plus téléchargée en Chine. House of Cards décrit la carrière d'un politicien américain ambitieux, incarné par Kevin Spacey, qui n'hésite pas à recourir au meurtre pour arriver à ses fins. Et si les Chinois pensaient que cette série représente fidèlement la démocratie américaine?

Cette question a été posée par une politologue américaine, Martha Bayles, dans son récent livre Through a Screen Darkly. «Une bonne partie de l'opinion négative que les pays étrangers, particulièrement les pays non occidentaux, ont des États-Unis provient de nos films et de notre musique, explique Mme Bayles, qui enseigne au Boston College. Les spectateurs américains savent que les situations extrêmes décrites dans la plupart des films sont des exacerbations de la réalité, ou décrivent des phénomènes marginaux. Mais à l'étranger, cette distinction est souvent perdue.»

Mme Bayles rappelle l'attentat commis en 2011 par un immigrant bosniaque en Allemagne, qui a tué deux soldats américains après avoir vu sur internet une scène de viol tirée du film Redacted. «Le film présentait les soldats américains en Irak comme des gens racistes et violents, dit Mme Bayles. Il a été tiré d'un fait réel, mais ne mentionne pas qu'en réalité les soldats ont été condamnés à la prison pour leurs actes.»

La réalité?

Qu'en est-il de House of Cards en Chine? La Presse a demandé son avis à Hepeng Jia, un journaliste scientifique chinois qui fait son doctorat en communications à l'Université Cornell, aux États-Unis. «Je suis certain que le Chinois moyen considère que House of Cards représente la réalité, dit M. Jia. Cette impression est probablement renforcée par le fait que les drames politiques présentés à la télévision chinoise dépeignent généralement une époque antique, pour éviter la censure. Les rivalités des princes étaient alors très violentes.»

Deux phénomènes sont à la base du problème, selon Mme Bayles: la polarisation des films de guerre et la réaction toujours vive contre toute tentative de moraliser le cinéma. «Les films de guerre sont très souvent très critiques, comme Redacted, ou alors patriotiques à outrance. Peu de gens savent que le Pentagone joue un rôle important dans les films [où l'on montre] du matériel militaire, pour l'approbation des scénarios. En échange, les bases et l'équipement sont fournis gratuitement aux producteurs.»

En ce qui concerne la moralité, elle n'est plus réglementée depuis le milieu des années 60, quand les tribunaux ont invalidé le «code de production» d'Hollywood parce qu'il brimait la liberté d'expression. «Depuis, les cinéastes se comportent comme s'ils devaient prouver qu'ils sont libérés du code de production, dit

Mme Bayles. Ça fait 50 ans qu'il a disparu, on pourrait avoir une attitude plus mature et ne pas toujours chercher à choquer.»

Quelle est la solution? «Durant la guerre froide, le département d'État avait un important programme culturel, dit Mme Bayles. On envoyait à l'étranger des musiciens classiques ou de jazz, des auteurs sérieux, on montrait l'excellence de la culture américaine. Ces programmes ont été presque abolis depuis 20 ans. On pourrait les ressusciter, présenter des débats sur les films populaires pour montrer qu'ils ne reflètent pas nécessairement la réalité. Par exemple, un programme envoie en Afrique des musiciens hip-hop américains pour donner des cours aux jeunes. Les participants leur demandent souvent pourquoi ils ne leur proposent pas des chansons violentes ou sexistes, comme le gangsta rap. Ça permet d'expliquer que la musique américaine ne se limite pas à ça.»

Quelques séries mal interprétées

Friends

Un professeur d'anglais syrien, en Syrie, a demandé: «Est-ce que cette émission représente une famille américaine typique?»

Sex in the City

Un Bédouin égyptien ayant étudié un an aux États-Unis a dit: «Je pensais que les Américains ne voyaient jamais leur famille, comme dans cette émission.»

Dallas, Dynasty et The Bold and the Beautiful

Un étudiant en médecine d'origine pakistanaise a été surpris, à son arrivée aux États-Unis, de constater que les femmes américaines acceptent moins facilement d'avoir des relations sexuelles avec un inconnu que les personnages de ces séries.

La série Dirty Harry avec Clint Eastwood

«Quand j'ai visité les États-Unis pour la première fois dans les années 80, je pensais qu'il était impossible de se promener dans les villes sans se faire attaquer», a dit un diplomate égyptien.

70%

Proportion des revenus au guichet des films américains en provenance d'autres pays que les États-Unis et le Canada en 2013.




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